Recherche

"Ce qui rend notre culture si difficile à communiquer au peuple, ce n'est pas qu'elle soit trop haute, mais qu'elle est trop basse" Simone Weil

Choses vues, 19 mai 1838 ; portrait de Talleyrand


Dans cette page, Hugo nous peint l'homme sans principe au miroir de Talleyrand, célèbre prince des rusés et des traîtres, et sans doute excellent modèle pour tout apprenti cynique. Mort tel qu'en sa vie, le corps du fin politique gît toutefois creux dans son palais, allégé de ses viscères, et le cerveau à l'égout. Car les calculs sans morale comme les déloyautés intéressées ne naissent peut-être que d'une existence séparée, d'une intelligence indûment réduite à un petit entendement calculateur : petite machine dont les combinaisons ne font la fierté des esprits forts que pour ignorer la rationalité de la morale même.



Choses vues, 19 mai 1838 ; portrait de Talleyrand
Rue Saint-Florentin, il y a un palais et un égout.

Le palais, qui est d’une noble, riche et morne architecture, s’est appelé longtemps : « Hôtel de l’Infantado » ; aujourd’hui on lit sur le fronton de la porte principale : « Hôtel Talleyrand ». Pendant les quarante ans qu’il a habité cette rue, l’hôte dernier de ce palais n’a peut-être jamais laissé tomber son regard sur cet égout.

C’était un personnage étrange, redouté et considérable ; il s’appelait Charles-Maurice de Périgord ; il était noble comme Machiavel, prêtre comme Gondi, défroqué comme Fouché, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable. On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui ; la noblesse qu’il avait fait servante de la république, la prêtrise qu’il avait traînée au Champs de Mars, puis jetée au ruisseau, le mariage qu’il avait rompu par vingt scandales et une séparation volontaire, l’esprit qu’il déshonorait par la bassesse.

Cet homme avait pourtant la grandeur ; les splendeurs des deux régimes se confondaient en lui ; il était prince de Vaux, royaume de France, et prince de l’empire français.

Pendant trente ans, du fond de son palais, du fond de sa pensée, il avait à peu près mené l’Europe. Il s’était laissé tutoyer par la révolution et lui avait souri, ironiquement il est vrai ; mais elle ne s’en était pas aperçue. Il avait approché, connu, observé, pénétré, remué, retourné, approfondi, raillé, fécondé, tous les hommes de son temps, toutes les idées de son siècle, et il y avait eu dans sa vie des minutes où, tenant en sa main les quatre ou cinq fils formidables qui faisaient mouvoir l’univers civilisé, il avait pour pantin Napoléon 1er, empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la confédération du Rhin, médiateur de la confédération suisse. Voilà à quoi jouait cet homme.

Après la révolution de juillet, la vieille race, dont il était grand chambellan, étant tombée, il s’était retrouvé debout sur son pied et avait dit au peuple de 1830, assis, bras nus sur un tas de pavés : « Fais-moi ton ambassadeur. »

Il avait reçu la confession de Mirabeau et la première confidence de Thiers. Il disait de lui-même qu’il était un grand poète et qu’il avait fait une trilogie en trois dynasties. Acte premier : l’Empire de Bonaparte ; acte deuxième : la maison de Bourbon ; acte troisième : la maison d’Orléans.

Il avait fait tout cela dans son palais et, dans ce palais, comme une araignée dans sa toile, il avait successivement attiré et pris héros, penseurs, grands hommes, conquérants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Sieyès, Mme de Staël, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d’Autriche, Louis XVIII, Louis-Philippe, toutes les mouches dorées et rayonnantes qui bourdonnent dans l’histoire de ces quarante dernières années. Tout cet étincelant essaim, fasciné par l’œil profond de cet homme, avait successivement passé sous cette porte sombre qui porte écrit sur son architecture : Hôtel Talleyrand.

Eh bien, avant-hier 17 mai 1838, cet homme est mort. Des médecins sont venus et ont embaumé le cadavre. Pour cela, à la manière des Egyptiens, ils ont retiré les entrailles du ventre et le cerveau du crâne. La chose faite, après avoir transformé le prince de Talleyrand en momie et cloué cette momie dans une bière tapissée de satin blanc, ils se sont retirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pensé tant de choses, inspiré tant d’hommes, construit tant d’édifices, conduit deux révolutions, trompé vingt rois, contenu le monde. Les médecins partis, un valet est entré, il a vu ce qu’ils avaient laissé : Tiens ! Ils ont oublié cela. Qu’en faire ? Il s’est souvenu qu'il y avait un égout dans la rue, il y est allé, et a jeté le cerveau dans cet égout.

Finis Rerum

Note

Ce texte a été commenté dans la séance du 20 janvier 2009 de l'atelier de Jean-Michel Muglioni.

Lundi 18 Janvier 2010
Frédéric Dupin


l'Université Conventionnelle






Venir aux cours


Suivant les principes de notre association qui entend dispenser des cours libres, publics et gratuits, il vous suffit de vous rendre à 19h, en salle B10 (ou en salle des devoirs, le jeudi soir) au premier étage du lycée Dorian (la salle est fléchée). Et de vous présenter au professeur qui assure le cours.
L’entrée du cours est libre et ne nécessite pas d’inscription.

L’assiduité au cours est évidemment conseillée puisqu’elle est gage de progrès et du plaisir que vous prendrez à la lecture des textes. Toutefois, n'hésitez pas à prendre le train en marche, les séances peuvent être suivies indépendamment le unes des autres.

Ecouter les cours en ligne


Vous pouvez écouter les cours de l'université conventionnelle en ligne, soit en vous reportant à la séance en question, dans le menu des enseignements, soit en téléchargeant directement le cours à travers la page dédiée.

Bonne écoute à toutes et à tous!



Pourquoi une Université conventionnelle ?

Pourquoi une Université conventionnelle ?
Nous voulons dire quelques mots encore de ce qui nous rassemble. Nous voulons expliquer brièvement ce qui, à nos yeux, donne à notre démarche le caractère d’une nécessité et d’un véritable engagement politique.

Nous voulons seulement dire ici ce que nous voulons faire.



Bienvenu(e)s à l'UC !

Bienvenu(e)s à l'UC !
Issue de l'association de personnalités diverses que rassemble un même désir de faire vivre une culture réellement commune, l'Université Conventionnelle est une université populaire proposant en soirée des cours publics au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, Paris XI, ainsi qu'à la Générale Nord-Est, 14 avenue Parmentier, Paris XI.

Nous souhaitons ainsi faire de ce lieu un espace de libre partage et de commune instruction, loin de toute prétention à l'expertise ou à l'autorité. Au plaisir de vous rencontrer dans nos cours!




Inscription à la newsletter
 

Téléchargez notre planning (jan-fev 10)!


Le programme de l'hiver en pdf. Vérifiez la tenue effective des séances sur l'agenda dans la semaine qui les précède.

planning_uc_janvier_fevrier_2010.pdf planning uc janvier-fevrier 2010.pdf  (77.63 Ko)



Soutenez nous!


Par vos dons, et votre soutien financier, même modique, vous préservez la gratuité et la possibilité même de nos activités et de nos cours. Vous participez ainsi à la défense de l'indépendance de l'association.

Vous pouvez nous soutenir par chèque, ou grâce au système de paiement en ligne sécurisé Paypal :


l'UC et les droits d'auteurs


Les textes, documents et enregistrements de ce site sont sous licence creative commons ; merci de consulter leurs conditions d'utilisation.

l'UC sur Facebook


Devenez fans de l'UC et faites nous connaître à vos contacts!

l'actualité culturelle

Lire Rousseau / Nicolas Franck
Lire Spinoza / Julien Douçot
  • Annulation de la séance du 28 janvier

    Etant donné mon état de santé, je me vois dans l'obligation d'annuler la séance du jeudi 28 janvier. Vous retrouverez bientôt le contenu du cours en ligne !
  • Textes pour la séance du jeudi 14 janvier 2010

    Deux extraits tirés de l'"Ethique" sur la question du savoir. Ils montrent une ignorance native, quasi-naturelle de l'homme, ainsi que les différents modes de connaissance dont nous disposerions....
  • Séance du jeudi 14 janvier 2010

    Cette séance aura lieu comme d'habitude au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste Paris 11e, de 20h à 22h en salle B10. Après avoir développ...
Lire Platon / Frédéric Dupin
  • Séance du 11 février 2010

    Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite. Cette séance conclura la séquence de réflexio...
  • Séance du 21 janvier 2010

    Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite. Nous avons trait...
  • Séance du 07 janvier 2010

    Cette séance remplace celle que j'ai du annnuler pour cause de grippe le 17 décembre dernier. Le cours aura lieu comme d'habitude au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h...
Distinctions élementaires / JM Muglioni
  • Mercredi 17 février 2010

    Cette cinquième séance se déroulera au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, en salle B10. ATTENTION : nouvel horaire : 19h30-21h30. L...
  • Séance du 3 février 2010

    Cette cinquième séance se déroulera au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, en salle B10. ATTENTION : nouvel horaire : 19h30-21h30. François Mitterrand étant Présiden...
  • Séance du 20 janvier 2010

    Cette cinquième séance se déroulera au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, en salle B10. ATTENTION : nouvelle horaire : 19h30-21h30. Après la discussion qui a eu lie...