Lancement de l'année 2009-2010 de l'Université conventionnelle
Le Vendredi 9 octobre 2009, de 19h30 à 21h30, nous présentions au public le programme et le planning 2009-2010 de notre université populaire à la maison des associations du onzième arrondissement. Voici quelques photos de la soirée, ainsi que le discours d'accueil du président de l'association, Frédéric Dupin.
Bonsoir à tous, chers amis,
Je suis heureux de vous retrouver une fois de plus dans cette Maison des Associations, qui accueillit nos débuts il y a précisément un an, pour vous présenter cette nouvelle année d’enseignement libre, gratuit, et, reconnaissons-le, peu « conventionnel »…
Je veux être moins long qu’en juin dernier, et puisque l’essentiel reste notre nouveau programme, je veux laisser la parole à mes camarades, et nouveaux professeurs de notre association, en me bornant à vous expliquer pourquoi je tiens particulièrement à vous remercier d’être venu ce soir.
Vous remercier de votre présence, de votre soutien, n’est pas, en la circonstance, une simple figure de style, l’ornement oratoire attendu d’un édile de village. En matière d’éducation, peut-être plus qu’ailleurs, rien n’est en effet possible sans quelque chose de cette confiance, de cette fidélité, que vous nous accordez par votre présence renouvelée.
Confiance et fidélité chez le professeur, d’une part, dont l’acte n’a de sens que s’il demeure assuré que quelque chose doit être transmis, enseigné ; qu’il est bien en quelque manière convoqué par son sujet au point d’en tirer sa légitimité. Cette confiance ne saurait ici se décréter dans un cabinet ministériel, elle doit être librement donnée et reconnue pour être efficace. Qui ne veut enseigner ou ne croit pas à la nécessité du savoir dont il est porteur n’a guère qu’à quitter ses classes… ou à enseigner la pédagogie !
Confiance et fidélité chez l’élève, d’autre part, qui ne peut guère surmonter les difficultés de tout apprentissage que par la foi donnée au professeur et à la matière, avant tout autre chose. Souvenons-nous de notre propre vie d’élèves : ne devons-nous pas nos plus belles heures à des leçons peut-être mal comprises, mais qui savaient faire paraître l’intérêt humain d’un savoir, et ceci qu’on puisse librement s’y consacrer ? Sans l’assurance qu’il est ainsi des perfections vers lesquelles tendre, l’idée d’instruction n’a en effet aucun sens. Aussi la confiance à l’œuvre dans une écoute attentive n’a-t-elle rien à voir avec l’effet d’une domination ou d’une discipline. Car le fouet peut dresser l’animal, il est incapable de faire naître un intérêt en lui pour le tour ou le jeu, en lui-même.
Ainsi l’école vit d’anticipation, et ce depuis longtemps.
Elle n’a pas toujours cru avoir d’abord à s’autoriser d’une institution ou d’une mission politique, extérieure à ses propres fins, avant de transmettre ce qu’elle jugeait bon de transmettre. On ne voit que trop la nature des gains que nous avons retirés à substituer, dans nos lycées, nos universités, à l’expression d’une confiance assumée et revendiquée les onctions administratives des protocoles et des référentiels.
Car là où règne la défiance ou l’indifférence, il ne peut y avoir d’école.
Il s’agissait peut-être simplement, avec l’université conventionnelle, de revenir à cette pureté d’un enseignement librement donné et reçu, sans autre fondement propre que les œuvres, les questions qui simplement convoquent toute intelligence.
Que n’a-t-on pas dit alors sur « l’austérité » de notre projet ! Combien de fois ne m’a-t-on pas demandé à quel « public » nous comptions nous adresser ? Cette dernière expression en dit long, à elle seule, sur les renoncements et les lâchetés de notre modernité. Il semble en effet que nous ne sachions plus guère regarder autrui autrement que comme l’expression d’un panel sociologique auquel s'adapter, sans souci d'une langue ou d'ambition commune. Sans ordre républicain tout simplement.
Qui ne voit pourtant qu’un professeur n’a pas un « public » au sens où une émission de télé-réalité en à un ? Une classe n’est pas un agglomérat d’entités socialement ou psychologiquement homogène, elle est une communauté que fonde une même ambition singulière, celle de mûrir et de s’élever soi-même. On ne rassemble des hommes par tranches et panels que lorsqu’ils cessent de se regarder eux-mêmes comme des sujets libres, porteurs d’ambitions singulières par lesquelles justement s’associer à autrui en un travail commun. Là où l'école est en crise, c'est le sens d'une liberté commune qui disparaît.
Car si l’école fonde en un sens une communauté, ce n’est pas par le partage factuel de quelques préjugés de classe ou de culture, comme une certaine rhétorique sociologique semble le penser, mais bien parce que ses murs peuvent apparaître comme le lieu d’une ambition et d’un travail d’élévation et de formation de soi. Cette union fondée sur la possibilité d'exercer sa liberté individuelle, et sur la formation de singularité faisant l'épreuve d'un même travail, c'est l'école laïque.
Refusant de conditionner nos enseignements à un « cœur de cible », politique ou culturel, nous ne vous invitions à rien d’autre qu’à venir poursuivre ce travail avec nous, en octobre dernier ; en l'exerçant sous la forme associative, nous voulions montrer que l'école laïque pouvait vivre autrement que dans une école publique qui, il faut bien le reconnaître, travaille souvent en sens inverse.
Faire vivre la laïcité dans la société civile, non seulement comme idée politique, mais encore comme travail intellectuel ; démontrer que l'école pouvait se définir par elle-même sans béquille ou arrière-pensées institutionnelles, tel était le programme que nous placions derrière les mots d'université "conventionnelle".
Or en ne dissimulant rien, dès le début de notre entreprise, de la difficulté et de la nécessité d’un tel travail, nous savions bien ne pouvoir compter que sur la confiance de tous. Faute de pouvoir se reposer sur les effets d’institutions qui laissent croire que les choses existent d’elles-mêmes, qu’il n’est pas besoin de les vouloir, faute de pouvoir masquer des discours abscons sous les dehors de noms pompeux et qui en imposent aux badauds, nous savions devoir faire l’épreuve publique de nos idées comme de nos passions.
Nous ne vous sommes pas peu reconnaissants, enseignant bénévoles et auditeurs studieux, d’avoir pu, comme de pouvoir à nouveau, compter sur la vôtre.
Tel est l’esprit que je souhaitai donner à ces remerciements.
Nous savions toutefois, en commençant cette entreprise, et je le rappelai en juin, que nous nous engagions dans une longue marche, dont nous ne faisons qu’aborder la deuxième étape, la deuxième année d’un projet pour lequel nous espérons gager l’avenir. Je vais ainsi passer à la présentation de ce nouveau programme, et aux nouveautés qui vous attendent cette année.
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l'Université Conventionnelle
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