Recherche

"Ce qui rend notre culture si difficile à communiquer au peuple, ce n'est pas qu'elle soit trop haute, mais qu'elle est trop basse" Simone Weil

Accueil  >  Ressources  >  Extraits  >  Alain

Que l'instruction n'est d'aucun parti


Faut-il se féliciter que nombre d'universités populaires, et la nôtre également en un sens, se disent profondément "politiques" ? N'y a-t-il pas une profonde contradiction à défendre la liberté de jugement, et dans le même mouvement, lui donner les fers de slogans divers? Stendhal disait qu'un bon raisonnement offense, en cela l'esprit libre sera toujours mauvais camarade. Et il est vrai que les enthousiasmes et les adhésions les plus légitimes s'insurgent des esprits portés au doute et à l'ironie ; faire le difficile sur les raisons, n'est-ce pas jouer le jeu de "l'ennemi"? Ce n'est toutefois pas dire que la libre pensée suppose l'apolitisme, mais plutôt qu'il convient, en toute chose, de faire la part de l'action et de la réflexion. Qu'à l'heure de penser nous abdiquions de toute orthodoxie et de toute politesse, et nous saurons d'autant mieux agir avec force lorsqu'il s'agira de peser sur la société. C'est du moins ce à quoi nous invite ici encore Alain dans ce Propos du Lundi 1er mai 1905 : peut-être ce refus obstiné de mélanger sa pensée aux raccourcis de tribunes, tout en sachant prendre sa part du feu, du travail et des nécessités sans faux-fuyants rhétoriques, est-il a tout prendre plus "politique" que les cléricatures démocratiques habituelles. Le parti du peuple, s'il en est un, ne serait donc pas à trouver en haut d'un bulletin ou d'une estrade. Mais, tout entier compris dans l'exigence de "séparation" entre la pensée et l'action, entre le spirituel et le temporel, il serait assez défini par le refus obstiné de se laisser prendre au jeu partisan lui-même, religieux en son fond, afin de sauver et la liberté de sa pensée, et la force de son travail propre.



Que l'instruction n'est d'aucun parti
Le Congrès des Universités populaires, auquel j’ai assisté en spectateur, m’a donné l’occasion de bien comprendre en quoi diffèrent la pensée et l’action.
L’action, et notamment l’action politique, suppose coopération, c’est-à-dire accord; et il ne peut y avoir accord sur le but et les moyens que si chacun sacrifie un peu de ses opinions personnelles. Car si l’on attend, pour agir, que l’accord se fasse entre les idées, on discutera sans fin, et l’on n’agira pas.
Cela est vrai aussi pour un homme qui agit seul. Il ne peut discuter sans fin avec lui-même; il ne peut pas attendre de tout savoir pour agir. Agir, c’est se risquer. Agir, c’est suivre ses idées comme si elles étaient définitives, tout en sachant bien qu’elles ne peuvent pas l’être.
Aussi, voyez comment la Séparation sera votée, si elle l’est. On peut dire qu’aucun de ceux qui voteront le texte de la loi n’en sera pleinement satisfait. Ceux qui triomphent là-dessus et se moquent confondent le penser et l’agir.
On peut rire aussi des socialistes, et de l’accord qu’ils viennent de réaliser. Si l’on y réfléchit, on les reconnaîtra, d’après cela, hommes d’action, justement parce qu’ils ont tous sacrifié beaucoup de leurs idées et de leurs sentiments, pour en arriver à l’unité de programme et à l’unité de tactique. Les Débats et Le Temps, journaux graves, au lieu de se moquer, devraient comprendre et admirer un si bel exemple de discipline.
Oui, ce qu’il y a de meilleur dans l’esprit militaire, les socialistes l’ont éminemment.

Or, au Congrès des Universités populaires, il y avait naturellement un bon nombre d’hommes d’action, et on l’a bien vu; car ils ont fait voter là encore une espèce d’Unité.
Non seulement ils ont fédéré les Universités populaires de France, ce qui peut être utile, mais ils ont défini l’Université populaire, comme s’il était nécessaire ici, de se mettre d’accord sur le but et les moyens. Et justement non.
Car il n’est plus question ici d’agir ensemble, mais de penser en commun. Et, si l’on veut apprendre en commun à bien penser, il ne faut pas commencer par se mettre d’accord. Il ne faut pas même chercher à se mettre d’accord. Il n’est pas même bon d’espérer qu’on puisse y arriver jamais. L’égoïsme est ici le premier des devoirs. Chacun doit rester soi, avec férocité. Le moindre sacrifice est une faute; la moindre concession perd tout, et rabaisse l’Université populaire au niveau de l’Académie française.
Nul ne doit rien sacrifier de ses idées. Chacun doit penser librement, et ne se laisser ni étonner par l’autorité, ni attendrir par la vertu, ni arrêter par l’âge et les cheveux blancs. Chacun doit discuter sans peur, et ne se rendre qu’à l’évidence.
C’est pourquoi vouloir définir un but et des moyens, c’est une faute. Je sais que la définition dont il s’agit est inoffensive. Il n’importe; on ne devrait pas l’imposer.
L’Université populaire est définie comme « laïque et républicaine ». Laïque? Un pasteur n’y pourra-t-il entrer? Politique d’enfants peureux. Eh diable, si le monarchiste avait raison? Vous n’avez pas le droit de décider d’avance qu’il a tort.
De même pour le reste. Que l’Université populaire ait pour but de « préparer l’émancipation matérielle du prolétaire par son émancipation intellectuelle », je le veux bien. Les mots n’ont point de vertu par eux-mêmes, et ils sont comme on les entend. Il n’est point de curé ou de « grand patron » qui ne soit prêt à accepter cette formule, pour peu q’il ait l’esprit souple.
Non. Point de définition. Point de but fixé d’avance. On pense pour penser. Si celui qui pense se fixe d’abord une conclusion, à laquelle il veut arriver, c’en est fait de la liberté de son jugement. L’esprit religieux est ainsi fait : il ne pense que pour prouver ce qu’il croit.

Le malheur est que ceux qui comprennent bien cela, et ont su garder un esprit libre et éveillé, se trompent à leur tour souvent, et transportent ces principes dans l’action, où ils n’ont que faire. Aussi n’agissent-ils jamais.
Il est très difficile d’être à la fois homme de pensée et homme d’action; de savoir se décider comme une brute sans être une brute, et discuter avec soi-même sans dissoudre sa volonté. Savoir accepter une discipline pour l’action, cela est beau, mais à la condition que la pensée reste intacte et libre. Ce n’est pas la même chose de serrer fortement une chaîne, ou d’être serré par une chaîne.
Il faut méditer sur cette maxime un peu obscure, qui est, je crois, de Marc Aurèle : « Il est nécessaire de pousser ensemble, non de penser ensemble. » et comme les maximes obscures sont fort utiles pour réveiller l’esprit, je traduirai la même pensée, à la moderne, de la façon suivante : « Garde-toi de demander à tes actes ce que tu penses », ou plus brièvement : « Garde ton collier dans ta main. »


Propos extrait de Premier journalisme d’ Alain, Institut Alain, 2001, p326 à 328.

Merci à Pierre Heudier et à Jean-Michel Muglioni de m'avoir communiqué ces extraits.


Vendredi 20 Février 2009
Frédéric Dupin



l'Université Conventionnelle






Venir aux cours


Suivant les principes de notre association qui entend dispenser des cours libres, publics et gratuits, il vous suffit de vous rendre à l'heure prévue par l'agenda, en salle B10 (ou en salle des devoirs, le mardi soir) au premier étage du lycée Dorian. Et de vous présenter au professeur qui assure le cours. L’entrée du cours est libre et ne nécessite pas d’inscription.

L’assiduité est évidemment conseillée puisqu’elle est gage de progrès et du plaisir que vous prendrez à la lecture des textes. Toutefois, n'hésitez pas à prendre le train en marche, les séances peuvent être suivies indépendamment le unes des autres.

Le professeur dispose en général de textes supplémentaires pour les nouveaux arrivants. Vous pouvez cependant vous procurer les ouvrages étudiés pour une somme modeste, ce qui vous permet si vous le voulez de préparer les séances ou d’avancer les lectures de votre côté.


Ecouter les cours en ligne


Vous pouvez écouter les cours de l'université conventionnelle en ligne, soit en vous reportant à la séance en question, dans le menu des enseignements, soit en téléchargeant directement le cours à travers la page dédiée.

Bonne écoute à toutes et à tous!


Pourquoi une Université conventionnelle ?

Pourquoi une Université conventionnelle ?
Nous voulons dire quelques mots encore de ce qui nous rassemble. Nous voulons expliquer brièvement ce qui, à nos yeux, donne à notre démarche le caractère d’une nécessité et d’un véritable engagement politique.

Nous voulons seulement dire ici ce que nous voulons faire.




Bienvenu(e)s à l'UC !

Bienvenu(e)s à l'UC !
Issue de l'association de personnalités diverses que rassemble un même désir de faire vivre une culture réellement commune, l'Université Conventionnelle est une université populaire proposant en soirée des cours publics au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, Paris XI, ainsi qu'à la Générale Nord-Est, 14 avenue Parmentier, Paris XI.

Nous souhaitons ainsi faire de ce lieu un espace de libre partage et de commune instruction, loin de toute prétention à l'expertise ou à l'autorité. Au plaisir de vous rencontrer dans nos cours!





Inscription à la newsletter
 

Téléchargez notre planning (mai-juin 10)!

Le programme de fin d'année en pdf. Vérifiez la tenue effective des séances sur l'agenda dans la semaine qui les précède.


planning_uc_mai_juin_2010.pdf planning UC mai-juin 2010.pdf  (85.18 Ko)



Soutenez nous!


Par vos dons, et votre soutien financier, même modique, vous préservez la gratuité et la possibilité même de nos activités et de nos cours. Vous participez ainsi à la défense de l'indépendance de l'association.

Vous pouvez nous soutenir par chèque, ou grâce au système de paiement en ligne sécurisé Paypal :




l'UC et les droits d'auteurs


Les textes, documents et enregistrements de ce site sont sous licence creative commons ; merci de consulter leurs conditions d'utilisation.


l'UC sur Facebook


Devenez fans de l'UC et faites nous connaître à vos contacts!


l'actualité culturelle

Les blogs de l'UC, en direct...
Lire Rousseau / Nicolas Franck
La république, pour quoi faire?
Lire Platon / Frédéric Dupin
  • Séance du 20 mai 2010

    Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite. Cette dernière séance viendr...
  • Séance du 25 mars 2010

    Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite....
  • Séance du 11 mars 2010

    Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite....
Distinctions élementaires / JM Muglioni
  • Séance du 12 mai 2010

    Cette neuvième et dernière séance de l'année se déroulera au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, en salle B10, de 19h30-21h30. Nous en sommes...
  • Séance du 14 avril 2010

    Cette huitième séance se déroulera au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, en salle B10, de 19h30-21h30. Nous poursuivrons notre réflexion sur le respect par l...
  • Retour sur la discussion ayant suivi le cours du 31 mars 2010

    PASCAL ET LA CONDITION DES GRANDS La distinction pascalienne entre le respect d’établissement et le respect d’estime peut paraître choquant...

Lire Balzac
Lire Spinoza / Julien Douçot
  • Annulation de la séance du 28 janvier

    Etant donné mon état de santé, je me vois dans l'obligation d'annuler la séance du jeudi 28 janvier. Vous retrouverez bientôt le contenu du cours en ligne !
  • Textes pour la séance du jeudi 14 janvier 2010

    Deux extraits tirés de l'"Ethique" sur la question du savoir. Ils montrent une ignorance native, quasi-naturelle de l'homme, ainsi que les différents modes de connaissance dont nous disposerions....
  • Séance du jeudi 14 janvier 2010

    Cette séance aura lieu comme d'habitude au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste Paris 11e, de 20h à 22h en salle B10. Après avoir développ...
L'art est-il politique? Aurélie Ledoux
La feuille