Un atelier de lecture mensuel de l'Université conventionnelle


L'atelier se déroulera le samedi 14 novembre, en fin d'après-midi (18-20h) ; à la maison des associations du onzième, 8 rue du général Renault, métro Voltaire ou Parmentier.


Séance du 14 novembre 2009 : Le lys dans la vallée
Du Lys dans la Vallée, Alain disait qu'on pouvait le résumer ainsi : "c'est l'histoire des Cent Jours vus d'un chateau de la Loire." En rappelant ce que ce mélodrame bien connu devait à la politique, il s'agissait pour Alain de permettre au lecteur distrait de rompre avec une vision partielle et sentimentale d'un récit où les passions n'existent en réalité que liées, presque ironiquement, au destin commun. On trouverait ainsi à lire, ou à relire, dans le Lys un peu plus que l'image compassée qui a parfois détourné les lecteurs.

Ainsi Félix lie par exemple dès le début sa pureté d'âme aux hasards qui voulurent que sa mère, revenant à Paris afin de placer sa famille dans l'imminente restauration de 1814, l'arrêta aux bords du Palais-Royal et de ses amours tarifés. À quoi tient une vie..!

Ce n'est toutefois pas que l'amour entre Félix de Vandenesse et Henriette de Mortsauf soit un simple effet, et que les effusions si célèbres des amants, l'idylle champêtre peint dans la scène des vendanges ; c'est seulement que nos grâces mêmes sont le partage des occasions. Les sentiments naissent du sol et de l'époque, certes, mais sont comme sauvés par la sincérité qui nous les fait accueillir et partager sans les excuses des doubles intentions ou des méprises. Félix et Henriette, s'ils ne savent bien ce qu'ils désirent de l'autre, du moins ne savent se mentir.

Cette manière d'admettre les hasards de la vie sauve alors les amants du marivaudage. Nous aimerions donc que cette lecture, reprise, soit l'occasion d'une méditation sur ce que nous devons, dans nos sentiments mêmes aux hasards du monde.

Nous lirons le texte dans l'édition du Livre de poche (1461) ; mais toute édition fera l'affaire.


Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Lundi 19 Octobre 2009 à 22:06

Lire Balzac

Présentation de l'atelier


"Balzac guérit de misanthropie ; c'est à cela qu'il est bon, par tous ces génies, enchaînés, en bas, en haut, partout inventeurs et poètes, et pensant selon leur forme et selon la pierre d'angle. Les bien comprendre, c'est toute l'affaire, et pardonner va de soi. J'ai remarqué que, même pour penser vrai des hommes, il faut les aimer de cette rude manière que Balzac nous apprend." Alain, Avec Balzac.


Lire Balzac
De Balzac, que nous reste-t-il en notre vie d'adultes? Quelques souvenirs d'écoles, de vagues figures, et des lieux communs que nous ne poussons guère, par la force des choses. Bien peu sans doute, pour qui ne fait profession de lire.

Pourtant, toujours, nous pensons à y revenir, comme à un pays qu'il faudrait malgré tout connaître un peu mieux que sur la foi des brefs aperçus de notre scolarité. Seulement le temps manque toujours, et nous oublions de pousser plus avant. Les routines littéraires étant ce qu'elles sont, on cédera alors à la "rentrée littéraire", puisqu'il faut être de son temps ; les livres sont brefs du reste, aujourd'hui, et ils ne menacent guère de nous instruire sur nous-mêmes, occupés qu'ils sont à nous conforter.

Mais pour qui voudrait se donner du champ, pour qui voudrait se donner le temps de lire en toute indifférence à la foire aux livres, que peuvent encore nous dire les noms de Rastignac, Goriot, Chabert, ou Vandenesse? Que peuvent-ils nous apprendre qui justifie l'admirable unité, l'admirable continuité de l'oeuvre ?

Cet atelier se propose de s'expliquer avec l'auteur de la Comédie humaine, de la manière la plus simple qui soit : nous vous proposerons chaque mois un roman à lire, ou à redécouvrir. Un samedi par mois, nous nous retrouvons alors en fin d'après-midi pour confronter nos lectures, autour d'un premier exposé.

Il ne s'agit pas d'enseigner la littérature (s'enseigne-t-elle du reste?) ; seulement de partager un goût commun, comme de s'encourager dans sa culture.


Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Lundi 19 Octobre 2009 à 21:53