un atelier de philosophie de l'Université conventionnelle animé par Jean-Michel Muglioni


Les textes de ces trois stoïciens sont les seuls textes à peu près complets qui nous restent de l’école stoïcienne (sinon ; le témoignage le plus complet est celui de Cicéron). Jusqu’à la fin du XIX° siècle, tout homme cultivé les connaissait - parfois par cœur - dans toute l’Europe, qui alors avait une unité réelle.



SENEQUE (4-65) se suicide sur ordre de Néron dont il avait été le précepteur et après avoir été son conseiller et l’homme le plus riche de Rome.

EPICTETE (50-127 ou 13.)
Esclave affranchi par Epaphrodite lui-même esclave de Néron affran-chi, qui assista Néron lors de ses derniers instants. Expulsé en 94 par Domi-tien en Epire à Nicopolis (à 6 km au nord de Prévéza), ville fondée par Auguste pour célébrer la victoire d’Actium en 31 av. J.C. contre Marc Antoine (donc unité de l’orient et de l’occident).
Epictète n’a rien écrit, mais son Manuel et ses Entretiens nous ont été rédigés par ARRIEN (95-175), qui, lui, était de Bithynie, royaume au nord-ouest de l'Asie Mineure (contrée actuellement turque), au bord sud de la Mer Noire. Arrien, de Bithynie, est citoyen romain. Il a pour modèle Xénophon (426 ou 430 - 355), historien aussi, et dont nous avons une Apologie de Socrate et dans les Mémorables, ses souvenirs concernant Socrate (mort en 399). textes tout à fait lisibles ! Arrien, donc est un historien qui écrit en un pur attique : il a donc reçu une belle instruction ! Un notable d’une cité bithynienne pouvait être un haut fonctionnaire de l’empire. On dit que son histoire exprime l’idéologie de l’empire romain, la défense des institutions romaines. Epictète n’ayant rien écrit, c’est à Arrien que nous devons tout ce que nous savons d’Epictète, ce qui prouve qu’il n’était pas seulement un idéologue.
ENTRETIEN est la traduction du grec diatribè, mais diatribe a pris un sens différent en français. Littré dit : dissertation critique : sens ancien et à peu près tombé en désuétude. Puis, par extension, écrit, discours violent et injurieux ; critique amère. C’est une leçon (parfois faite par un disciple avancé) qui est soit un commentaire des fondateurs du stoïcisme, Chrysippe ou Zénon, soit un exercice philosophique. Puis, après une objection ou une question, le maître improvise, et son dialogue avec le disciple est souvent une exhortation (protreptique, en grec) à philosopher, c’est-à-dire à vivre selon la philosophie. Car il ne s’agit pas d’un travail universitaire indifférent à la ma-nière de vivre.

MARC AURELE 121-180. Pensées pour moi-même.


Compléments de lecture

On pourra lire de Pascal l’Entretien avec Monsieur de Saci sur Epictète et Montaigne.

Montesquieu fait l’éloge de stoïcien, mais cette fois sans les restric-tions du janséniste Pascal :

« Dans ces temps-là, la secte des stoïciens s’étendait et s’accréditait dans l’empire. Il semblait que la nature humaine eût fait un effort pour pro-duire d’elle-même cette secte admirable, qui était comme ces plantes que la terre fait naître dans des lieux que le ciel n’a jamais vu.
Les Romains lui durent leurs meilleurs empereurs. Rien n’est capable de faire oublier le premier Antonin, que Marc-Aurèle qu’il adopta. On sent, en soi-même, un plaisir secret lorsqu’on parle de cet empereur ; on ne peut li-re sa vie sans une espèce d’attendrissement : tel est l’effet qu’elle produit, qu’on a meilleure opinion de soi-même, parce qu’on a meilleure opinion des hommes.
»

Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence (1° édition, 1734, revue en 1748, date de De l’esprit des lois, à lire tout entier pour comprendre Rome et l’empereur Marc-Aurèle), au début du chapitre XVI, De l’état de l’empire, depuis Antonin jusqu’à Probus.




Jean-Michel Muglioni
Rédigé par Jean-Michel Muglioni le Dimanche 18 Octobre 2009 à 22:59




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