Blog d'information de l'Université Conventionnelle


Rendu malgré tout un peu maussade par les deux heures de projection, je me suis résolu à essayer de m’expliquer pourquoi le cinéma, avec sa débauche écoeurante de moyens, et plus encore, en l’espèce, de bons sentiments, ne parvenait qu’à nous aveugler sur ce qui est et sur ce qui est à faire. Disons donc que ce qui suit est un commentaire libre et lointain de l’inépuisable caverne de Platon.



Dans l’antiquité, le peintre Zeuxis était connu pour peindre des paniers de fruits de manière si réaliste que les oiseaux eux-mêmes s’y laissaient prendre et se heurtaient au murs en croyant se nourrir. Le réalisme dans l’image suscitait comme un effet de profondeur que la surface enfermait seule. Les choses y apparaissaient bien comme ce qu’elles étaient. Un fruit peint imitait parfaitement l’apparence du fruit, mais les volatiles en étaient pour leur faim, et pour le choc. Ajoutons que le contraste était indispensable au réalisme du travail de Zeuxis, car la marque du réel, c’est son ambivalence. Les choses ne cessent de varier selon le regard : l’objet dans le monde distribue toujours invariablement l’ombre et la lumière afin de suggérer sa forme, sa densité, son poids même. Seulement imitant si parfaitement le réel, le peintre en détournait ceux qui s’y portaient par toute la fureur de leur faim. De là cette puissance des arts d'égarer les hommes affamés par le réel qu’ils souhaitent étreindre et qu'on nourrit d'ombres peintes : de même en effet qu’on nourrissait alors de poussière et de gravier la faim des oiseaux de Zeuxis, de même on donne désormais des films à qui veut penser.

Tout réalisme trompe, par lui-même, radicalement

Le cinéma qui se veut réaliste est en effet pris au même paradoxe : le contraste et les nuances qu’il place au cœur de sa volonté de représenter le réel ne font que traduire un jeu d’apparences, et au fond, ne peuvent que tromper celui qui s’y laisse prendre. Ce qui doit nous rendre méfiant à l’égard des peintures trop réalistes réside ainsi précisément dans la dissimulation que l’art introduit à l’égard de son propre artifice. Zeuxis veut que sa peinture se substitue au fruit réel. Qu’il trompe les oiseaux est la marque de son talent. Mais il y a autant de rapport entre un film sur l’école et le travail scolaire qu’entre la faculté nutritive d’un fruit et les couleurs dont une image est faite.

Pour en rester à l’exemple d’une peinture de l’école aujourd’hui, tous les acteurs du monde enseignant (professeurs, parents, élèves) se doutent bien que leur vécu est parcellaire, plein de passions et d’incertitudes ; aussi bien n’enseigne-t-on pas, n’élève-t-on pas ses enfants ni n’étudie-t-on en classe pour penser « quelque chose » de l’école. Le problème réel du professeur, c’est le cours présent ; celui du parent l’orientation et l’avenir de l’enfant ; celui de l’élève enfin son exercice etc. Nul n’a le temps de faire des leçons de morale.

La réalité est en effet constamment objet de travail, elle est découpée par nos intérêts, nos buts et nos désirs ; elle est la tâche qui nous résiste et nous absorbe. Mais que l’on mette en peinture tout cela, et comme par enchantement un sens paraît se dégager sans effort. Le réel perd la douloureuse profondeur d’une tâche et d’un effort, pour suggérer des perspectives de lui-même. La grande facilité des arts, c’est ainsi de faire croire que le sens peut être disjoint d’une volonté à l’œuvre ; qu’il suffit de représenter pour comprendre. On se dit qu’il suffit d’observer un homme au travail pour comprendre ce qu’il fait ou veut. En ce sens, la recherche du réalisme en art égare radicalement le spectateur, car à juger des qualités d'une représentation qui se donne pour autre chose que ce qu'elle est (elle veut nous faire croire qu'elle est ce qu'elle représente), on en oublie le réel lui-même. La profondeur illusoire que prend un film comme « Entre les murs » tient ainsi précisément à cette croyance que les effets de surface sont susceptibles de nourrir la pensée, que l’apparence elle-même est une pensée.

Faire et peindre

Pourtant l’essentiel échappe tout le temps ; on voit bien que ni le réalisateur ni l’acteur principal n’aiment l’école, c’est-à-dire voient à travers elle une tâche à accomplir, des difficultés à affronter. Ce qui les intéresse, c’est le discours sur l’école ou la difficulté à se comprendre etc. Ils traitent un sujet, comme Zeuxis regarde le raisin : tout autrement que l’oiseau affamé. Le découragement du professeur de technologie, par exemple, n’est pas, pour les auteurs, la marque d’une foi à l’épreuve, elle est un fait que le réalisateur scrupuleux entend consigner pour parfaire son tableau ; les frustrations des parents d’élèves ou l’indifférence parfois cruelle des enfants feront contrepoids. De même, le drame de Bégaudeau, dans le film, c’est qu’il agit comme un professeur qui se soucie davantage du spectacle de la classe que de son travail. Il s’enferme dans l’image de son cours, dans le son de ses mots, sans jamais se soucier de ce qu’il a à faire. La conséquence est que rapidement, il ne peut plus rien faire.

Toute classe en effet est difficile, et matière à gloser pour le spectateur, parce qu’il est en effet toujours difficile de s’adresser non pas à des élèves mais à ce que chacun peut et veut en quelque manière devenir, à parler au nom de ce que l’adolescent peut devenir s’il parvient, justement, à s’élever au dessus de son état présent. Ce n’est pas la société et ses injustices qui rendent l’enseignement délicat, mais l’enseignement lui-même qui est nécessairement difficile puisqu’il est appel à être plus que ce qu’on est. Seulement on ne sait pas plus reconnaître la difficulté et la nécessité de l’instruction qu’on ne sait respecter la difficulté de tout autre travail. L’enseignement, le travail ouvrier etc. tout cela est objet de discours, de débat, de mots. On songe rarement à ce qui pourtant se fait sans parole, par patience et volonté.

La condition sociale, linguistique, d’un élève n’est pas, par exemple, objet de discours ou de représentation pour un professeur qui enseigne. On ne se répète pas en permanence ce que sont censés être ses élèves (des bourgeois, des dominés, des minorités etc.) ; on se débrouille pour vaincre telle équation ou telle incompréhension. L'objet (géométrique, littéraire, qu'importe) absorbe toute l'attention. Les traits extérieurs, sociaux ou culturels, ne sont dès lors que les obstacles nécessaires, toujours renaissants, qu’il faut pourtant vaincre tant bien que mal, avec ses propres faiblesses, et avec pour seul secours la confiance que l’on peut tirer des œuvres ou des connaissances qui dominent notre individualité. Comment en effet croire qu'il vaille la peine de lutter pour faire lire un texte ou résoudre un problème, si on ne croit pas que la mathématique, l'histoire ou la littérature doivent être aimées et transmises, que tout cela, en somme, soit objet de foi? Le dégagement de l'observateur va nécessairement de pair avec un scepticisme portant sur le savoir lui-même (l'Antimanuel de littérature de Bégaudeau en témoigne, du reste.) Or une foi et un effort ne se filment pas, ils se partagent ou sont méprisés. La culture du commentaire en dit alors suffisamment sur nos capacités de partage.

Aristocratie et spectacle

Et cela n’a du reste rien de particulier à la question scolaire. Un documentaire sur les cantonniers ne manqueraient pas de manquer l’essentiel aussi bien : c’est-à-dire qu’il faut une forme de courage et de conviction pour assumer un travail nécessaire et difficile, que ce courage parfois s’effondre et se redresse sans discours compassionnel ou convenu. Naturellement, nos habitudes d'oisifs spectateurs vont nous garantir que nul ne veut, ni ne vaut, grand chose : on ne choisit rien, on n'assume rien. Mais c'est que ce cynisme poudré de spectateur reste attentif à ne point avoir à estimer. Car il n’y a pas de leçon à tirer face à quiconque s’efforce de faire un travail réellement, sinon l’admiration.

Mais parce qu’admirer le sujet d’un tableau ne satisfait point l’orgueil des peintres qui veulent qu’on admire leur art, ou qu’on discute de ce qu’ils font eux, il faut que l’œuvre ajoute son bavardage au réel. En cela, le vrai moteur du cinéma réaliste, ou du documentaire sociologique, c’est le mépris pour son objet, et au delà, la haine du travail.

Il y a un aristocratisme propre aux arts qui expliquent la défiance nostalgique de Platon à leur endroit, et qu'on pourrait deviner à l'oeuvre sous bien des consensus "culturels". Par exemple, la manie du cinématographe dispense aujourd'hui d'avoir à estimer les travaux de chacun, les ressources de courage que toute tâche exige. On y substitue confortablement le commentaire et le symbole. Cela n'engage à rien. Mieux, on enverra les pauvres au cinéma gratuitement, se perdre dans leur reflet. Ils y oublieront qu'ils peinent pour travailler, mûrir, et défendre une dignité : tout n'est-il pas affaire d'image? Une société de comédiens, où chacun s'attache à s'imiter lui-même, à jouer le rôle qu'on lui attribue opportunément (de "bourgeois", de "lycéens du 93" etc.) se souciera alors peu du réel, et confortera les metteurs en scène auto-proclamés dans leur conviction qu'il faut bien des figurants et des stars.

Il resterait à apprendre à n'aller au cinéma que pour se distraire, et n'en rien penser, sinon peut-être que l'argent des productions pourrait à tout prendre être investi ailleurs.

Zeuxis en politique

Ainsi sommes-nous en effet comme les oiseaux de Zeuxis, affamés de comprendre, nous nous jetons sur l’apparence qui imite le réel. Nous tenons la surface pour de la profondeur ; et ce qui fait résonner la vacuité d’une œuvre (et Cantet ici érige le vide en esthétique) ce n’est alors pas tant l’œuvre elle-même que nos cris indignés ou ravis, bref, les conséquences du choc contre l’écran. « Entre les murs » doit ainsi beaucoup aux illusions du spectateur lui-même, qui croit trouver à penser et à comprendre, là où on ne peut que trouver deux heures de distraction.

Il y a ainsi dans les arts, et en particulier dans le cinéma, un danger profondément politique, et un pacte entre l’esthétique et l’oppression que les puissants ont bien saisis : Ce n’est pas pour rien que les hommes de pouvoir aiment les discussions et se défient du travail, où en l’espèce envoient les élèves au cinéma plutôt qu’en cours.

Clemenceau disait que, quand il voulait enterrer un problème, il nommait une commission ; on peut avoir le sentiment avec Cantet et Bégaudeau que si l’on voulait désormais enterrer le sens de tous les travaux humains, et d’abord de l’instruction, il suffirait de tourner un film sur eux. On serait bien sûr ainsi qu’on n’aurait plus en effet qu’à commenter ce qui se fait, plutôt qu’à chercher comment soi-même œuvrer à plus de lumière en chacun.

Le documentaire en somme, c'est un peu l'avenir de la réaction.

Rédigé par Frédéric Dupin le 31/10/2008 à 12:59 | Commentaires (0)


Difficile d’éviter en ce moment le film de Laurent Cantet, primé à Cannes. S’il semble en effet se constituer en sujet de discussion incontournable, au sein du débat sur l’école - cristallisant du reste souvent, et par le miracle du « cinéma », les polémiques les plus rebattues - , nous n’entendons pas ajouter ici une feuille de plus à un dossier déjà suffisamment épais. Il nous suffira donc de proposer une petite réflexion, en deux parties, de spectateur et de professeur sur les effets fascinateurs qu’induisent les films en général, et celui-ci en particulier.



Par souci d’économie, laissons donc de côté les querelles sur la question de « l’idéologie », du « message » ou des « conséquences » sur l’institution scolaire, réelles ou supposées, du film de Cantet et Bégaudeau. Non, bien sûr, que ces débats soient vains ou dépourvus d’intérêt en eux-mêmes ; je suis loin de croire ce film innocent d’ambitions démonstratives ou politiques. Mais Francisco Roa Bastos, ici-même, nous en a déjà dit l’essentiel. Le lecteur curieux d’approfondir ce débat pourra du reste se référer, entre autres choses, au texte de Jean-Claude Brighelli, comme l’abondant débat qu’il a suscité sur son blog,


Je voudrais m’en tenir ici, pour commencer, à ma simple expérience de spectateur, du reste pas cinéphile pour deux sous. Je voudrais essayer d’envisager le film uniquement pour ce qu’il est : un objet de divertissement, quitte à lutter un peu contre les tentations raisonneuses. On les retrouvera, ces tendances, si on le souhaite, dans le second article que je consacre à ce film.

Rédigé par Frédéric Dupin le 31/10/2008 à 12:28 | Commentaires (0)


J’aime beaucoup Sean Penn, mais je dois avouer que je suis effondré par la Palme d’or qu’il a attribuée à Entre les murs, le film de Laurent Cantet dont on parle tant en ce moment. Certes, cette Palme a fait du bien, pour un temps, à l’industrie française du cinéma. C'est d’ailleurs peut-être son seul, et mince, intérêt. Mais pour le reste, Entre les murs est effrayant à plus d’un titre.



Evacuons tout de suite la question de l’intérêt cinématographique de ce film, qui est nul. Ceux qui y voient l’objet de l’engouement qu’il suscite sont de très mauvaise foi, ou alors osent parler du film sans l’avoir vu. Entre les murs n’aurait jamais autant de succès s’il n’avait eu la Palme, car ce n’est pas un bon film : François Bégaudeau, qui y joue son propre rôle de professeur de français en collège, est un acteur médiocre. Les élèves, qui « jouent » certes leur rôle de manière tout à fait « naturelle », n’ont semble-t-il pas eu à beaucoup modifier leur attitude habituelle, ce qui réduit d’autant leur talent de composition (c'est d’ailleurs ce qui fait du film, de l’aveu même de ses auteurs, un « témoignage vrai » sur la « réalité scolaire »). Quant à la réalisation de Laurent Cantet, on cherche en vain pendant tout le film un élément original ou un intérêt quelconque à ce docu-fiction ennuyeux.

Non, Entre les murs attire le public parce qu’il a été récompensé à Cannes, d’une part, et sans doute aussi parce qu’il parle d’école en dénonçant, encore, la crise de l’éducation nationale et le « malaise des profs ». On aimerait y voir le signe d’un intérêt réel pour les questions éducatives, mais j’ai bien peur qu’il ne s’agisse encore que d’un énième avatar de la haine que suscitent les enseignants dans nos sociétés.

L’enseignant tel qu’il est montré dans ce film est certes tout à fait critiquable : il n’enseigne rien ; il dévalorise le savoir et ses élèves ; il veut jouer « copain-copain » avec eux mais se moque d’eux en permanence, ou même les traite de « pétasse »…bref, il « rame », comme il le dit lui-même, se contentant de gérer en attendant les vacances.

Pour François Bégaudeau, les murs de son école ressemblent bien aux murs d’une prison : il purge sa peine de prof en attendant d’aller voir ailleurs, ce qu’il n’a pas hésité à faire une fois le succès du film assuré (il serait en ce moment en disponibilité de l’éducation nationale). En résumé, Monsieur Bégaudeau n’aime pas enseigner et il le fait sentir. Pour lui, l’enfer, c'est sa classe.

On comprend, certes, les difficultés que peut avoir un enseignant à faire cours aujourd’hui. Loin de moi l’idée de dire que tout est facile et que les élèves sont tous de doux agneaux disposés à apprendre ce qu’on leur enseigne. C'est un problème réel auquel sont confrontés une large partie des enseignants, notamment les plus jeunes, qu’on concentre sans beaucoup de moyens dans les zones les plus difficiles. Mais ce problème réel ne se règlera pas tout seul, notamment si les cinéastes continuent à faire des films dans ce genre, qui semblent prôner la nécessité pour les profs de s’adapter encore plus à leurs élèves plutôt que d’essayer de leur apporter quelques lumières (c'est ce qui ressort en tout cas du traitement manipulatoire que réserve Laurent Cantet au seul personnage qui tente d’apporter un peu de discipline et de savoir dans l’école, le professeur d’histoire-géo, qui est présenté comme un rétrograde arrogant n’ayant rien compris à la réalité). Cette Palme, n’en doutons pas, servira désormais de référence et d’argument à tous ceux qui dénigrent les professeurs et leur travail, au premier rang desquels, bien entendu, une partie des élèves eux-mêmes.

Que ces élèves, certains en tout cas, pensent que l’imparfait du subjonctif est une lubie d’adulte sans aucune utilité, on s’en serait douté. Mais qu’ils soient relayés en cela par leurs professeurs, qui n’hésitent plus à leur apprendre, par exemple, que l’Autriche est un tout petit pays dont la disparition n’affecterait personne, cela devient effrayant.

Si les murs de l’école posent aujourd’hui problème, ce n’est pas tant parce qu’ils enferment et oppriment. C'est au contraire parce qu’ils ne remplissent plus vraiment leur fonction de séparation : l’école est un lieu qui doit permettre aux élèves de sortir de leur milieu quotidien, surtout quand celui-ci est fait de violences et d’échecs en tout genre. L’école n’a pas à s’adapter à la société, ni aux élèves et à leurs impulsions premières, elle se doit de constituer un lieu à part, en marge du flux ininterrompu de l’actualité et des nécessités les plus matérielles de nos vies. En ce sens, les murs de l’école ne sont pas des murs de prison, comme semblent le penser Laurent Cantet et François Bégaudeau, s’adaptant en cela aux dégoûts de leurs élèves-acteurs, ce sont au contraire des « murs porteurs » qui soutiennent notre formation de citoyens responsables.

Je ne suis pas le premier à dire ses évidences, bien sûr. Beaucoup d’autres les ont dites avant moi. Ce que je tente de faire en les présentant de nouveau, c'est essayer de les comprendre et de les transmettre comme ils nous les ont transmises : voilà l’éducation, voilà le rôle de l’école. Transmettre un savoir, l’éprouver aussi sans doute, mais pas le dénigrer a priori, parce qu’il ne correspondrait pas aux envies de quelques élèves agités. L’école est tout le contraire de ce que nous montre Entre les murs, dans lequel rien ne compte que la satisfaction rapide et l’utilité immédiate.

Ce film est donc dangereux à plusieurs titres. Tout d’abord parce qu’il donne une image des professeurs lamentable, qui ne correspond pas, heureusement, à la majorité des professeurs qui s’investissent réellement dans leur travail, contrairement à Monsieur Bégaudeau. Ensuite, parce qu’il contribue à renforcer le discours ambiant sur la nécessité pour l’école de s’adapter au monde qui l’entoure, quitte pour cela à abandonner toute exigence d’effort et d’intelligence pour ses enseignants et ses élèves. Enfin, par ce qu’il révèle de l’opinion majoritaire dans notre société, qui est prête à s’extasier devant un film médiocre et pernicieux, pour la seule raison qu’il a été reconnu dans un festival et qu’il montre des élèves certes très nuls, mais quand même très « vivants et dynamiques », tellement « frais et naturels » dans leur agitation. Or, le savoir ne naît pas dans l’agitation, mais dans la tranquillité que les éducateurs devraient savoir instaurer dans une salle de classe. Comme le constatait déjà Bachelard, « i[les éducateurs ne travaillent guère à donner cette tranquillité ! [...] Ils jugent plus qu’ils n’enseignent ! Ils ne font rien pour guérir l’anxiété qui saisit tout esprit devant la nécessité de corriger sa propre pensée et de sortir de soi pour trouver la vérité objective » (La formation de l’esprit scientifique,]i p. 209). Laurent Cantet et François Bégaudeau nous proposent donc un film, non pas sur l’école, mais sur la malformation de l’esprit. Voilà peut-être le seul intérêt de ce film : une simple illustration de ce qu’est un mauvais professeur.



Rédigé par Francisco Roa Bastos le 13/10/2008 à 23:37 | Commentaires (2)




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