Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Frédéric Dupin


Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.


Cette séance conclura la séquence de réflexion autour de la question de la poésie dans la pensée de Platon.

Nous commencerons par traiter rapidement des problèmes moraux et politiques liés non plus au fond mais à la forme des discours, en s'interrogeant sur la nature de l'imitation.

Nous passerons alors au commentaire d'une très belle page des Lois qui présentent tragédiens et législateurs comme des rivaux en poésie.

Note

Le travail entrepris par Aurélie Ledoux dans son atelier de réflexion sur l'art et la politique nous semble un excellent approfondissement de notre propos. Que le l'auditeur n'hésite pas à en télécharger la première séance!


Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Jeudi 11 Février 2010 à 18:01


Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.



Nous avons traité précédemment de la difficile question de la "police du discours" introduite par Socrate afin de garantir les moeurs des gardiens. On ne saurait parler inconsidéremment des Dieux et des hommes : l'âme est d'abord forgée par les poètes, c'est-à-dire les mythes et les récits où nous puisons nos premiers modèles, nos premières maximes de morale.

S'attaquant d'abord aux récits sur la vie des Dieux, Platon permettait de s'interroger sur la compatibilité de la philosophie et de la religion : le philosophe, en Socrate, s'arroge de juger des Dieux d'après les hommes, ou plutôt de subordonner les questions de croyance à l'exigence de justice collective. Il est des croyances que nous devons nous interdire d'avoir.

Le tragique et le comique

Le début du livre III étend cette méthode aux discours sur les dieux, les démons et les héros. Nous en dirons quelques mots en réfléchissant sur la source morale du courage (ne pas craindre la mort), de la probité (savoir garder son sérieux lorsqu'il le faut) et de la tempérance (savoir modérer ses plaisirs) : nous verrons toujours que le vice résulte en chaque cas non d'un "gêne" mais d'une série de discours tenus à tort et à travers ; en sorte que la morale n'est peut-être qu'une certaine manière de gouverner sa parole.

Imitation et récit

Nous passerons alors au second danger de la poésie, celui tenant à sa forme imitative et dissimulatrice (voir en particulier République III [393a-394b] ) : d'où vient que nous prenons en effet plaisir à nous faire tromper par une poésie ou un film? L'acteur porte des paroles qui ne sont les siennes, et met tout son art à feindre ce qu'il n'est pas. La justice veut que l'homme ne soit pas, pour lui-même un comédien.





Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Lundi 18 Janvier 2010 à 17:37


Cette séance remplace celle que j'ai du annnuler pour cause de grippe le 17 décembre dernier. Le cours aura lieu comme d'habitude au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.


Nous avons vu lors de la dernière séance ce que l'idée platonicienne de nature avait de profond et de difficile. Nous voudrions revenir désormais un peu en arrière et, cette réflexion préliminaire amorcée, considérer la question de l'éducation des gardiens.

Socrate, en effet, n'est pas un réformateur : il propose pour les gardiens de la cité une éducation qui a fait ses preuves, celle de l'Athènes classique et aristocratique, en un mot, celle de Thémistocle. La gymnastique pour le corps, la poésie et la musique pour l'âme. Ici, point d'innovations.

Toutefois, il interroge la vérité radicale du propos homérique et interpelle les poètes, pour la première fois dans la République, ce ne sera pas la dernière, comme maître d'erreurs. Le législateur doit donc se mêler du dogme afin de ne pas laisser les âmes les meilleures se corrompre sous l'effet de mauvais discours.

Nous discuterons donc de cette page classique (une fois de plus!) et conduirons la réflexion jusqu'à la question des rapports réciproques du politique et du religieux dans les questions scolaires.

Note

On pourra lire également la page de Montesquieu commenté par JM Muglioni dans sa séance du 6 janvier 2010. On y verra que la question de l'existence de Dieu importe bien moins que sa définition et son image...
Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Mardi 15 Décembre 2009 à 23:49


Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.



Le cours précédent avait constitué une réflexion libre sur l'art militaire et sur son ambiguïté. Il nous avait conduit à comprendre en quoi la formation "technique" ne suffisait pas à garantir, pour certains métiers, l'utilité sociale des techniciens. Par exemple, un homme de guerre sait comment tuer, un médecin également ; un orateur et un homme de culture savent user de la langue pour le bien, comme pour le mal. Aussi l'éducation ne peut-elle se borner ici à transmettre des "savoirs", car ceux-ci ne sont rien sans une bonne nature capable d'en tirer véritablement profit. Les plus grands dons et les meilleures études font parfois les pires des hommes.

C'est pourquoi Socrate invite Glaucon, en un passage célèbre, à méditer sur la nature paradoxale des gardiens, dont l'ardeur ne doit pas compromettre la douceur d'âme. Pareils au chien, ils seront durs avec l'étranger, doux avec le compatriote, en véritable gardien de la propriété commune.

Nature et éducation : la question du "mérite"

Le présent cours partira de cette image et reprendra l'idée étrange selon laquelle le chien est "animal philosophique" que nous n'avons peut-être pas assez développé la dernière fois.

Nous suspendrons alors un moment notre lecture cursive pour s'interroger sur cette question des "natures" platoniciennes au coeur de la question de l'éducation. Il faut en effet tenir deux idées : d'une part l'éducation véritable ne se réduit pas à la transmission de techniques indifférentes à qui les reçoit ; elle ne saurait se ramener à un ensemble de procédures étrangères à la question morale de la nature de celui qu'on instruit, dans sa singularité même. D'autre part, est-il possible de déterminer a priori à quelle nature correspond l'éducation adéquat? Le désordre n'est autre chose en effet que de former des bergers au commandement et des chefs à la boulangerie ; comment découvrir l'adulte dans l'enfant?

Cette difficulté domine la pensée des "natures" chez Platon, souvent comprise à tort comme l'apologie unilatérale d'un eugénisme et d'une aristocratie de sang. Nous verrons au contraire ce que l'idée même de mérite a d'incohérente et d'ambigüe : les natures d'or ou de fer ne sont peut-être en effet qu'un mensonge nécessaire.

Car sommes-nous bien les artisans de nos vertus? Et de quoi pouvons-nous réellement être fiers?

Textes d'appui

On lira d'abord ce passage de République III où le mythe des trois nature est exposé.

Mais puisqu'il s'agit de comprendre comment nous nous laissons souvent duper par diplômes et qualités, nous pourrons prendre une leçon de liberté chez Stendhal, qui, dans La Chartreuse de Parme, et sous les traits du Comte Mosca, nous peind un grand qui a su ne pas croire à sa propre grandeur. Ce maigre extrait ne sera ici qu'une invitation à lire ou à relire cette oeuvre sans égal.


Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Lundi 30 Novembre 2009 à 12:47


Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.


La séance précédente a permis de conduire une réflexion sur l'idée morale et politique de "simplicité" ; nous avions alors compris dans quelle mesure le fantôme d'une existence "simple" et "naturelle" ne peut manquer de nous hanter dès que nous nous interrogeons sur les maux humains. De là une tentation récurrente vers l'ascétisme et la misanthropie sociale.

Seulement le refus de Glaucon de céder à ces tentations nous permet de sauver le désir, l'excès, le superflu, dans leur humanité même ; ces cités malades de luxe, ce sont les nôtres, et leurs défauts mêmes les constituent en lieu de perfectionnement. Comment une justice pourrait-elle exister si l'ordre humain était figé dans la perfection et la simplicité d'une existence naturelle?

La présente séance acceptera donc la guerre comme le lot commun et réfléchira simultanément à la nécessité d'un art militaire et de sa discipline, de sa modération par la justice même. Que la cité soit politique, et pas seulement économique, c'est un fait humain ; mais reste à comprendre comment une politique peut-être bonne ou mauvaise, ce qui est se demander comment ceux qui font régner l'ordre militaire et politique peuvent être bons ou mauvais.

Nous nous appuierons essentiellement sur le grand et célèbre passage de la République où les gardiens de la cité sont comparés au chien, animal philosophique par excellence, puisque son humeur est déterminé par la distinction entre savoir et ignorance.


Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Jeudi 19 Novembre 2009 à 11:37


Le cours aura lieu au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h, comme d'habitude, en salle B10.


Nous considérerons aujourd'hui la première des cités idéales construites par Socrate et adimante : c'est la cité industrieuse où tout est commerce et artisanat. Elle correspondrait, nous le verrons, à une cité qui n'est qu'économie, et à une vie où la simplicité des besoins corporels absorbent tout.

Pourtant cette vie et cette cité ont-elle un sens? Glaucon se révolte contre l'idée d'une vie sans luxe ni honneur, au risque de jeter l'ordre humain dans les conflits et les maladies du luxe. Ce qui est en jeu ici, c'est bien le lien entre justice et simplicité. Mais peut-être également, déjà, toute la question du "réalisme" ; car cette paix par l'industrie n'est-elle pas, au sens strict, un rêve bien plus grand, et bien plus redoutable, que la fiction du philosophe roi sur laquelle s'achèvera la fondation socratique?

Nous développerons ces questions par l'étude d'un passage essentiel de ce second livre de la République. La lecture de Rousseau serait en outre ici certainement éclairante.

Ecouter le cours
Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Lundi 2 Novembre 2009 à 18:07


Séance du 15 octobre 2009, au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, Paris XIème, 20h-22h, entrée libre.



Cette première séance de l'année s'ouvrira par une brève synthèse du travail entrepris l'année précédente, afin de ne pas frustrer les nouveaux auditeurs, et caractérisera la lecture commune que nous mènerons jusqu'en mai 2010, et que nous concevrons comme autonome en elle-même.

Nous parcourons en effet essentiellement les livres II à IV qui sont dominés par la construction de la cité idéale dont le modèle doit permettre d'élucider les mystères de l'âme humaine, et caractériser l'idée de justice. Ce détour politique devra ainsi être compris dans sa nécessité propre comme dans son détail. Nous consacrerons cette séance à poser ainsi la question du sens et de la portée d'une réflexion philosophique sur le monde commun. Que valent les idées en politique, et que devons-nous attendre d'une réflexion philosophique sur la justice collective? Le philosophe est-il un moraliste ou un "intellectuel"? etc.

Nous nous appueirons essentiellement, en prélude à cette année de lecture, sur le célèbre passage du Théétète décrivant Thalès au fond de son puits, objet des sarcasmes du bon sens populaire.

Ecouter le cours.

Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Mercredi 14 Octobre 2009 à 19:23

Notice du cours (2009-2010)

Présentations de l'atelier


"La République de Platon est devenue proverbiale, comme exemple prétendu frappant d'une perfection imaginaire qui ne peut avoir son siège que dans le cerveau d'un penseur oisif..." Kant


Notice du cours (2009-2010)
L'année précédente a été essentiellement dominée par l'idée morale de justice. Nous étions en effet parti du mythe de Gygès pour jeter un éclairage suffisant sur nos morales communes, faites d'expédients et de transactions plus ou moins inavouables. Céphale, Polémarque, Thrasymaque, les différents interlocuteurs du livre I de la République, nous sont ainsi apparus comme autant de moments de nos propres débats intérieurs, quoique toujours en deça du problème véritable de la justice, en deçà de la question de principe qui la constitue. Qu'au fond les calculs de l'économie ou du pouvoir ne nous apprennent rien sur le juste et l'injuste, c'était ce qu'il fallait comprendre en restituant la faiblesse indépassable des demi-arguments qui résument nos opinions courantes. Cette leçon de morale n'en était pas une, ou plutôt, pouvait-elle être comprise comme une leçon de défiance à l'égard de soi-même.

Poursuivant ce détour, et en cela fidèle à la voie que trace Socrate dans l'ouvrage, nous occuperons cette année à une réflexion sur le sens politique de la justice. Socrate n'invite-t-il pas en effet à regarder la cité comme une image agrandie de l'âme humaine, et ainsi à juger de nos vices et de nos vertus par celles de l'organisation sociale? Mais que peut bien nous apprendre sur nous-mêmes les histoires de paysans, de cordonniers et de gardiens qui absorbent bientôt les participants du dialogue? Nous chercherons ainsi d'abord à éclairer le sens de ce détour avant d'avancer dans la construction abstraite de l'idée de cité parfaite, cité idéale, qui en cela, sera la cité vraie ; la seule réelle. Nous avancerons ainsi progressivement dans les livres II à V où se développe avec le plus de netteté cette interrogation, avant que les livres centraux n'aborde la question cruciale de l'éducation du philosophe.

Ce blog accueillera les différentes séances : il renverra, le cas échéant, aux textes étudiés mis en ligne sur le site principal de l'Université conventionnelle.
Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Mercredi 14 Octobre 2009 à 18:56

Notice du cours (2008-2009)

Présentations de l'atelier


« Voulez-vous prendre une idée de l’éducation publique ? Lisez la République de Platon. Ce n’est point un ouvrage de politique, comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leur titre. C’est le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait. Quand on veut renvoyer au pays des chimères, on nomme l’institution de Platon. Si Lycurge n’eût mis la sienne que par écrit, je la trouverais bien plus chimérique. Platon n’a fait qu’épurer le cœur de l’homme, Lycurge l’a dénaturé. » Rousseau, Emile livre I.


Notice du cours (2008-2009)
Le présent cours entend guider l’auditeur dans une lecture méthodique de l’œuvre de Platon. Si nous espérons pouvoir à cette occasion partager le plaisir que donne encore ce texte indémodable, il s’agira également pour nous d’y méditer le paradoxe que décrit Rousseau au début de son Emile.

Les hommes sérieux tiennent en effet souvent la politique pour un art subtil où les idées embarrassent. Le « réalisme » courant vante ainsi à peu de frais le pragmatisme et le scepticisme des hommes d’action, tout en riant de l’aveuglement des penseurs, perdus dans la recherche des principes. Sous ce rapport, la cité idéale de Platon a acquis en quelque sorte la réputation de symbole : germe de toutes les utopies, ne fait-on pas d’elle désormais le ferment de toutes les dérives meurtrières ? L’air est bien connu.

Pourtant, le spectacle du monde, toujours renouvelé, témoigne assez de l’impuissance des hommes de gouvernement pour éveiller l’attention. Car l’illusion du politique consiste justement à croire qu’on peut instituer l’ordre et la justice sans s’occuper de former des hommes aimant réellement ceux-ci, qu’une réforme ou une révolution, en somme, dispensent d’éduquer. Cette indifférence, en laissant dégénérer les sociétés jusqu’à la pure barbarie, prépare alors le retour des tyrans.

Mais parce que Platon n’explique le mal universel que par le jeu des passions en l’individu même, au mépris des analyses de conjonctures, il nous invite surtout à comprendre que nulle paix ne se fera entre les hommes si l’on ne sait d’abord faire la paix en soi. En ce sens, la pensée et le dialogue constitueraient la vraie puissance et la vraie politique.

De là cette absence de respect propre à l’examen socratique, qui, bousculant toutes les institutions (État, famille, armée…), entend surtout dégager l’esprit de la fascination pour les affaires communes, et lui ouvrir la voie de l’ironie et de la liberté.

Le cours s’appuiera sur des extraits choisis que vous trouverez dans la partie du site lui étant réservée. S’y ajouteront progressivement des éléments de plan et d’analyse, dans
la section outils.

Les séances se dérouleront au lycée Dorian, par quinzaine. N’hésitez pas à vérifier leur fréquence dans la section
agenda.

Pour écouter les cours, rendez-vous à la séance correspondante. ou à la page dédiée aux téléchargement.




Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Jeudi 1 Octobre 2009 à 15:48