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Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Frédéric Dupin
La séance aura lieu à la Maison des Associations du onzième, 8 rue du général Renaut, le jeudi 2 février 2021, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.
Notre commentaire de la caverne achevé, nous allons aborder l'échelle des sciences qui constitue l'éducation du philosophe-roi. Comment former un esprit à penser par lui-même?
Platon ne laisse pas planner de doute : il faut commencer par les mathématiques ; c'est en effet par l'étude des nombres qu'on peut réellement éveiller l'esprit à lui-même. C'est du moins ce que nous essaierons de comprendre en nous interrogeant sur l'idée d'unité, et sur tout ce qui distingue le dénombrement (art aussi général que nécessaire!) du véritable calcul, qui est l'intelligence des relations numériques et des propriétés des nombres.
Platon ne laisse pas planner de doute : il faut commencer par les mathématiques ; c'est en effet par l'étude des nombres qu'on peut réellement éveiller l'esprit à lui-même. C'est du moins ce que nous essaierons de comprendre en nous interrogeant sur l'idée d'unité, et sur tout ce qui distingue le dénombrement (art aussi général que nécessaire!) du véritable calcul, qui est l'intelligence des relations numériques et des propriétés des nombres.
République (4)-5.mp3
(169.41 Mo)
Frédéric Dupin
La séance aura lieu à la Maison des Associations du onzième, 8 rue du général Renaut, le jeudi 1 décembre 2011, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.
La séance précédente est venue clore notre commentaire de la célèbre allégorie de la caverne. Conçue pour rendre compte de notre condition sous le rapport de l'ignorance et du savoir, elle définit en effet l'instruction comme une certaine manière de détourner son regard du monde de l'opinion, de la doxa.
Cette "conversion" suppose toutefois la permanence d'un désir et d'une passion qui définit le philosophe en propre, et le détourne des affaires publiques. Comment dans ces conditions convaincre les philosophes à gouverner? Sous l'apparent paradoxe de la réponse de Socrate ("il faudra les contraindre à règner"), on pourra voir une invitation à réfléchir sur la passion politique et sur l'ambition.
Il est sans doute en effet de toute nécessité de s'interroger sur les fondements de l'engagement : pourquoi se soucier du monde comme il va, et plus précisément, pourquoi penser que son bonheur dépend de notre capacité à exercer un pouvoir quelconque? Il faudrait s'attacher à distinguer l'arrivisme de la noble ambition, celle du réformateur. En période de pré-campagne présidentielle, n'est-ce pas salutaire?
Cette "conversion" suppose toutefois la permanence d'un désir et d'une passion qui définit le philosophe en propre, et le détourne des affaires publiques. Comment dans ces conditions convaincre les philosophes à gouverner? Sous l'apparent paradoxe de la réponse de Socrate ("il faudra les contraindre à règner"), on pourra voir une invitation à réfléchir sur la passion politique et sur l'ambition.
Il est sans doute en effet de toute nécessité de s'interroger sur les fondements de l'engagement : pourquoi se soucier du monde comme il va, et plus précisément, pourquoi penser que son bonheur dépend de notre capacité à exercer un pouvoir quelconque? Il faudrait s'attacher à distinguer l'arrivisme de la noble ambition, celle du réformateur. En période de pré-campagne présidentielle, n'est-ce pas salutaire?
Republique (4)-4.mp3
(192.54 Mo)
Frédéric Dupin
Sortir de la caverne (01/12/11)
Séances
La séance aura lieu à la Maison des Associations du onzième, 8 rue du général Renaut, le jeudi 1 décembre 2011, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.
La présente séance achèvera le commentaire de l'allégorie de la caverne commencé avec le nouveau cycle de cours.
On se proposera essentiellement d'y comprendre pourquoi la libération du prisonnier se donne sous la forme d'une contrainte et presque d'une violence faite à soi. Ce sera ainsi l'occasion de réfléchir sur l'éducation et sur l'idée de discipline.
Reprenant toutefois ce que nous avons pu dire de la rhétorique et des "montreurs de prestiges" animant le spectacle au sein de la caverne, on méditera aussi sur le sens politique de cette allégorie. Dans quelle mesure en effet l'instruction véritable est-elle irréductible à l'adaptation sociale? Et que faire d'un savoir alors d'un savoir qui rendrait étranger à ses concitoyens celui qui est instruit?
Enfin, nous conclurons sur le sens qu'il convient à donner à la "doxa", cette opinion qui tout à la fois domine nos pensées et oriente notre regard sur les choses humaines, nous interdisant de les mesurer et de les relativiser à l'aune du spectacle du monde.
On se proposera essentiellement d'y comprendre pourquoi la libération du prisonnier se donne sous la forme d'une contrainte et presque d'une violence faite à soi. Ce sera ainsi l'occasion de réfléchir sur l'éducation et sur l'idée de discipline.
Reprenant toutefois ce que nous avons pu dire de la rhétorique et des "montreurs de prestiges" animant le spectacle au sein de la caverne, on méditera aussi sur le sens politique de cette allégorie. Dans quelle mesure en effet l'instruction véritable est-elle irréductible à l'adaptation sociale? Et que faire d'un savoir alors d'un savoir qui rendrait étranger à ses concitoyens celui qui est instruit?
Enfin, nous conclurons sur le sens qu'il convient à donner à la "doxa", cette opinion qui tout à la fois domine nos pensées et oriente notre regard sur les choses humaines, nous interdisant de les mesurer et de les relativiser à l'aune du spectacle du monde.
Republique (4)-3.mp3
(189 Mo)
Frédéric Dupin
La caverne, suite (17/11/11)
Séances
La séance se déroulera au lycée Dorian, de 20h à 22h, le jeudi 17 novembre 2011. L'entrée est libre et gratuite.
La séance précédente nous a permis de travailler l'allégorie de la caverne du point de vue de sa "topographie", et en particulier de réfléchir sur la condition des "prisonniers". Cette nouvelle séance sera consacrée à la question des "marionnettistes", de leur silence, de leur parole, et du feu qui les éclaire, dont nous dirons quelques mots. Nous achèverons ce commentaire par une réflexion sur le sens de l'ascension du philosophe hors de la caverne, et en particulier sur la difficulté, le caractère contraint et violent de cette "libération".
Ayant ainsi caractérisé les différents éléments de l'allégorie, nous pourrons la rattacher à sa fonction dans l'ouvrage : d'une part la caverne résume en effet la question politique du rapport entre la philosophie et la politique, d'autre part elle prépare et annonce la grande réflexion sur l'éducation qui domine le livre VII.
Notre réflexion sur la nature et le rôle des "faiseurs de prestiges" qui animent le théâtre d'ombres de la caverne, et en particulier sur ceux qui parlent, nous conduira à lire et à commenter cette page admirable du Gorgias (456b-456d)
La rhétorique, art universel
GORGIAS
XI. — Que dirais‑tu, si tu savais tout, si tu savais qu’elle embrasse pour ainsi dire en elle-même toutes les puissances. Je vais t’en donner une preuve frappante. J’ai 456b-457c souvent accompagné mon frère et d’autres médecins chez quelqu’un de leurs malades qui refusait de boire une potion ou de se laisser amputer ou cautériser par le médecin. Or tandis que celui-ci n’arrivait pas à les persuader, je l’ai fait, moi, sans autre art que la rhétorique. Qu’un orateur et un médecin se rendent dans la ville que tu voudras, s’il faut discuter dans l’assemblée du peuple ou dans quelque autre réunion pour décider lequel des deux doit être élu comme médecin, j’affirme que le médecin ne comptera pour rien et que l’orateur sera préféré, s’il le veut. Et quel que soit l’artisan avec lequel il sera en concurrence, l’orateur se fera choisir préférablement à tout autre ; car il n’est pas de sujet sur lequel l’homme habile à parler ne parle devant la foule d’une manière plus persuasive que n’importe quel artisan. Telle est la puissance et la nature de la rhétorique.
Ayant ainsi caractérisé les différents éléments de l'allégorie, nous pourrons la rattacher à sa fonction dans l'ouvrage : d'une part la caverne résume en effet la question politique du rapport entre la philosophie et la politique, d'autre part elle prépare et annonce la grande réflexion sur l'éducation qui domine le livre VII.
Notre réflexion sur la nature et le rôle des "faiseurs de prestiges" qui animent le théâtre d'ombres de la caverne, et en particulier sur ceux qui parlent, nous conduira à lire et à commenter cette page admirable du Gorgias (456b-456d)
La rhétorique, art universel
GORGIAS
XI. — Que dirais‑tu, si tu savais tout, si tu savais qu’elle embrasse pour ainsi dire en elle-même toutes les puissances. Je vais t’en donner une preuve frappante. J’ai 456b-457c souvent accompagné mon frère et d’autres médecins chez quelqu’un de leurs malades qui refusait de boire une potion ou de se laisser amputer ou cautériser par le médecin. Or tandis que celui-ci n’arrivait pas à les persuader, je l’ai fait, moi, sans autre art que la rhétorique. Qu’un orateur et un médecin se rendent dans la ville que tu voudras, s’il faut discuter dans l’assemblée du peuple ou dans quelque autre réunion pour décider lequel des deux doit être élu comme médecin, j’affirme que le médecin ne comptera pour rien et que l’orateur sera préféré, s’il le veut. Et quel que soit l’artisan avec lequel il sera en concurrence, l’orateur se fera choisir préférablement à tout autre ; car il n’est pas de sujet sur lequel l’homme habile à parler ne parle devant la foule d’une manière plus persuasive que n’importe quel artisan. Telle est la puissance et la nature de la rhétorique.
Republique (4)-2.mp3
(196.35 Mo)
Frédéric Dupin
La séance aura lieu à la Maison des Associations du onzième, 8 rue du général Renaut, le jeudi 3 novembre 2011, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.
Cette première séance se proposera d'introduire à la réflexion de l'année, telle que la notice annuelle la présente brièvement. En cela, la présente séance voudrait pouvoir constituer un nouveau départ pour ceux qui découvriront l'atelier à cette occasion.
Elle se proposera plus directement de lire et de commenter ensemble une page célèbre de la littérature platonicienne, et peut-être la plus célèbre : l'allégorie de la caverne. Si l'image est bien connue, son sens n'est pas toujours aisé à établir ; s'y croisent des questions propres à l'unité de l'oeuvre, mais aussi une réflexion plus large sur le sens de la connaissance et la valeur du savoir. D'une part en effet la caverne vient résumer et compléter les deux images précédentes au travers desquelles Socrate se proposait de penser le Bien, c'est-à-dire l'objet propre de l'étude philosophique. La caverne apparaît alors comme une synthèse de l'image du soleil, et de la section géométrique de la ligne. ; d'autre part elle présente l'accès à la compréhension sous la forme d'un parcours initiatique qui est aussi un drame politique, puisqu'il s'achève sur l'assassinat inévitable du philosophe par les prisonniers.
Parabole d'une éducation et figure du problème politique, la caverne est ainsi un concentré de la pensée de Platon. C'est en cela une bonne entrée en matière pour qui veut la découvrir, comme un carrefour où des lecteurs plus expérimentés ne cessent d'avoir à repasser.
Elle se proposera plus directement de lire et de commenter ensemble une page célèbre de la littérature platonicienne, et peut-être la plus célèbre : l'allégorie de la caverne. Si l'image est bien connue, son sens n'est pas toujours aisé à établir ; s'y croisent des questions propres à l'unité de l'oeuvre, mais aussi une réflexion plus large sur le sens de la connaissance et la valeur du savoir. D'une part en effet la caverne vient résumer et compléter les deux images précédentes au travers desquelles Socrate se proposait de penser le Bien, c'est-à-dire l'objet propre de l'étude philosophique. La caverne apparaît alors comme une synthèse de l'image du soleil, et de la section géométrique de la ligne. ; d'autre part elle présente l'accès à la compréhension sous la forme d'un parcours initiatique qui est aussi un drame politique, puisqu'il s'achève sur l'assassinat inévitable du philosophe par les prisonniers.
Parabole d'une éducation et figure du problème politique, la caverne est ainsi un concentré de la pensée de Platon. C'est en cela une bonne entrée en matière pour qui veut la découvrir, comme un carrefour où des lecteurs plus expérimentés ne cessent d'avoir à repasser.
Republique (4)-1.mp3
(223.8 Mo)
Frédéric Dupin
Notice du cours (2011-2012)
Présentations de l'atelier
"La dialectique est ce qui frappe dans Platon. C'est l'art d'arriver à quelque vérité par discours coupés, définitions, propositions, objections. Aristote dira qu'il reste un peu d'idolâtrie et de sophistique dans ce culte du discours. Mais il est déjà évident que Platon prend souvent ces discussions comme une gymnastique seulement. Qui n'a point joué longtemps avec les mots, les combinant et les opposant de mille manières, n'est pas à l'abri d'un argument bien composé. Mais ces exercices, où nous devons cherché la vraie rhétorique, veulent plus de patience que le lecteur d'aujourd'hui n'en a. Les abords de Platon sont bien défendus, peut-être avec intention, par haine des improvisateurs. Alain, Abrégés pour les aveugles.
L'année précédente a été occupée par la question du paradoxe. Les trois "vagues", ces trois thèses formulées par Socrate à l'orée du livre V, relance en effet la réflexion d'une manière curieuse. L'égalité des hommes et des femmes, la communauté des familles, le gouvernement des philosophes enfin, tout cela devait apparaître comme quelques uns de ces paradoxes et énoncés bizarres qui sont le propre de la philosophie. Pourquoi le philosophe est-il donc un homme de paradoxes? Est-ce par goût de l'originalité, volonté puérile de se faire remarquer en ne pensant pas comme tout le monde? Ou est-ce que méditant sur le réel, il découvre que les choses ne sont pas ce qu'elles sont? L'expérience de la philosophie est donc, pour Platon, une affaire de courage en un sens, et de persévérance : sommes-nous capables d'affronter la solitude associée à l'effort véritable de penser? Nous voyons que nous sommes ici à l'entrée de la célèbre caverne, qui, ouvrant le livre VII à la fois résume la réflexion sur le bien amorcée plus haut, et prépare le plan d'éducation que Platon va décrire lorsqu'il va s'agir de former les philosophes rois.
L'année à venir sera ainsi essentiellement consacrée à la lecture du livre VII.
C'est un passage dense et parfois un peu abstrait puisque Socrate va y détailler à la fois un plan éducatif, une institution scolaire si l'on veut, et une revue critique des sciences accessibles à l'homme : une philosophie des sciences culminant dans la caractérisation de la science suprême, propre au philosophe, la dialectique. Il nous faudra ainsi comprendre pourquoi, en matière d'éducation, on ne saurait séparer la question de la transmission, de la pédagogie, et celle de la nature même du savoir. Mais nous ne devrons pas pour autant oublier le sens et la portée du livre VII dans la perspective globale de l'oeuvre. Le projet éducatif platonicien ne cesse jamais en effet d'être lié à une conception de la morale et de la politique qui gouverne l'ensemble des développements. En réfléchissant sur la science et sa perfection propre, il s'agit toujours de poser la dépendance de la justice à l'égard de la capacité à penser le vrai. Aussi les questions éducatives ne sont-elles pas simplement un domaine parmi d'autres de la réflexion morale et politique, mais en constitue le coeur. Car la pensée est toute de préparation, et l'erreur se montre dès qu'on pense pouvoir jouir d'un savoir sans l'avoir construit soi-même dans le temps indéfinie de l'instruction de soi par soi.
C'est à l'analyse patiente de ce noeud de problèmes que nous consacrerons la dizaine de séances de l'année. Nous nous autoriserons, comme d'habitude, les parenthèses et les digressions nécessaires, de manière à ce que la lecture de Platon ne constitue pas une fin en elle-même, mais soit toujours l'occasion de s'instruire sur le monde et sur soi.
L'année à venir sera ainsi essentiellement consacrée à la lecture du livre VII.
C'est un passage dense et parfois un peu abstrait puisque Socrate va y détailler à la fois un plan éducatif, une institution scolaire si l'on veut, et une revue critique des sciences accessibles à l'homme : une philosophie des sciences culminant dans la caractérisation de la science suprême, propre au philosophe, la dialectique. Il nous faudra ainsi comprendre pourquoi, en matière d'éducation, on ne saurait séparer la question de la transmission, de la pédagogie, et celle de la nature même du savoir. Mais nous ne devrons pas pour autant oublier le sens et la portée du livre VII dans la perspective globale de l'oeuvre. Le projet éducatif platonicien ne cesse jamais en effet d'être lié à une conception de la morale et de la politique qui gouverne l'ensemble des développements. En réfléchissant sur la science et sa perfection propre, il s'agit toujours de poser la dépendance de la justice à l'égard de la capacité à penser le vrai. Aussi les questions éducatives ne sont-elles pas simplement un domaine parmi d'autres de la réflexion morale et politique, mais en constitue le coeur. Car la pensée est toute de préparation, et l'erreur se montre dès qu'on pense pouvoir jouir d'un savoir sans l'avoir construit soi-même dans le temps indéfinie de l'instruction de soi par soi.
C'est à l'analyse patiente de ce noeud de problèmes que nous consacrerons la dizaine de séances de l'année. Nous nous autoriserons, comme d'habitude, les parenthèses et les digressions nécessaires, de manière à ce que la lecture de Platon ne constitue pas une fin en elle-même, mais soit toujours l'occasion de s'instruire sur le monde et sur soi.
Frédéric Dupin
La séance se déroulera au lycée Dorian, jeudi 26 mai, de 20h à 22h. L'entrée demeure libre et gratuite.
Nous conclurons l'année par la lecture d'une page célèbre et difficile : celle concluant le livre VI de la République. L'image de la section d'une ligne vient en effet complèter l'analogie établie plus tôt entre le soleil et le bien ; elle permet d'expliciter la hiérarchie des différents objets donnés à l'attention que nous retrouverons plus loin dans l'allégorie de la caverne.
Nous verrons que ce résumé dense et riche de la pensée platonicienne contient toutefois une méditation profonde sur la notion de signe et d'image qui porte plus loin qu'une simple analyse technique de psychologie rationnelle. L'échelle platonicienne pourrait en effet nous permettre de comprendre pourquoi il est si difficile de se comprendre.
Si la pratique de la philosophie est en effet voué au paradoxe, c'est peut-être moins par l'étrangeté native du philosophe, qui n'est en rien un gourou ou un original, mais d'abord parce que conduisant nos idées en des voies différentes, les mêmes objets ne cessent de nous apparaître suivant des perspectives étrangères. Aussi croyons nous parler des mêmes choses, ou espérons-nous justement que les faits nous départagerons, alors qu'il faudrait accepter, par la patience dialectique et la philosophie même, que la seule compréhension réelle qui puisse exister suppose l'accord des esprits sur le bien, et les plus hautes idées. Tout le reste est jeu de miroir qui ne cesse de renvoyer à autre chose. Aussi nous perdons-nous toujours dans les reflets.
Le malentendu, toujours renaissant, tiendrait donc de l'absence de dialogue ; mais en un sens plus élevé qu'on ne le dit habituellement. Car la parole échangé ne suffit pas : c'est l'absence de philosophie qui rend inutile tout essai d'explication en nous vouant aux faux-semblants. Ce que dit autrement l'ironie socratique.
Nous verrons que ce résumé dense et riche de la pensée platonicienne contient toutefois une méditation profonde sur la notion de signe et d'image qui porte plus loin qu'une simple analyse technique de psychologie rationnelle. L'échelle platonicienne pourrait en effet nous permettre de comprendre pourquoi il est si difficile de se comprendre.
Si la pratique de la philosophie est en effet voué au paradoxe, c'est peut-être moins par l'étrangeté native du philosophe, qui n'est en rien un gourou ou un original, mais d'abord parce que conduisant nos idées en des voies différentes, les mêmes objets ne cessent de nous apparaître suivant des perspectives étrangères. Aussi croyons nous parler des mêmes choses, ou espérons-nous justement que les faits nous départagerons, alors qu'il faudrait accepter, par la patience dialectique et la philosophie même, que la seule compréhension réelle qui puisse exister suppose l'accord des esprits sur le bien, et les plus hautes idées. Tout le reste est jeu de miroir qui ne cesse de renvoyer à autre chose. Aussi nous perdons-nous toujours dans les reflets.
Le malentendu, toujours renaissant, tiendrait donc de l'absence de dialogue ; mais en un sens plus élevé qu'on ne le dit habituellement. Car la parole échangé ne suffit pas : c'est l'absence de philosophie qui rend inutile tout essai d'explication en nous vouant aux faux-semblants. Ce que dit autrement l'ironie socratique.
Republique (3)-9.mp3
(232.75 Mo)
Frédéric Dupin
La séance se déroulera de nouveau au lycée Dorian, jeudi 12 mai, de 20h à 22h. L'entrée demeure libre et gratuite.
Il n'est pas de connaissance réelle qui ne soit connaissance du bien ; c'est du moins ce qui ressort de la réflexion sur le philosophe roi qui avait clôt la série des trois "vagues" de la République, au livre VI. Que valent des vertus, en effet, si elles ne sont reconnues comme bonnes et désirables? Comment prétendre défendre une cité si on ne sait reconnaître, au-delà des habitudes et des traditions, les principes effectifs de sa vie et de sa conservation, c'est-à-dire ce qui la constitue comme un bien désirable?
Ainsi le philosophe se reconnaît-il à l'objet même de ses méditations : en toute chose il remonte au bien comme au principe fondamental. Seulement nous n'avons ainsi que déterminé un besoin et un lieu sur la carte des idées, nous ne savons guère qu'entendre par ce terme de "Bien". Aussi Socrate va-t-il nous guider maintenant dans l'intelligence de cette notion souveraine... mais ce sera pour décevoir tout de suite nos attentes. Le bien est en effet chose trop élevée pour être contemplé directement. Nous le saisirons mieux par le jeu de trois images, de trois analogies.
Après un premier préalable sur la notion d'analogie elle-même, où nous distinguerons l'analogue du semblable en passant par une page d'Alain, nous aborderons la première des trois images du Bien, celle du soleil. [506c-509d]
L'analogie entre l'intelligence et la vue n'est en effet pas qu'une puissante réflexion sur ce que c'est que comprendre, dont l'histoire de la philosophie développera sous différents aspects toute la force, elle est aussi la matrice d'une poésie élémentaire fondatrice : celle de la lumière comme force de vie et de pensée.
Ainsi le philosophe se reconnaît-il à l'objet même de ses méditations : en toute chose il remonte au bien comme au principe fondamental. Seulement nous n'avons ainsi que déterminé un besoin et un lieu sur la carte des idées, nous ne savons guère qu'entendre par ce terme de "Bien". Aussi Socrate va-t-il nous guider maintenant dans l'intelligence de cette notion souveraine... mais ce sera pour décevoir tout de suite nos attentes. Le bien est en effet chose trop élevée pour être contemplé directement. Nous le saisirons mieux par le jeu de trois images, de trois analogies.
Après un premier préalable sur la notion d'analogie elle-même, où nous distinguerons l'analogue du semblable en passant par une page d'Alain, nous aborderons la première des trois images du Bien, celle du soleil. [506c-509d]
L'analogie entre l'intelligence et la vue n'est en effet pas qu'une puissante réflexion sur ce que c'est que comprendre, dont l'histoire de la philosophie développera sous différents aspects toute la force, elle est aussi la matrice d'une poésie élémentaire fondatrice : celle de la lumière comme force de vie et de pensée.
republique (3)-8.mp3
(194.25 Mo)
Frédéric Dupin
Attention, la séance se déroulera exceptionnellement à la maison des associations du onzième, jeudi 7 avril de 20h à 22h. L'entrée demeure libre et gratuite.
Ayant surmonté les trois vagues lancés par Socrate sur ses auditeurs (l'égalité des sexes, la communauté des femmes et le philosophe roi),nous sommes désormais à l'orée du coeur même de la République, c'est-à-dire de la méditation, et tout à la fois la défense, de la philosophie comme science et comme expérience humaine supérieure.
Car le philosophe ne se reconnaîtra qu'à la maîtrise du savoir au principe de tous les savoirs, de la valeur qui détermine toutes les valeurs : la philosophie est la connaissance du Bien. Non pas de quelques biens, ou des choses les plus utiles, mais de ce qui constitue toute utilité et par suite précède la pluralité des choses bonnes.
Mais peut-être ces formules ne font-elles qu'égarer. Elles pourraient en effet éloigner de la philosophie par leur emphase, ou décevoir ceux qui attendraient dès lors de la philosophie qu'elle leur ouvre le chemin du divin ou du bonheur. C'est que précisément nous ne savons pas ce que c'est que le Bien ; et si nous le savions, c'est que nous serions déjà philosophes... Par suite notre première difficulté, celle qui fera l'objet de cette séance, sera de bien comprendre la nature du problème.
Nous examinerons par la suite les trois célèbres images par lesquelles Socrate va représenter l'objet même de la philosophie.
La séance de ce jour portera principalement sur République VI [502c-507c]
Car le philosophe ne se reconnaîtra qu'à la maîtrise du savoir au principe de tous les savoirs, de la valeur qui détermine toutes les valeurs : la philosophie est la connaissance du Bien. Non pas de quelques biens, ou des choses les plus utiles, mais de ce qui constitue toute utilité et par suite précède la pluralité des choses bonnes.
Mais peut-être ces formules ne font-elles qu'égarer. Elles pourraient en effet éloigner de la philosophie par leur emphase, ou décevoir ceux qui attendraient dès lors de la philosophie qu'elle leur ouvre le chemin du divin ou du bonheur. C'est que précisément nous ne savons pas ce que c'est que le Bien ; et si nous le savions, c'est que nous serions déjà philosophes... Par suite notre première difficulté, celle qui fera l'objet de cette séance, sera de bien comprendre la nature du problème.
Nous examinerons par la suite les trois célèbres images par lesquelles Socrate va représenter l'objet même de la philosophie.
La séance de ce jour portera principalement sur République VI [502c-507c]
Republique (3)-7.mp3
(202.47 Mo)
Frédéric Dupin
La séance se déroulera de nouveau au lycée Dorian, jeudi 17 mars, de 20h à 22h. L'entrée demeure libre et gratuite.
Les deux séances précédentes nous ont permis de mieux cerner cette figure à la fois étrange et centrale qu'est le philosophe-roi dans l'oeuvre de Platon. Nous avons vu qu'elle était tout à la fois l'expression d'une critique de la politique des politiques, de celle des ambitieux, puisqu'elle en implique la négation, et la manifestation d'un scepticisme plus large à l'égard de la possibilité d'accorder la philosophie et la politique : l'une et l'autre semblent en effet constituer des pôles opposés, se repoussant nécessairement.
Peut-être une des manières de formuler tout cela serait de dire qu'il n'y a pas de philosophie politique, ou plutôt que la seule politique des philosophes consiste à se garder des menaces et des tentations du pouvoir en préservant l'espace du dialogue de ces passions. C'était sans doute, comme nous l'avons vu précédemment, la thèse de Leo Strauss, et de "l'art d'écrire" dont il a souhaité réveiller le souvenir.
Mais peut-être le vrai problème consiste-t-il à sa voir de quoi nous parlons quand nous parlons de philosophie. Car nous avons été averti : les philosophes ne doivent pas être jugés par ceux qui, parmi nous, s'affublent de ce nom : pour l'essentiel, ce ne sont que des caricatures grimaçantes, les résultats dégénérés d'une éducation non conforme à la nature philosophique. C'est donc que la philosophie ne nous est pas réellement connu, ses possibilités restent à penser, et ce sera justement l'objet de la suite du livre VI et du livre VII.
Dès lors, avant d'aborder l'éducation philosophique, nous proposons deux préludes, deux retours sur des questions évoquées en passant : nous traiterons d'abord des rapports entre philosophie et peuple, dans la lignée du commentaire de Léo Strauss ; puis nous reviendrons sur la distinction décisive, et un peu manquée dans mon commentaire, entre dispute et dialogue, éristique et dialectique.
Edit
Je m'excuse d'avance pour la qualité du fichier audio... J'étais assez mal en point en faisant le cours, et mes propos sont ainsi souvent interrompus par des quintes de toux!
Peut-être une des manières de formuler tout cela serait de dire qu'il n'y a pas de philosophie politique, ou plutôt que la seule politique des philosophes consiste à se garder des menaces et des tentations du pouvoir en préservant l'espace du dialogue de ces passions. C'était sans doute, comme nous l'avons vu précédemment, la thèse de Leo Strauss, et de "l'art d'écrire" dont il a souhaité réveiller le souvenir.
Mais peut-être le vrai problème consiste-t-il à sa voir de quoi nous parlons quand nous parlons de philosophie. Car nous avons été averti : les philosophes ne doivent pas être jugés par ceux qui, parmi nous, s'affublent de ce nom : pour l'essentiel, ce ne sont que des caricatures grimaçantes, les résultats dégénérés d'une éducation non conforme à la nature philosophique. C'est donc que la philosophie ne nous est pas réellement connu, ses possibilités restent à penser, et ce sera justement l'objet de la suite du livre VI et du livre VII.
Dès lors, avant d'aborder l'éducation philosophique, nous proposons deux préludes, deux retours sur des questions évoquées en passant : nous traiterons d'abord des rapports entre philosophie et peuple, dans la lignée du commentaire de Léo Strauss ; puis nous reviendrons sur la distinction décisive, et un peu manquée dans mon commentaire, entre dispute et dialogue, éristique et dialectique.
Edit
Je m'excuse d'avance pour la qualité du fichier audio... J'étais assez mal en point en faisant le cours, et mes propos sont ainsi souvent interrompus par des quintes de toux!
Republique (3)-6.mp3
(180.2 Mo)
Frédéric Dupin
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