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Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Frédéric Dupin
Notice du cours (2011-2012)
Présentations de l'atelier
"La dialectique est ce qui frappe dans Platon. C'est l'art d'arriver à quelque vérité par discours coupés, définitions, propositions, objections. Aristote dira qu'il reste un peu d'idolâtrie et de sophistique dans ce culte du discours. Mais il est déjà évident que Platon prend souvent ces discussions comme une gymnastique seulement. Qui n'a point joué longtemps avec les mots, les combinant et les opposant de mille manières, n'est pas à l'abri d'un argument bien composé. Mais ces exercices, où nous devons cherché la vraie rhétorique, veulent plus de patience que le lecteur d'aujourd'hui n'en a. Les abords de Platon sont bien défendus, peut-être avec intention, par haine des improvisateurs. Alain, Abrégés pour les aveugles.
L'année précédente a été occupée par la question du paradoxe. Les trois "vagues", ces trois thèses formulées par Socrate à l'orée du livre V, relance en effet la réflexion d'une manière curieuse. L'égalité des hommes et des femmes, la communauté des familles, le gouvernement des philosophes enfin, tout cela devait apparaître comme quelques uns de ces paradoxes et énoncés bizarres qui sont le propre de la philosophie. Pourquoi le philosophe est-il donc un homme de paradoxes? Est-ce par goût de l'originalité, volonté puérile de se faire remarquer en ne pensant pas comme tout le monde? Ou est-ce que méditant sur le réel, il découvre que les choses ne sont pas ce qu'elles sont? L'expérience de la philosophie est donc, pour Platon, une affaire de courage en un sens, et de persévérance : sommes-nous capables d'affronter la solitude associée à l'effort véritable de penser? Nous voyons que nous sommes ici à l'entrée de la célèbre caverne, qui, ouvrant le livre VII à la fois résume la réflexion sur le bien amorcée plus haut, et prépare le plan d'éducation que Platon va décrire lorsqu'il va s'agir de former les philosophes rois.
L'année à venir sera ainsi essentiellement consacrée à la lecture du livre VII.
C'est un passage dense et parfois un peu abstrait puisque Socrate va y détailler à la fois un plan éducatif, une institution scolaire si l'on veut, et une revue critique des sciences accessibles à l'homme : une philosophie des sciences culminant dans la caractérisation de la science suprême, propre au philosophe, la dialectique. Il nous faudra ainsi comprendre pourquoi, en matière d'éducation, on ne saurait séparer la question de la transmission, de la pédagogie, et celle de la nature même du savoir. Mais nous ne devrons pas pour autant oublier le sens et la portée du livre VII dans la perspective globale de l'oeuvre. Le projet éducatif platonicien ne cesse jamais en effet d'être lié à une conception de la morale et de la politique qui gouverne l'ensemble des développements. En réfléchissant sur la science et sa perfection propre, il s'agit toujours de poser la dépendance de la justice à l'égard de la capacité à penser le vrai. Aussi les questions éducatives ne sont-elles pas simplement un domaine parmi d'autres de la réflexion morale et politique, mais en constitue le coeur. Car la pensée est toute de préparation, et l'erreur se montre dès qu'on pense pouvoir jouir d'un savoir sans l'avoir construit soi-même dans le temps indéfinie de l'instruction de soi par soi.
C'est à l'analyse patiente de ce noeud de problèmes que nous consacrerons la dizaine de séances de l'année. Nous nous autoriserons, comme d'habitude, les parenthèses et les digressions nécessaires, de manière à ce que la lecture de Platon ne constitue pas une fin en elle-même, mais soit toujours l'occasion de s'instruire sur le monde et sur soi.
L'année à venir sera ainsi essentiellement consacrée à la lecture du livre VII.
C'est un passage dense et parfois un peu abstrait puisque Socrate va y détailler à la fois un plan éducatif, une institution scolaire si l'on veut, et une revue critique des sciences accessibles à l'homme : une philosophie des sciences culminant dans la caractérisation de la science suprême, propre au philosophe, la dialectique. Il nous faudra ainsi comprendre pourquoi, en matière d'éducation, on ne saurait séparer la question de la transmission, de la pédagogie, et celle de la nature même du savoir. Mais nous ne devrons pas pour autant oublier le sens et la portée du livre VII dans la perspective globale de l'oeuvre. Le projet éducatif platonicien ne cesse jamais en effet d'être lié à une conception de la morale et de la politique qui gouverne l'ensemble des développements. En réfléchissant sur la science et sa perfection propre, il s'agit toujours de poser la dépendance de la justice à l'égard de la capacité à penser le vrai. Aussi les questions éducatives ne sont-elles pas simplement un domaine parmi d'autres de la réflexion morale et politique, mais en constitue le coeur. Car la pensée est toute de préparation, et l'erreur se montre dès qu'on pense pouvoir jouir d'un savoir sans l'avoir construit soi-même dans le temps indéfinie de l'instruction de soi par soi.
C'est à l'analyse patiente de ce noeud de problèmes que nous consacrerons la dizaine de séances de l'année. Nous nous autoriserons, comme d'habitude, les parenthèses et les digressions nécessaires, de manière à ce que la lecture de Platon ne constitue pas une fin en elle-même, mais soit toujours l'occasion de s'instruire sur le monde et sur soi.
Frédéric Dupin
Notice du cours (2010-2011)
Présentations de l'atelier
Abordant la troisième année de cette lecture collective, que faudrait-il retenir qui puisse nous encourager à persévérer?
Nous avions pu d'abord lire dans les deux premiers livre une réflexion sur la justice en ce que, courant sur toutes les lèvres, et justifiant jusqu'aux paresses des uns et aux calculs des autres, son idée n'était pas seulement comprise par la plupart. Penser le juste en tant que tel supposait donc une émancipation des opinions intéressées qui nous le peignent d'une manière propice à nos intérêts. Concevoir une cité juste, et faire, en quelque sorte, le vaste détour par la législation et la réflexion politique, pouvait permettre de voir enfin clair. C'est le parcours que nous avons suivi du milieu du Livre II à la fin du livre IV. Ce dernier culmine en effet dans la définition de la justice comme harmonie et équilibre, en la cité comme en l'âme, des grandes parties, analogues, de chacune. L'injustice apparaît alors comme un trouble et un désordre qui exprime un mal intime. Comment croire alors l'injuste heureux, si son injustice est justement une maladie et une diminution de son être?
A ce point Socrate voudrait conclure par un tableau des vices de l'homme : anticipation des livres VIII à X, mais voici que les auditeurs, et Polémarque d'abord l'arrête. Un pan de la cité parfaite reste dans l'ombre, un aspect du juste fait défaut : qu'en est-il en effet des femmes? et de la famille? et des chefs? Trois problèmes fondamentaux qui vont retarder toute conclusion et occuper les livres centraux (V à VII) que nous aborderons donc cette année.
A bien des égards, ces trois livres (V, VI, VII) constituent en effet un sommet de l'oeuvre platonicienne, par la qualité de leur composition et leur extraordinaire profondeur. Nous invitons qui voudra à nous accompagner dans leur exploration.
Le cours se déroulera par quinzaine les jeudi soir, de 20h à 22h au lycée Dorian ; les fichiers audios seront désormais librement téléchargeables sur le blog de l'atelier.
A ce point Socrate voudrait conclure par un tableau des vices de l'homme : anticipation des livres VIII à X, mais voici que les auditeurs, et Polémarque d'abord l'arrête. Un pan de la cité parfaite reste dans l'ombre, un aspect du juste fait défaut : qu'en est-il en effet des femmes? et de la famille? et des chefs? Trois problèmes fondamentaux qui vont retarder toute conclusion et occuper les livres centraux (V à VII) que nous aborderons donc cette année.
A bien des égards, ces trois livres (V, VI, VII) constituent en effet un sommet de l'oeuvre platonicienne, par la qualité de leur composition et leur extraordinaire profondeur. Nous invitons qui voudra à nous accompagner dans leur exploration.
Le cours se déroulera par quinzaine les jeudi soir, de 20h à 22h au lycée Dorian ; les fichiers audios seront désormais librement téléchargeables sur le blog de l'atelier.
Frédéric Dupin
Notice du cours (2009-2010)
Présentations de l'atelier
"La République de Platon est devenue proverbiale, comme exemple prétendu frappant d'une perfection imaginaire qui ne peut avoir son siège que dans le cerveau d'un penseur oisif..." Kant
L'année précédente a été essentiellement dominée par l'idée morale de justice. Nous étions en effet parti du mythe de Gygès pour jeter un éclairage suffisant sur nos morales communes, faites d'expédients et de transactions plus ou moins inavouables. Céphale, Polémarque, Thrasymaque, les différents interlocuteurs du livre I de la République, nous sont ainsi apparus comme autant de moments de nos propres débats intérieurs, quoique toujours en deça du problème véritable de la justice, en deçà de la question de principe qui la constitue. Qu'au fond les calculs de l'économie ou du pouvoir ne nous apprennent rien sur le juste et l'injuste, c'était ce qu'il fallait comprendre en restituant la faiblesse indépassable des demi-arguments qui résument nos opinions courantes. Cette leçon de morale n'en était pas une, ou plutôt, pouvait-elle être comprise comme une leçon de défiance à l'égard de soi-même.
Poursuivant ce détour, et en cela fidèle à la voie que trace Socrate dans l'ouvrage, nous occuperons cette année à une réflexion sur le sens politique de la justice. Socrate n'invite-t-il pas en effet à regarder la cité comme une image agrandie de l'âme humaine, et ainsi à juger de nos vices et de nos vertus par celles de l'organisation sociale? Mais que peut bien nous apprendre sur nous-mêmes les histoires de paysans, de cordonniers et de gardiens qui absorbent bientôt les participants du dialogue? Nous chercherons ainsi d'abord à éclairer le sens de ce détour avant d'avancer dans la construction abstraite de l'idée de cité parfaite, cité idéale, qui en cela, sera la cité vraie ; la seule réelle. Nous avancerons ainsi progressivement dans les livres II à V où se développe avec le plus de netteté cette interrogation, avant que les livres centraux n'aborde la question cruciale de l'éducation du philosophe.
Ce blog accueillera les différentes séances : il renverra, le cas échéant, aux textes étudiés mis en ligne sur le site principal de l'Université conventionnelle.
Poursuivant ce détour, et en cela fidèle à la voie que trace Socrate dans l'ouvrage, nous occuperons cette année à une réflexion sur le sens politique de la justice. Socrate n'invite-t-il pas en effet à regarder la cité comme une image agrandie de l'âme humaine, et ainsi à juger de nos vices et de nos vertus par celles de l'organisation sociale? Mais que peut bien nous apprendre sur nous-mêmes les histoires de paysans, de cordonniers et de gardiens qui absorbent bientôt les participants du dialogue? Nous chercherons ainsi d'abord à éclairer le sens de ce détour avant d'avancer dans la construction abstraite de l'idée de cité parfaite, cité idéale, qui en cela, sera la cité vraie ; la seule réelle. Nous avancerons ainsi progressivement dans les livres II à V où se développe avec le plus de netteté cette interrogation, avant que les livres centraux n'aborde la question cruciale de l'éducation du philosophe.
Ce blog accueillera les différentes séances : il renverra, le cas échéant, aux textes étudiés mis en ligne sur le site principal de l'Université conventionnelle.
Frédéric Dupin
Notice du cours (2008-2009)
Présentations de l'atelier
« Voulez-vous prendre une idée de l’éducation publique ? Lisez la République de Platon. Ce n’est point un ouvrage de politique, comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leur titre. C’est le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait. Quand on veut renvoyer au pays des chimères, on nomme l’institution de Platon. Si Lycurge n’eût mis la sienne que par écrit, je la trouverais bien plus chimérique. Platon n’a fait qu’épurer le cœur de l’homme, Lycurge l’a dénaturé. » Rousseau, Emile livre I.
Le présent cours entend guider l’auditeur dans une lecture méthodique de l’œuvre de Platon. Si nous espérons pouvoir à cette occasion partager le plaisir que donne encore ce texte indémodable, il s’agira également pour nous d’y méditer le paradoxe que décrit Rousseau au début de son Emile.
Les hommes sérieux tiennent en effet souvent la politique pour un art subtil où les idées embarrassent. Le « réalisme » courant vante ainsi à peu de frais le pragmatisme et le scepticisme des hommes d’action, tout en riant de l’aveuglement des penseurs, perdus dans la recherche des principes. Sous ce rapport, la cité idéale de Platon a acquis en quelque sorte la réputation de symbole : germe de toutes les utopies, ne fait-on pas d’elle désormais le ferment de toutes les dérives meurtrières ? L’air est bien connu.
Pourtant, le spectacle du monde, toujours renouvelé, témoigne assez de l’impuissance des hommes de gouvernement pour éveiller l’attention. Car l’illusion du politique consiste justement à croire qu’on peut instituer l’ordre et la justice sans s’occuper de former des hommes aimant réellement ceux-ci, qu’une réforme ou une révolution, en somme, dispensent d’éduquer. Cette indifférence, en laissant dégénérer les sociétés jusqu’à la pure barbarie, prépare alors le retour des tyrans.
Mais parce que Platon n’explique le mal universel que par le jeu des passions en l’individu même, au mépris des analyses de conjonctures, il nous invite surtout à comprendre que nulle paix ne se fera entre les hommes si l’on ne sait d’abord faire la paix en soi. En ce sens, la pensée et le dialogue constitueraient la vraie puissance et la vraie politique.
De là cette absence de respect propre à l’examen socratique, qui, bousculant toutes les institutions (État, famille, armée…), entend surtout dégager l’esprit de la fascination pour les affaires communes, et lui ouvrir la voie de l’ironie et de la liberté.
Le cours s’appuiera sur des extraits choisis que vous trouverez dans la partie du site lui étant réservée. S’y ajouteront progressivement des éléments de plan et d’analyse, dans
la section outils.
Les séances se dérouleront au lycée Dorian, par quinzaine. N’hésitez pas à vérifier leur fréquence dans la section
agenda.
Pour écouter les cours, rendez-vous à la séance correspondante. ou à la page dédiée aux téléchargement.
Les hommes sérieux tiennent en effet souvent la politique pour un art subtil où les idées embarrassent. Le « réalisme » courant vante ainsi à peu de frais le pragmatisme et le scepticisme des hommes d’action, tout en riant de l’aveuglement des penseurs, perdus dans la recherche des principes. Sous ce rapport, la cité idéale de Platon a acquis en quelque sorte la réputation de symbole : germe de toutes les utopies, ne fait-on pas d’elle désormais le ferment de toutes les dérives meurtrières ? L’air est bien connu.
Pourtant, le spectacle du monde, toujours renouvelé, témoigne assez de l’impuissance des hommes de gouvernement pour éveiller l’attention. Car l’illusion du politique consiste justement à croire qu’on peut instituer l’ordre et la justice sans s’occuper de former des hommes aimant réellement ceux-ci, qu’une réforme ou une révolution, en somme, dispensent d’éduquer. Cette indifférence, en laissant dégénérer les sociétés jusqu’à la pure barbarie, prépare alors le retour des tyrans.
Mais parce que Platon n’explique le mal universel que par le jeu des passions en l’individu même, au mépris des analyses de conjonctures, il nous invite surtout à comprendre que nulle paix ne se fera entre les hommes si l’on ne sait d’abord faire la paix en soi. En ce sens, la pensée et le dialogue constitueraient la vraie puissance et la vraie politique.
De là cette absence de respect propre à l’examen socratique, qui, bousculant toutes les institutions (État, famille, armée…), entend surtout dégager l’esprit de la fascination pour les affaires communes, et lui ouvrir la voie de l’ironie et de la liberté.
Le cours s’appuiera sur des extraits choisis que vous trouverez dans la partie du site lui étant réservée. S’y ajouteront progressivement des éléments de plan et d’analyse, dans
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