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Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Frédéric Dupin
Séance du 3 décembre 2009
Séances
Le cours aura lieu au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.
Le cours précédent avait constitué une réflexion libre sur l'art militaire et sur son ambiguïté. Il nous avait conduit à comprendre en quoi la formation "technique" ne suffisait pas à garantir, pour certains métiers, l'utilité sociale des techniciens. Par exemple, un homme de guerre sait comment tuer, un médecin également ; un orateur et un homme de culture savent user de la langue pour le bien, comme pour le mal. Aussi l'éducation ne peut-elle se borner ici à transmettre des "savoirs", car ceux-ci ne sont rien sans une bonne nature capable d'en tirer véritablement profit. Les plus grands dons et les meilleures études font parfois les pires des hommes.
C'est pourquoi Socrate invite Glaucon, en un passage célèbre, à méditer sur la nature paradoxale des gardiens, dont l'ardeur ne doit pas compromettre la douceur d'âme. Pareils au chien, ils seront durs avec l'étranger, doux avec le compatriote, en véritable gardien de la propriété commune.
Nature et éducation : la question du "mérite"
Le présent cours partira de cette image et reprendra l'idée étrange selon laquelle le chien est "animal philosophique" que nous n'avons peut-être pas assez développé la dernière fois.
Nous suspendrons alors un moment notre lecture cursive pour s'interroger sur cette question des "natures" platoniciennes au coeur de la question de l'éducation. Il faut en effet tenir deux idées : d'une part l'éducation véritable ne se réduit pas à la transmission de techniques indifférentes à qui les reçoit ; elle ne saurait se ramener à un ensemble de procédures étrangères à la question morale de la nature de celui qu'on instruit, dans sa singularité même. D'autre part, est-il possible de déterminer a priori à quelle nature correspond l'éducation adéquat? Le désordre n'est autre chose en effet que de former des bergers au commandement et des chefs à la boulangerie ; comment découvrir l'adulte dans l'enfant?
Cette difficulté domine la pensée des "natures" chez Platon, souvent comprise à tort comme l'apologie unilatérale d'un eugénisme et d'une aristocratie de sang. Nous verrons au contraire ce que l'idée même de mérite a d'incohérente et d'ambigüe : les natures d'or ou de fer ne sont peut-être en effet qu'un mensonge nécessaire.
Car sommes-nous bien les artisans de nos vertus? Et de quoi pouvons-nous réellement être fiers?
Textes d'appui
On lira d'abord ce passage de République III où le mythe des trois nature est exposé.
Mais puisqu'il s'agit de comprendre comment nous nous laissons souvent duper par diplômes et qualités, nous pourrons prendre une leçon de liberté chez Stendhal, qui, dans La Chartreuse de Parme, et sous les traits du Comte Mosca, nous peind un grand qui a su ne pas croire à sa propre grandeur. Ce maigre extrait ne sera ici qu'une invitation à lire ou à relire cette oeuvre sans égal.
Frédéric Dupin
Rédigé par Frédéric Dupin le Lundi 30 Novembre 2009 à 12:47
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