Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Nicolas Franck

Présentation du cours

Mercredi 17 novembre 2010 de 19h30 à 21h30, au Lycée Dorian, 74, avenue Philippe-Auguste, Paris XI.
L'entrée est libre et gratuite.
Cette séance portera sur le chapitre 4 du premier livre du Contrat Social, après un bref retour sur le chapitre 3.


Peut-on librement disposer de soi?
Dans le chapitre 4 du livre I du Contrat Social, Rousseau poursuit sa recherche du fondement d’une autorité légitime. Après avoir montré que celui-ci ne pouvait être naturel, il lui reste à envisager l’hypothèse qu’il soit conventionnel. Il entreprend un dialogue avec le philosophe Hobbes et les jurisconsultes Grotius et Pufendorf, dont il ramène les théories à une seule idée, celle d’une servitude consentie. Ces trois auteurs ont en effet en commun d’expliquer l’institution politique par un « pacte de soumission », qui revient à échanger sa liberté naturelle contre la paix et la sécurité. Cette solution, qui consiste à renoncer à sa liberté est inadmissible pour Rousseau, qui considère ici que « la folie ne fait pas droit », car « renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme ».

C’est cependant un paradoxe qui est ici mis en évidence. D’une part Rousseau pose en principe l’idée de liberté humaine: et en effet que vaudrait un contrat s’il n’était fondé sur le consentement de celui qui s’engage? Mais, d'autre part, on ne peut librement disposer de cette liberté. Ainsi, celui qui voudrait devenir esclave ferait de sa volonté un usage illégitime, un usage qui ne serait pas conforme à sa « qualité d’homme », à sa dignité. Être libre, en ce sens, signifie paradoxalement ne pas librement disposer de soi.

Apparaît alors une contradiction entre les idées de consentement et de dignité. D’une part on ne peut légitimement consentir qu’à ce qui est conforme à la dignité de l’homme. Mais, d’autre part, Rousseau a dit au chapitre 2 que chacun « étant juge des moyens propres à se conserver devient par là son propre maître »: le libre choix de ce qui est bon pour soi n’est-il pas constitutif de la dignité?

Comment peut-on s’ériger en juge de ce qui est digne d’un homme? à moins de lui dénier toute faculté de se gouverner, à moins de le traiter en mineur? Cette contradiction est au cœur de certaines polémiques contemporaines. Nous en examinerons deux. D’une part l’affaire dite du « lancer de nain », d’autre part celle la question de l’interdiction du « voile intégral ».

Mais avant cela, nous reviendrons avec Pascal sur la question du droit du plus fort.
Nicolas Franck
Rédigé par Nicolas Franck le Dimanche 14 Novembre 2010 à 22:06

« Quand on entreprend un livre, on se propose d’instruire le public de quelque chose qu’il ne savait pas, ce qui se fait en lui apprenant de nouvelles vérités, ou en le désabusant de quelques fausses opinions dont il était imbu ».


Introduction à la lecture de Rousseau
Après le Discours sur les sciences et les arts, dans lequel Rousseau montre que le développement des sciences des arts, si couramment célébré au XVIIIe siècle, est corrélatif de la corruption des hommes, de quelles fausses opinions nous désabuse-t-il dans sa première grande œuvre philosophique, le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ?

On croit au XVIIIe siècle qu’il y a entre les hommes des inégalités naturelles ; et l’on continue de croire aujourd’hui que les hommes sont par nature agressifs ou faibles, méchants ou serviles, que certains sont faits pour être dirigés et d’autres pour commander, que certains méritent leur richesse et que d’autres n’ont rien fait pour sortir de la pauvreté. Mais tant que nous ne nous sommes pas interrogés sur la nature de l’homme, ces jugements n’ont aucune valeur, ils sont le fruit de nos préjugés, car formés d’après les hommes que nous avons sous les yeux en oubliant que ceux-ci sont le fruit d’une longue histoire. Il faut donc remonter à la nature de l’homme en lui ôtant « ce que les circonstances ou progrès ont ajouté à son état primitif ». Nous serons ainsi amenés à construire avec Rousseau une fiction rationnelle, l’état de nature, qui doit nous permettre de savoir à quoi nous en tenir sur la nature de l’homme. Puis nous ferons l’histoire du développement de nos facultés (la raison, le langage, l’imagination…), de nos passions et désirs, et des sociétés humaines (l’apparition de la coopération, de la civilité, de la propriété, du travail, la naissance des lois…) pour bien juger de notre état présent.

Ce cours prendra pour guide le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, œuvre matricielle de Rousseau, dans laquelle les fondements de son système sont posés, et en proposera une lecture suivie. Il sera bien entendu une invitation à lire l’ensemble de son œuvre et à réfléchir à nouveaux frais aux conditions d’une politique démocratique. Car, contrairement à ce que des lectures caricaturales pourraient faire croire, le projet de Rousseau n’est pas de nous faire revenir à un état de nature qui n’a jamais existé, mais de nous interdire de nous résigner aux inégalités et de créer, par un surcroît d’artifice, les conditions de la justice : il faut pour cela une nouvelle manière de penser, à laquelle cette lecture de Rousseau a l’ambition de donner vie.

L'édition recommandée est celle publiée par Blaise Bachofen et Bruno Bernardi aux éditions GF (n°1379), mais toute autre édition fera l'affaire.

Vous trouverez bientôt sur ce blog le détail des séances ainsi que des textes, des liens et des indications bibliographiques.
Nicolas Franck
Rédigé par Nicolas Franck le Dimanche 4 Octobre 2009 à 15:39