Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Nicolas Franck

Mercredi 2 décembre 2009 de 20h à 22h, au Lycée Dorian, 74, avenue Philippe-Auguste, Paris XI.
Cette séance portera sur les paragraphes 15, 16 et 17 de la première partie.


Du point de vue physique, l'homme naturel est un individu robuste, solitaire et oisif; il est "comme les animaux, qui pensant peu, dorment, pour ainsi dire, tout le temps qu'il ne pensent point", bref il vit dans une "condition animale" (§19). Pourtant, si physiquement il est comme un animal, l'homme naturel n'en est pas un. Rousseau doit donc montrer ce qui constitue la différence spécifique de l'homme: puisqu'elle n'est pas physique, elle ne peut être que métaphysique.

Cette quatrième séance examinera les caractères spécifiques de l'homme. Récusant l'opposition traditionnelle de la raison et de l'instinct, Rousseau montre que le propre de l'homme est la liberté. Celle-ci ne peut être pas définie comme pouvoir d'être l'auteur de ses actions,(ne sommes-nous pas soumis à un déterminisme naturel? nos actions n'ont-elles pas toujours un motif?), Rousseau la comprend radicalement comme indétermination essentielle: l'homme n'est fait pour rien, il n'est pas destiné à développer sa raison, à parler, à inventer, il en est seulement capable. Pour nommer cette faculté spécifiquement humaine de développer "successivement toutes les autres", Rousseau crée un néologisme: la perfectibilité.

D'une certaine façon cette attribution à l'homme de la responsabilité de sa liberté est un lieu commun de la pensée humaniste; on lit ainsi dans Le discours sur la dignité de l'homme de Pic de la Mirandole ces paroles du créateur: "Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aura eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines".

Mais au lieu d'admirer cette prérogative et de s'en réjouir, comme le font les hommes de la Renaissance et, après eux, les philosophes des Lumières, Rousseau semble la déplorer: sans elle l'homme "coulerait des jours tranquilles et innocents". Ce paradoxe ne fait que rendre compte d’une énigme, l’énigme étrange et surtout cruelle d’une espèce que sa dotation même expose à une misère épargnée à toutes les autres.


Nicolas Franck
Rédigé par Nicolas Franck le Dimanche 29 Novembre 2009 à 21:16