Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Nicolas Franck

Mercredi 13 janvier 2010 de 20h à 22h, au Lycée Dorian, 74, avenue Philippe-Auguste, Paris XI.
Cette séance portera sur les paragraphes 34 à 38 de la première partie.


Après avoir fait le portrait de l'homme physique et l'avoir regardé "par le côté métaphysique", nous le considérerons lors cette séance sous son aspect moral, en nous demandant quel sens il peut y avoir à parler de morale dans l'état de nature où les hommes n'ont aucun rapport entre eux.

Cette morale est fondée sur deux principes: l'amour de soi et la pitié, principes naturels et antérieurs à toute réflexion. Dans la Préface du Discours, Rousseau avait présenté la découverte de la pitié comme le résultat principal de sa recherche: combinée à l'amour de soi, elle est à l'origine de "toutes les règles du droit naturel". Il affirme ici que, de cette vertu naturelle, "découlent toutes les vertus sociales". Quel est l'enjeu de cette fondation de la morale sur des sentiments antérieurs à la raison? Si la raison est la faculté qui permet à l'homme d'échapper à la subjectivité de ses affections et d'atteindre à l'universel, n'y a-t-il pas un risque à proposer des maximes morales qui s'en défient?

Car la pitié, passion triste pour Spinoza, est généralement critiquée par les philosophes. Cicéron par exemple, reprenant la tradition stoïcienne, écrit dans les Tusculanes: "comme la pitié est un chagrin né des malheurs d'autrui, la jalousie est un chagrin qu'on a de la prospérité d'autrui. Or, la jalousie ne se rencontre pas chez le sage; donc la pitié non plus". De même Alain: "Il y a une bonté qui assombrit la vie , une bonté qui est tristesse, que l'on appelle communément pitié, et qui est un des fléaux humains". Comment comprendre alors l'importance et le prix que lui donne Rousseau?

C'est en comprenant, contre Hobbes, que l'homme est bon naturellement que nous pourrons répondre à cette question, en évitant, évidemment, les contresens les plus communs, qui prêtent à Rousseau une naïveté ou un idéalisme d'enfant.

Notons enfin qu'en fondant la morale dans la sensibilité, Rousseau fait droit à une approche morale des relations entre les hommes et les animaux, ce qui est difficile, voire impossible si l'on fonde la morale sur la raison.

C'est en traitant ces questions que nous commencerons la nouvelle année, que je vous souhaite belle, heureuse et... rousseauiste!

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Nicolas Franck
Rédigé par Nicolas Franck le Dimanche 10 Janvier 2010 à 18:01