Un atelier de lecture de l'Université conventionnelle animé par Nicolas Franck


Je ne pourrai malheureusement assurer mon cours du 1er décembre et vous prie de m'en excuser.

Notre prochaine séance sur le Contrat Social aura lieu le mercredi 8 décembre. Attention! horaire inhabituel: 20h-22h.


Nicolas Franck
Rédigé par Nicolas Franck le Samedi 27 Novembre 2010 à 12:05

Peut-on librement disposer de soi?

Présentation du cours

Mercredi 17 novembre 2010 de 19h30 à 21h30, au Lycée Dorian, 74, avenue Philippe-Auguste, Paris XI.
L'entrée est libre et gratuite.
Cette séance portera sur le chapitre 4 du premier livre du Contrat Social, après un bref retour sur le chapitre 3.


Peut-on librement disposer de soi?
Dans le chapitre 4 du livre I du Contrat Social, Rousseau poursuit sa recherche du fondement d’une autorité légitime. Après avoir montré que celui-ci ne pouvait être naturel, il lui reste à envisager l’hypothèse qu’il soit conventionnel. Il entreprend un dialogue avec le philosophe Hobbes et les jurisconsultes Grotius et Pufendorf, dont il ramène les théories à une seule idée, celle d’une servitude consentie. Ces trois auteurs ont en effet en commun d’expliquer l’institution politique par un « pacte de soumission », qui revient à échanger sa liberté naturelle contre la paix et la sécurité. Cette solution, qui consiste à renoncer à sa liberté est inadmissible pour Rousseau, qui considère ici que « la folie ne fait pas droit », car « renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme ».

C’est cependant un paradoxe qui est ici mis en évidence. D’une part Rousseau pose en principe l’idée de liberté humaine: et en effet que vaudrait un contrat s’il n’était fondé sur le consentement de celui qui s’engage? Mais, d'autre part, on ne peut librement disposer de cette liberté. Ainsi, celui qui voudrait devenir esclave ferait de sa volonté un usage illégitime, un usage qui ne serait pas conforme à sa « qualité d’homme », à sa dignité. Être libre, en ce sens, signifie paradoxalement ne pas librement disposer de soi.

Apparaît alors une contradiction entre les idées de consentement et de dignité. D’une part on ne peut légitimement consentir qu’à ce qui est conforme à la dignité de l’homme. Mais, d’autre part, Rousseau a dit au chapitre 2 que chacun « étant juge des moyens propres à se conserver devient par là son propre maître »: le libre choix de ce qui est bon pour soi n’est-il pas constitutif de la dignité?

Comment peut-on s’ériger en juge de ce qui est digne d’un homme? à moins de lui dénier toute faculté de se gouverner, à moins de le traiter en mineur? Cette contradiction est au cœur de certaines polémiques contemporaines. Nous en examinerons deux. D’une part l’affaire dite du « lancer de nain », d’autre part celle la question de l’interdiction du « voile intégral ».

Mais avant cela, nous reviendrons avec Pascal sur la question du droit du plus fort.
Nicolas Franck
Rédigé par Nicolas Franck le Dimanche 14 Novembre 2010 à 22:06