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 <title>Université Conventionnelle</title>
 <subtitle><![CDATA["Ce qui rend notre culture si difficile à communiquer au peuple, ce n'est pas qu'elle soit trop haute, mais qu'elle est trop basse" Simone Weil]]></subtitle>
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 <updated>2010-03-09T22:42:01+01:00</updated>
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   <title>A l'origine de l'art poétique: le penchant naturel des hommes pour l'imitation</title>
   <updated>2010-02-27T18:33:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/A-l-origine-de-l-art-poetique-le-penchant-naturel-des-hommes-pour-l-imitation_a194.html</id>
   <category term="Aristote" />
   <photo:imgsrc>http://www.univ-conventionnelle.com/photo/imagette-1909551-2618977.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2010-02-26T16:13:00+01:00</published>
   <author><name>Aurelie Ledoux</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L’homme est un animal mimétique. On doit à cette caractéristique essentielle la naissance de la poésie qui se définit spécifiquement chez Aristote comme l'imitation au moyen du langage. Cette tendance naturelle se manifeste de deux manières: l’une est active et pousse à produire des œuvres, l’autre est réceptive et nous fait trouver du plaisir aux œuvres faites par d'autres. Dans les deux cas, cette disposition à l'imitation est liée à l'apprentissage car toute activité mimétique est une façon de s’élever du particulier au général.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.univ-conventionnelle.com/photo/1909551-2618977.jpg" alt="A l'origine de l'art poétique: le penchant naturel des hommes pour l'imitation" title="A l'origine de l'art poétique: le penchant naturel des hommes pour l'imitation" />
     </div>
     <div>
      "Dès l’enfance les hommes ont, inscrites dans leur nature, à la fois une tendance à imiter – et l’homme se différencie des autres animaux parce qu’il est particulièrement enclin à imiter et qu’il a recours à l'imitation dans ses premiers apprentissages – et une tendance à trouver du plaisir aux imitations. Nous en avons une preuve dans l’expérience pratique : nous avons plaisir à regarder les images les plus soignées des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, par exemple les formes d’animaux parfaitement ignobles ou de cadavres ; la raison en est qu’apprendre est un plaisir non seulement pour les philosophes, mais également pour les autres hommes (mais ce qu’il y a de commun entre eux sur ce point se limite à peu de chose) ; en effet si l’on aime à voir des images, c’est qu’en les regardant on apprend à connaître et on conclut ce qu’est chaque chose comme lorsqu’on dit : celui-là,c’est lui. Car si on n’a pas vu auparavant, ce n’est pas l'imitation qui procurera le plaisir, mais il viendra du fini dans l’exécution, de la couleur, ou d’une autre cause de ce genre."       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La Poétique</span>, chapitre 4, 1448 b 4-27       <br />
              <br />
       Nous suivons ici la traduction de Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot (Seuil, 1980), à l'exception du terme de <span style="font-style:italic">mimèsis</span> pour lequel nous préférons conserver la traduction traditionnelle d'<span class="dq_open">«</span>&nbsp;imitation&nbsp;<span class="dq_close">»</span> à celle de <span class="dq_open">«</span>&nbsp;représentation&nbsp;<span class="dq_close">»</span>.       <br />
              <br />
       Ce texte fait l'objet de la deuxième séance de <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/artetpolitique/">l'atelier "l'art est-il politique?"</a>. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>On a les spectacles que l'on mérite</title>
   <updated>2010-03-04T15:25:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/On-a-les-spectacles-que-l-on-merite_a193.html</id>
   <category term="Rousseau" />
   <published>2010-02-26T16:02:00+01:00</published>
   <author><name>Aurelie Ledoux</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dans cet extrait, Rousseau décrit le cercle logique dans lequel est pris le théâtre dès lors qu'il prétend instruire moralement son public. La Lettre à d'Alembert énonce ce que l'on pourrait appeler le "principe d'agrément" (pour exister, un spectacle doit plaire) qui condamne l'art à flatter les penchants de son public quand il voudrait les corriger. Chaque peuple veut des pièces qui lui ressemblent et toute société n'a donc que les spectacles qu'elle mérite.      <div>
      « Quant à l’espèce de spectacles, c’est nécessairement le plaisir qu’ils donnent et non leur utilité qui la détermine. Si l’utilité peut s’y trouver, à la bonne heure ; mais l’objet principal est de plaire, et pourvu que le peuple s’amuse, cet objet est assez rempli. Cela seul empêchera toujours qu’on ne puisse donner à ces sortes d’établissements tous les avantages dont ils seraient susceptibles, et  c’est abuser beaucoup que de s’en former une idée de perfection qu’on ne saurait mettre en pratique sans rebuter ceux qu’on croit instruire. Voilà d’où naît la diversité des spectacles, selon les goûts divers des nations. Un peuple intrépide, grave et cruel, veut des fêtes meurtrières et périlleuses, où brillent la valeur et le sang-froid. Un peuple féroce et bouillant veut du sang, des combats et des passions atroces. Un peuple voluptueux veut de la musique et des danses. Un peuple galant veut de l’amour et de la politesse. Un peuple badin veut de la plaisanterie et du ridicule. <span style="font-style:italic">Trahit sua quemque voluptas</span> (1). Il faut, pour leur plaire des spectacles qui favorisent leurs penchants, au lieu qu’il en faudrait qui les modérassent. »       <br />
              <br />
       (1) « Chacun suit le plaisir qui lui est propre ». Citation de Virgile, <span style="font-style:italic">Bucoliques</span>, II, v. 65.       <br />
              <br />
       Rousseau, <span style="font-style:italic">Lettre à d’Alembert</span>, Editions Flammarion, Paris, 2003, p.66       <br />
              <br />
       Ce texte fut abordé dans l'atelier "l'art est-il politique?" lors de la <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/artetpolitique/">séance du 4 février 2010</a>.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>L'art populaire ?</title>
   <updated>2010-03-03T17:00:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/L-art-populaire_a192.html</id>
   <category term="Proust" />
   <photo:imgsrc>http://www.univ-conventionnelle.com/photo/imagette-1891725-2591574.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2010-02-18T12:05:00+01:00</published>
   <author><name>Aurélie Ledoux</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
On ne retient souvent du Temps retrouvé que la révélation finale qui rend le narrateur à la littérature lors de la matinée chez la princesse de Guermantes. Mais c'est oublier que ce retournement et la théorie littéraire qui en découle sont préparés en amont par la description d'un contre-modèle: la lecture des frères Goncourt avait amené le narrateur de La Recherche à penser qu'il n'était pas fait pour écrire parce que ceux-ci incarnent ce que la littérature ne doit pas être. L'art engagé n'est pas ce qu'on croit et il est un "réalisme" qui est le snobisme véritable.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.univ-conventionnelle.com/photo/1891725-2591574.jpg" alt="L'art populaire ?" title="L'art populaire ?" />
     </div>
     <div>
      "L’idée d’un art populaire comme d’un art patriotique, si même elle n’avait pas été dangereuse, me semblait ridicule. S’il s’agissait de le rendre accessible au peuple, en sacrifiant les raffinements de la forme, <span class="dq_open">«</span>&nbsp;bons pour des oisifs&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, j’avais assez fréquenté de gens du monde pour savoir que ce sont eux les véritables illettrés, et non les ouvriers électriciens. A cet égard, un art populaire par la forme eût été destiné plutôt aux membres du Jockey qu’à ceux de la Confédération générale du travail : quant aux sujets, les romans populaires ennuient autant les gens du peuple que les enfants ces livres qui sont écrits pour eux. […]       <br />
       Une heure n'est pas une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément - rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s'éloigne par là d'autant plus du vrai qu'elle prétend se borner à lui - rapport unique que l'écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents. […]       <br />
       Si la réalité était cette espèce de déchet de l'expérience, à peu près identique pour chacun, parce que quand nous disons: un mauvais temps, une guerre, une station de voitures,  un restaurant éclairé, un jardin en fleurs, tout le monde sait ce que nous voulons dire ; si la réalité était cela, sans doute une sorte de film cinématographique de ces choses suffirait et le <span class="dq_open">«</span>&nbsp;style&nbsp;<span class="dq_close">»</span>, la <span class="dq_open">«</span>&nbsp;littérature&nbsp;<span class="dq_close">»</span> qui s'écarteraient de leurs simples données seraient un hors-d'oeuvre artificiel."        <br />
              <br />
       Proust, <span style="font-style:italic">Le Temps retrouvé</span>, Gallimard, 1990, pp.194-196       <br />
              <br />
       Ce texte fut évoqué comme point de départ lors de la première séance de <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/artetpolitique/">l'atelier "l'art est-il politique?"</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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  </entry>
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   <title>Poètes et législateurs, Lois VII</title>
   <updated>2010-02-11T14:51:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/Poetes-et-legislateurs,-Lois-VII_a191.html</id>
   <category term="Platon" />
   <published>2010-02-11T13:12:00+01:00</published>
   <author><name>Frédéric Dupin</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[

La politique a ceci de commun avec l'art tragique qu'elle est toute de mise en scène : ainsi une bonne constitution est-elle comme une bonne pièce, un vivant miroir de l'excellence humaine. De là néanmoins l'exclusion des poètes de la cité comme de dangereux concurrents. Car ne sommes-nous pas toujours tous plus ou moins contraints de jouer deux textes, celui de la vertu et celui des passions, celui des lois et celui des poètes?

     <div>
             <br />
       [817a] Quant à nos poètes tragiques, à ces poètes qu’on appelle les poètes sérieux, supposons qu’un jour certains d’entre eux viennent nous trouver et nous questionnent à peu près en ces termes : « Étrangers, devrons-nous, oui ou non, fréquenter votre territoire ? devrons-nous y porter, y conduire notre poésie ? Sinon, quelle décision vous a-t-il paru bon de prendre sur un sujet de cet ordre ? » À ces hommes divins, que nous faut-il à bon droit répondre ? Ceci effectivement si je ne me trompe : [817b] « O les meilleurs des étrangers, leur répondrions-nous, nous autres, nous composons un poème tragique dans la mesure de nos moyens, à la fois le plus beau et le plus excellent possible : autrement dit, notre organisation politique toute entière consiste en une imitation de la vie la plus belle et la plus excellente ; et c’est justement ce que nous affirmons, nous, être réellement une tragédie, la tragédie la plus authentique ! Dans ces conditions, si vous êtes des poètes, poètes nous sommes également, composant une œuvre du même genre que la vôtre, vos concurrents professionnels aussi bien que vos compétiteurs, étant les auteurs du drame le plus magnifique : celui précisément dont seul, un code authentique de lois est le metteur en scène naturel, ainsi que nous en avons l’espérance ! [817c] N’allez pas vous imaginer par conséquent que, sans du moins y faire difficulté, nous vous permettrons jamais, comme cela, de venir planter vos tréteaux chez nous, sur la place du marché, et présenter au public des acteurs à la belle voix qui parleront plus fort que nous ; que nous vous donnerons le droit d’adresser publiquement des discours à nos enfants, à nos femmes, à la foule toute entière : en y parlant des mêmes pratiques que nous-mêmes, mais sans en dire les mêmes choses, qui en sont, pour la plupart, tout l’opposé ! Peu s’en faudrait en effet que ce ne fût, oui, aussi bien de notre part que de la cité toute entière, une démence complète, s’il s’en trouvait une pour vous laisser le droit de faire ce que je viens de dire, avant que les autorités aient décidé si vous avez composé une œuvre avouable et bonne à être entendue par le public ! À cette heure donc, enfants qui êtes les rejetons des Muses les plus molles, commencez par exposer devant les magistrats vos chants à côté des nôtres, et si ceux qui sont de vous apparaissent identiques aux nôtres, ou même meilleurs, alors nous vous accorderons un chœur, mais s’il n’en est pas ainsi, chers amis, la chose ne nous serait jamais possible ! » [817d]       <br />
              <br />
       <b>Note</b>       <br />
              <br />
       Texte commenté lors de la séance du 11 février 2010 de <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/lireplaton">mon atelier de lecture</a>  de la <span style="font-style:italic">République</span> de Platon.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.univ-conventionnelle.com/Poetes-et-legislateurs,-Lois-VII_a191.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Choses vues, 19 mai 1838 ; portrait de Talleyrand</title>
   <updated>2010-01-18T16:42:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/Choses-vues,-19-mai-1838-;-portrait-de-Talleyrand_a190.html</id>
   <category term="Victor Hugo" />
   <photo:imgsrc>http://www.univ-conventionnelle.com/photo/imagette-1823886-2487853.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2010-01-18T16:29:00+01:00</published>
   <author><name>Frédéric Dupin</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[

Dans cette page, Hugo nous peint l'homme sans principe au miroir de Talleyrand, célèbre prince des rusés et des traîtres, et sans doute excellent modèle pour tout apprenti cynique. Mort tel qu'en sa vie, le corps du fin politique gît toutefois creux dans son palais, allégé de ses viscères, et le cerveau à l'égout. Car les calculs sans morale comme les déloyautés intéressées ne naissent peut-être que d'une existence séparée, d'une intelligence indûment réduite à un petit entendement calculateur : petite machine dont les combinaisons ne font la fierté des esprits forts que pour ignorer la rationalité de la morale même.

     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.univ-conventionnelle.com/photo/1823886-2487853.jpg" alt="Choses vues, 19 mai 1838 ; portrait de Talleyrand" title="Choses vues, 19 mai 1838 ; portrait de Talleyrand" />
     </div>
     <div>
      Rue Saint-Florentin, il y a un palais et un égout.       <br />
              <br />
       Le palais, qui est d’une noble, riche et morne architecture, s’est appelé longtemps : « Hôtel de <span style="font-style:italic">l’Infantado</span> » ; aujourd’hui on lit sur le fronton de la porte principale : « Hôtel Talleyrand ». Pendant les quarante ans qu’il a habité cette rue, l’hôte dernier de ce palais n’a peut-être jamais laissé tomber son regard sur cet égout.       <br />
              <br />
       C’était un personnage étrange, redouté et considérable ; il s’appelait Charles-Maurice de Périgord ; il était noble comme Machiavel, prêtre comme Gondi, défroqué comme Fouché, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable. On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui ; la noblesse qu’il avait fait servante de la république, la prêtrise qu’il avait traînée au Champs de Mars, puis jetée au ruisseau, le mariage qu’il avait rompu par vingt scandales et une séparation volontaire, l’esprit qu’il déshonorait par la bassesse.       <br />
              <br />
       Cet homme avait pourtant la grandeur ; les splendeurs des deux régimes se confondaient en lui ; il était prince de Vaux, royaume de France, et prince de l’empire français.       <br />
              <br />
       Pendant trente ans, du fond de son palais, du fond de sa pensée, il avait à peu près mené l’Europe. Il s’était laissé tutoyer par la révolution et lui avait souri, ironiquement il est vrai ; mais elle ne s’en était pas aperçue. Il avait approché, connu, observé, pénétré, remué, retourné, approfondi, raillé, fécondé, tous les hommes de son temps, toutes les idées de son siècle, et il y avait eu dans sa vie des minutes où, tenant en sa main les quatre ou cinq fils formidables qui faisaient mouvoir l’univers civilisé, il avait pour pantin Napoléon 1er, empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la confédération du Rhin, médiateur de la confédération suisse. Voilà à quoi jouait cet homme.       <br />
              <br />
       Après la révolution de juillet, la vieille race, dont il était grand chambellan, étant tombée, il s’était retrouvé debout sur son pied et avait dit au peuple de 1830, assis, bras nus sur un tas de pavés : « Fais-moi ton ambassadeur. »       <br />
              <br />
       Il avait reçu la confession de Mirabeau et la première confidence de Thiers. Il disait de lui-même qu’il était un grand poète et qu’il avait fait une trilogie en trois dynasties. Acte premier : l’Empire de Bonaparte ; acte deuxième : la maison de Bourbon ; acte troisième : la maison d’Orléans.       <br />
              <br />
       Il avait fait tout cela dans son palais et, dans ce palais, comme une araignée dans sa toile, il avait successivement attiré et pris héros, penseurs, grands hommes, conquérants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Sieyès, Mme de Staël, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d’Autriche, Louis XVIII, Louis-Philippe, toutes les mouches dorées et rayonnantes qui bourdonnent dans l’histoire de ces quarante dernières années. Tout cet étincelant essaim, fasciné par l’œil profond de cet homme, avait successivement passé sous cette porte sombre qui porte écrit sur son architecture : Hôtel Talleyrand.       <br />
              <br />
       Eh bien, avant-hier 17 mai 1838, cet homme est mort. Des médecins sont venus et ont embaumé le cadavre. Pour cela, à la manière des Egyptiens, ils ont retiré les entrailles du ventre et le cerveau du crâne. La chose faite, après avoir transformé le prince de Talleyrand en momie et cloué cette momie dans une bière tapissée de satin blanc, ils se sont retirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pensé tant de choses, inspiré tant d’hommes, construit tant d’édifices, conduit deux révolutions, trompé vingt rois, contenu le monde. Les médecins partis, un valet est entré, il a vu ce qu’ils avaient laissé : Tiens ! Ils ont oublié cela. Qu’en faire ? Il s’est souvenu qu'il y avait un égout dans la rue, il y est allé, et a jeté le cerveau dans cet égout.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Finis Rerum</span>       <br />
              <br />
       <b>Note</b>       <br />
              <br />
       Ce texte a été commenté dans la séance du 20 janvier 2009 de <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/">l'atelier de Jean-Michel Muglioni.</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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