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 <title>Université Conventionnelle</title>
 <subtitle><![CDATA["Ce qui rend notre culture si difficile à communiquer au peuple, ce n'est pas qu'elle soit trop haute, mais qu'elle est trop basse" Simone Weil]]></subtitle>
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 <updated>2010-09-07T08:42:26+02:00</updated>
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   <title>Séance du 20 novembre 2008</title>
   <updated>2008-11-24T20:42:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/Seance-du-20-novembre-2008_a54.html</id>
   <category term="Lire Platon" />
   <published>2008-11-18T17:06:00+01:00</published>
   <author><name>Frédéric Dupin</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
             <br />
       En réfléchissant au <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/index.php?action=article&numero=31">mythe de l'anneau de Gygès</a>, nous avons pu, à la <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/index.php?action=article&numero=50">séance précédente</a>, poser dans toute sa généralité le problème moral qui domine l'ensemble de la République : est-il vrai que la vie du juste est véritablement meilleure que celle de l'injuste?       <br />
              <br />
       Rappelons que cette interrogation, formulée rigoureusement par Glaucon et Adimante, porte non pas sur les opinions du plus grand nombre, qui certes s'accorderaient à dire que l'injustice est souhaitable et même bonne dès que nous avons l'opportunité de la commettre impunément, sans punition ni risque ; mais bien sur la <span style="font-style:italic">nature</span> des choses. Glaucon attend en effet qu'on lui démontre que le traître et le lâche sont bien réellement punis par la nature même, et que leur bonheur et leur fortune tant célébrés par l'opinion ne sont que des apparences trompeuses. C'est en effet uniquement fort d'un tel savoir (la certitude que l'injustice en elle-même un mal) que l'on pourrait résister à la tentation du pouvoir, qu'incarne l'anneau d'invisibilité, et garder son âme pure.       <br />
              <br />
       La présente séance se déroulera en trois temps :        <br />
              <br />
       a) Nous commencerons par un bref rappel et une brève relecture du <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/index.php?action=article&numero=31">Mythe de Gygès. </a>       <br />
       b) Puis nous lirons la <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/index.php?action=article&numero=55">page</a> qui résume, à mon sens, le plus nettement le défi que l'ambitieux Glaucon somme Socrate de relever. Ce sera en effet l'occasion de souligner la dimension politique propre à  toute ambition, et ainsi de nous instruire en quelque manière de ce que c'est qu'être homme de gouvernement. Glaucon voit en effet très bien que s'il est réellement préférable d'être injuste, alors la tâche de l'ambitieux étant de conquérir le pouvoir, il devra s'associer avec d'autres ambitieux pour former une ligue secrète et parfaire le jeu d'apparences qui assure leur pouvoir. C'est en ce sens, on le verra, que tout pouvoir peut-être dit aristocratique.       <br />
       c) Enfin, en nous arrêtant sur la dernière partie de ce second texte, nous verrons ce qu'il faut penser du problème religieux, dans son rapport avec le problème moral de la Justice. Nous verrons pourquoi, en un sens, la religion ne peut rien contre l'ambition, mais tout au contraire la sert nécessairement.       <br />
              <br />
       Nous verrons ainsi ce qu'il peut bien rester de la confiance commune dans nos gouvernants et de la foi religieuse elle-même, au sortir de cette séance.       <br />
              <br />
       Cette réflexion conclusive sur le problème de la religion nous servira en outre, en quelque sorte, d'introduction à la lecture suivie proprement dite de notre oeuvre, puisque nous prendrons le texte à son début dès la séance suivante, le 4 décembre. Le prélude de la <span style="font-style:italic">République</span> est en effet, on le verra, une allusion ironique de Platon à une des accusations portées contre Socrate, celle d'impiété.       <br />
              <br />
       Je ferai ainsi sans doute mention, sans le commenter suffisamment, de <span style="font-style:italic">l'Eutyphron</span>, dialogue qui traite de la question de la piété, et dont le début pourrait être lu avec profit. J'en donne un petit extrait significatif <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/index.php?action=article&numero=56">ici</a>. Les plus courageux approfondiront d'eux-mêmes.       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/download/dupin.20-11-08.WMA">Ecouter le cours en ligne.</a>       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Séance du 6 novembre 2008</title>
   <updated>2008-11-24T20:43:00+01:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/Seance-du-6-novembre-2008_a50.html</id>
   <category term="Lire Platon" />
   <published>2008-11-03T18:44:00+01:00</published>
   <author><name>Frédéric Dupin</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
             <br />
       Si les moralistes et les prêcheurs de bons sentiments agacent en général, c'est que leurs discours prétendent valoir par eux-mêmes. Il faut que les enfants croient sur parole qu'il faut payer ses dettes et dire la vérité. Mais dès que paraissent les raisons, les nourrices s'embrouillent, et ne paraissent que des pauvretés. Les mauvais esprits sont ainsi invariablement tentés de prêcher l'immoralité, avec ruse et obstination, pour deviner quelles idées réelles pourraient justifier nos habitudes et nos politesses.       <br />
              <br />
       Car il n'est pas difficile, quand on a un peu d'éducation, de ne point mentir. Autre chose est de juger que le mensonge est par lui-même et en tout lieu condamnable. Le cynisme d'esprit s'accorde en général avec la plus grande courtoisie d'action. Le problème moral ne serait donc peut-être pas tant d'agir bien, que de penser qu'on fait bien d'agir tel qu'on le fait. Et c'est du reste la limite des sermoneurs de profession que de croire uniquement aux actes quand on parle de morale : car combien d'honnêtes gens regrettent silencieusement leurs bontés?       <br />
              <br />
       Aussi le jeu du dialogue platonicien, parce qu'il suspend ironiquement nos adhésions spontanées et nous contraint à supposer au coeur même de nos pensées un aveuglement radical, autorise-t-il d'aborder la question morale sans faux-semblants ni hypocrisie, c'est-à-dire de déployer le problème moral dans toute son ampleur.       <br />
              <br />
       Ce second cours se proposera alors d'approfondir la question de la justice à partir d'une méditation sur le mythe de l'anneau de Gygès (<a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/index.php?action=article&numero=31">extrait</a> ), qui, énoncé au livre II, domine toute l'oeuvre de Platon. Nous verrons en quoi le mythe de Gygès constitue à la fois un défi pour Socrate et un point de méthode pour Platon.       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/download/dupin.06-11-08.WMA">Ecouter le cour en ligne</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>L'anneau de Gygès. République II [358e-360d]</title>
   <updated>2008-09-18T15:07:00+02:00</updated>
   <id>http://www.univ-conventionnelle.com/L-anneau-de-Gyges-Republique-II-358e-360d_a31.html</id>
   <category term="Platon" />
   <published>2008-09-18T14:53:00+02:00</published>
   <author><name>Frédéric Dupin</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[

La défense socratique de la Justice n'est pas fondée sur la peur de la commettre, pas plus qu'elle ne naît du dépit de n'être pas soi-même un tyran. En ce sens, Platon n'est pas un moraliste sentencieux. Car si notre honnêteté n'a d' autre origine que notre impuissance à faire le mal impunément, à quoi bon en parler? Le passage qui suit juge de la médiocrité morale commune et adresse au sage le défi de la puissance. S'il est réellement préférable d'être juste plutôt que d'être fort, alors l'anneau magique qui nous libérerait du regard d'autrui, ne changera pas l'homme juste. Le mythe de l'anneau de Gygès constitue ainsi, avec le passage qui le suit immédiatement, la position générale du problème que traite la République. Nous donnons ce passage dans la traduction réalisée par Émile Chambry.

     <div>
      Eh bien les gens affirment que commettre des injustices est par nature un bien, et que les subir est un mal ; mais que subir l’injustice comporte un excédent de mal sur le bien qu’il y a à la commettre. En conséquence une fois qu’ils se sont infligé mutuellement des injustices, et en ont subi les uns des autres, et qu’ils ont ainsi goûté à l’un et à l’autre, il paraît profitable à ceux qui ne sont capables 359 ni d’éviter (de les subir) ni de prendre le parti (de les commettre), de convenir entre eux de ne pas commettre d’injustices, de façon à ne pas en subir. Et on dit que c’est à partir de ce moment qu’ils ont commencé à instituer leurs propres lois et conventions, et à nommer ce qui est prescrit par la loi à la fois "légal" et "juste". Telle serait tout à la fois la genèse et l’essence de la justice, qui est à mi-chemin entre ce qui est le mieux — commettre l’injustice sans en être châtié — et le pire — subir l’injustice sans être capable de s’en venger. Le comportement juste étant au milieu entre ces deux points, on l’aurait en affection non pas b comme un bien, mais comme ce qu’on n’estime que par manque d’énergie pour commettre l’injustice. Car celui qui est capable de la commettre et qui est vraiment un homme n’irait jamais conclure une convention avec quiconque pour ne pas commettre ni subir d’injustice. Sinon, c’est qu’il serait fou. Voilà donc la nature de la justice, Socrate, voilà son espèce, et voilà d’où elle est née, à ce qu’ils disent.       <br />
              <br />
              <br />
       Or, que ceux qui pratiquent la justice la pratiquent de mauvais gré, par incapacité à commettre l’injustice, nous pourrions le percevoir le mieux si par la pensée nous réalisions ce qui suit : c nous donnerions à chacun des deux, à l’homme juste comme à l’injuste, licence de faire tout ce qu’il peut vouloir, puis nous les suivrions, pour observer où son désir poussera chacun d’eux. Et alors "nous pourrions prendre l’homme juste sur le fait, en train d’aller dans la même direction que l’homme injuste, poussé par son envie d’avoir plus que les autres : c’est là ce que chaque nature est née pour poursuivre comme un bien, alors que par la loi elle est menée, de force, à estimer ce qui est égal. La licence dont je parle serait réalisée au plus haut point, si ces deux hommes recevaient un pouvoir tel que celui que, dit-on, reçut jadis l’ancêtre de Gygès d le Lydien. On dit en effet qu’il était berger, aux gages de celui qui alors dirigeait la Lydie ; et qu’après qu’une forte pluie se fut abattue, causant un glissement de terrain, un endroit de la terre se déchira et que s’ouvrit une béance dans le lieu où il faisait paître. La voyant, il s’émerveilla, et y descendit ; et il y aurait vu, parmi d’autres merveilles que rapporte l’histoire, un cheval de bronze évidé, percé d’ouvertures. S’y penchant, il aurait vu que s’y trouvait un cadavre, apparemment plus grand que n’aurait été un homme, et qui ne portait rien, si ce n’est, à la main, une bague en or. Il s’en serait emparé, et serait ressorti. Or, comme avait lieu le rassemblement habituel aux bergers, destiné à rapporter chaque mois au roi l’état des troupeaux, lui aussi y serait venu, portant la bague en question. S’étant assis avec les autres, il aurait tourné par hasard le chaton de la bague vers lui-même, vers l’intérieur de sa main, et dès lors serait devenu invisible pour ceux qui siégeaient à côté de lui, et qui dialoguaient à son sujet comme s’il avait été parti. Il s’en serait émerveillé, et manipulant la bague en sens inverse, aurait tourné le chaton vers l’extérieur, et une fois le chaton tourné, il serait redevenu visible. Ayant compris cela, il aurait mis la bague à l’épreuve pour voir si elle avait réellement ce pouvoir, et la même chose lui serait "arrivée : en tournant le chaton vers l’intérieur il devenait invisible, vers l’extérieur, visible. Dès qu’il s’en serait aperçu, il aurait fait en sorte d’être parmi les messagers qui allaient auprès du roi, et une fois là-bas, ayant commis l’adultère avec la femme du roi, aurait comploté avec elle pour tuer le roi et ainsi s’emparer du pouvoir. Eh bien donc, s’il existait deux bagues de ce genre, et que l’homme juste en enfile l’une, l’homme injuste l’autre, il n’y aurait personne, semblerait-il, qui aurait un caractère d’acier assez indomptable pour persister dans la justice, avoir le cœur de s’abstenir de ce qui est à autrui, et de ne pas y toucher ; c’est qu’il lui serait possible de prendre ce qu’il voudrait, sans crainte, y compris sur la place publique, de pénétrer dans c les maisons pour s’unir à qui il voudrait, de tuer ou de délivrer de leurs liens ceux qu’il voudrait, et d’agir à l’avenant parmi les hommes, étant l’égal d’un dieu. Celui qui en profiterait ne ferait rien de différent de l’homme injuste : l’un et l’autre iraient dans la même direction. À coup sûr on pourrait affirmer avoir là une preuve éclatante que personne n’est juste de son plein gré, mais parce qu’il y est contraint, persuadé que cela n’est pas un bien pour soi personnellement ; puisque chaque fois que quelqu’un croit qu’il sera en mesure de commettre une injustice, il la commet. C’est que chaque homme croit d que l’injustice lui rapporte personnellement beaucoup plus que la justice, et ce qu’il croit là est vrai, affirmera celui qui parle en ce sens. Car si quelqu’un, qui s’avisait d’une telle possibilité, ne consentait à commettre aucune injustice et ne touchait à rien de ce qui est à autrui, il passerait, aux yeux de ceux qui s’en rendraient compte, pour l’homme le plus à plaindre et le plus dépourvu d’intelligence ; ils feraient néanmoins son éloge les uns devant les autres, pour se tromper mutuellement, par peur de subir l’injustice. Sur ce point, voilà ce qui en est.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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