Un atelier de philosophie de l'Université Conventionnelle animé par Jean-Michel Muglioni autour de Kant et du jugement de goût


Fraternité de l'entendement et sensibilité (27/03/13)

Jeudi 7 Mars 2013


La séance aura lieu le mercredi 27 mars 2013, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


Une page de l’Anthropologie de Kant compare l’unité d’une conversation à bâtons rompus avec la fraternité de l’entendement et de la sensibilité constitutive de la connaissance. L’unité d’une conversation bien menée ne suit pas un plan défini, mais elle a une sorte d’harmonie spontanée à laquelle chacun des participants concourt librement : ainsi dans le jugement esthétique l’harmonie des facultés se produit du seul fait de leur libre jeu, sans règle (sans ce que la Critique de la raison pure appelle le schématisme). Cette description psychologique de la conversation nous montre quelque chose de comparable au jugement esthétique.
 
Anthropologie, I, § 31, C - Du pouvoir sensible d’inventer des affinités

J’entends par affinité la réunion d‘une diversité qui dérive d’un principe. – Dans une conversation en société, sauter d’une matière à une autre, d’une toute autre sorte, suivant l’association empirique des représentations dont le fondement est seulement subjectif (les représentations sont associées chez l’un d’une autre façon que chez un autre), c’est une sorte d’absurdité quant à la forme, qui interrompt et détruit la conversation. – Quand une matière est épuisée et qu’une courte pause se produit, alors seulement quelqu’un peut mettre en route une autre matière intéressante. L’imagination divaguant sans règle brouille la tête par le défilé de représentations sans lien objectif entre elles au point qu’au sortir d’une réunion de ce genre, on a l’impression d’avoir rêvé. – Qu’on réfléchisse en silence ou qu’on fasse part de ses pensées, il faut toujours qu’il y ait un thème auquel soit ordonné le divers et que donc l’entendement aussi soit en action ; le jeu de l’imagination suit pourtant ici les lois de la sensibilité qui fournit pour cela les matériaux dont l’association s’effectue sans conscience de la règle, et pourtant en conformité avec elle et donc avec l’entendement, quoiqu’elle n’en découle pas.

Le mot affinité (Verwandschaft = affinitas) rappelle ici une action réciproque empruntée à la chimie et analogue à cette liaison de l’entendement : action réciproque de deux corps spécifiquement différents qui agissent intérieurement l’un sur l’autre et tendent à s’unir, leur combinaison [Vereinigung] réalisant un troisième corps dont les propriétés ne peuvent être engendrées que par la combinaison de deux corps hétérogènes. Leur hétérogénéité n’empêche pas l’entendement et la sensibilité de fraterniser d’eux-mêmes pour produire notre connaissance, comme si l’un avait l’autre pour origine ou qu’ils provenaient tous deux d’une souche commune ; ce qui pourtant est impossible ou du moins il est pour nous inconcevable que l’hétérogène puisse naître d’une seule et même racine (1).
(1) Note sur l’ignorance où nous sommes des principes des combinaisons des corps physiques et de la reproduction sexuée.

Mise à jour du 25 mars 2013

Nous passerons enfin du jugement en général au jugement esthétique et ainsi à la notion de forme.

La notion de forme, telle qu’elle est présente au § 14 de notre ouvrage, permet de penser une unité du divers non plus intellectuelle ou conceptuelle mais sensible ; et cette unité, qui satisfait l’exigence d’unité de l’entendement, est sensible en un sens tout à fait nouveau : il ne s’agit pas d’une impression des sens (sensation ou agrément) mais de la manière dont l’esprit vit sa propre activité et le libre accord de ses facultés. Certaines représentations se donnent à nous de telle manière qu’elles s’accordent avec l’attente de nos facultés de connaître sans qu’il faille pourtant pour les appréhender chercher à connaître ; pour cette raison elles nous procurent un plaisir original, distinct de toutes les formes de satisfaction des désirs. Plaisir désintéressé donc, selon la définition primordiale du premier moment de l’analytique du beau.

Nous pourrons ensuite comprendre en quel sens cette activité est appelée par Kant réflexion.
la_critique_du_jugement_8.mp3 la critique du jugement 8.mp3  (131.91 Mo)




Jean-Michel Muglioni
Frédéric Dupin
Né en 1946, Jean-Michel Muglioni a enseigné la philosophie pendant plus de trente ans en classes préparatoires, et jusqu'en 2007 en khâgne au lycée Louis-Le-Grand. Agrégé de philosophie, il a également soutenu en 1991 une thèse de doctorat sur la philosophie de l'histoire de Kant et publié régulièrement des articles sur Kant, Descartes ou Platon.





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