Un atelier de philosophie de l'Université Conventionnelle animé par Jean-Michel Muglioni autour de Kant et du jugement de goût



La séance aura lieu le mercredi 22 mai 2013, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


Dernière séance de l'année (22/05/13)

Pour ce douzième et dernier cours, il faut une conclusion provisoire. Elle portera sur le sens général de la philosophie comme téléologie.

Je me demanderai seulement pourquoi avec Kant la vérité de la finalité n’est plus, comme pour les anciens dans la contemplation (la contemplation du cosmos, du monde qui est ordre) mais dans l’action – entendue non pas au sens de transformation de la nature, mais de réalisation de la liberté humaine. Ce qui permettra si nous en avons le temps de retrouver la contemplation, mais cette fois comme contemplation « esthétique » et non comme théorie.
la_critique_du_jugement_11.mp3 la critique du jugement 11.mp3  (138.14 Mo)



La séance aura lieu le mercredi 24 avril 2013, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


Le monde est-il fait pour nous? Une réflexion sur la finalité (24/04/13)
Pour comprendre le troisième moment de l’analytique du beau (la finalité sans fin) je vais faire une mise au point générale sur l’idée de finalité.
 
La notion de finalité est en effet aujourd’hui généralement oubliée. Nous sommes dans une situation qui est l’inverse de celle des lecteurs de Kant au XVIII° siècle : pour ceux-ci, l’idée d’une finalité naturelle allait de soi, et Kant limitait considérablement l’usage qu’on faisait alors de la finalité et il lui donnait un nouveau sens. Pour le lecteur d’aujourd’hui, au contraire, Kant peut paraître donner à la finalité un rôle disproportionné.

Que signifie donc la cosmologie finaliste des anciens, à laquelle s’est opposé le matérialisme épicurien (pour lequel le monde est le résultat d’une rencontre d’atome dont le principe est le hasard et non la finalité) ?
Pourquoi Kant reprend-il la notion de finalité à son compte et en quels sens ? En quel sens la nature est-elle pour ainsi dire faite pour que nous la connaissions et en quel sens certaines apparences sont-elles telles qu’elles correspondent à l’attente de nos facultés de connaître ? Il s’agit de la question posée par Einstein s’étonnant de l’intelligibilité du monde : de l’accord du monde et des exigences de l’esprit.

Nous aurons aussi à examiner la question de la spécificité des organismes vivants qui ne peut être comprise qu’en fonction de l’idée de finalité.
Bref, il faut comprendre la notion de finalité et de fin pour comprendre ce que peut bien être une « finalité sans fin ».

Cette leçon devrait permettre à chacun une lecture plus aisée de l’ensemble de la Critique de la faculté de juger.
la_critique_du_jugement_10.mp3 la critique du jugement 10.mp3  (154.51 Mo)



La séance aura lieu le mercredi 10 avril 2013, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


Qu'est-ce qu'un jugement esthétique "pur"? (10/04/13)
Pour mieux comprendre l’intérêt philosophique (et non esthétique, car Kant ne propose pas ce qu’on appelle communément une esthétique) de l’idée d’un jugement esthétique pur, avec ce que cela implique (la mise à l’écart des attraits et de la perfection), nous reviendrons sur le sens kantien de la pureté, présent déjà dans le titre de la première critique. Que signifie cette pureté dans la philosophie pratique ? Que signifie-t-il s’agissant du plaisir ?

En quoi, dans tous les cas, le reproche de « purisme » est-elle absurde ?

Nous nous en tiendrons au troisième moment de l’analytique du beau et à la notion de forme dont le traitement seulement été annoncé la dernière fois.
la_critique_du_jugement_9.mp3 la critique du jugement 9.mp3  (145.51 Mo)



La séance aura lieu le mercredi 27 mars 2013, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


Fraternité de l'entendement et sensibilité (27/03/13)
Une page de l’Anthropologie de Kant compare l’unité d’une conversation à bâtons rompus avec la fraternité de l’entendement et de la sensibilité constitutive de la connaissance. L’unité d’une conversation bien menée ne suit pas un plan défini, mais elle a une sorte d’harmonie spontanée à laquelle chacun des participants concourt librement : ainsi dans le jugement esthétique l’harmonie des facultés se produit du seul fait de leur libre jeu, sans règle (sans ce que la Critique de la raison pure appelle le schématisme). Cette description psychologique de la conversation nous montre quelque chose de comparable au jugement esthétique.
 
Anthropologie, I, § 31, C - Du pouvoir sensible d’inventer des affinités

J’entends par affinité la réunion d‘une diversité qui dérive d’un principe. – Dans une conversation en société, sauter d’une matière à une autre, d’une toute autre sorte, suivant l’association empirique des représentations dont le fondement est seulement subjectif (les représentations sont associées chez l’un d’une autre façon que chez un autre), c’est une sorte d’absurdité quant à la forme, qui interrompt et détruit la conversation. – Quand une matière est épuisée et qu’une courte pause se produit, alors seulement quelqu’un peut mettre en route une autre matière intéressante. L’imagination divaguant sans règle brouille la tête par le défilé de représentations sans lien objectif entre elles au point qu’au sortir d’une réunion de ce genre, on a l’impression d’avoir rêvé. – Qu’on réfléchisse en silence ou qu’on fasse part de ses pensées, il faut toujours qu’il y ait un thème auquel soit ordonné le divers et que donc l’entendement aussi soit en action ; le jeu de l’imagination suit pourtant ici les lois de la sensibilité qui fournit pour cela les matériaux dont l’association s’effectue sans conscience de la règle, et pourtant en conformité avec elle et donc avec l’entendement, quoiqu’elle n’en découle pas.

Le mot affinité (Verwandschaft = affinitas) rappelle ici une action réciproque empruntée à la chimie et analogue à cette liaison de l’entendement : action réciproque de deux corps spécifiquement différents qui agissent intérieurement l’un sur l’autre et tendent à s’unir, leur combinaison [Vereinigung] réalisant un troisième corps dont les propriétés ne peuvent être engendrées que par la combinaison de deux corps hétérogènes. Leur hétérogénéité n’empêche pas l’entendement et la sensibilité de fraterniser d’eux-mêmes pour produire notre connaissance, comme si l’un avait l’autre pour origine ou qu’ils provenaient tous deux d’une souche commune ; ce qui pourtant est impossible ou du moins il est pour nous inconcevable que l’hétérogène puisse naître d’une seule et même racine (1).
(1) Note sur l’ignorance où nous sommes des principes des combinaisons des corps physiques et de la reproduction sexuée.

Mise à jour du 25 mars 2013

Nous passerons enfin du jugement en général au jugement esthétique et ainsi à la notion de forme.

La notion de forme, telle qu’elle est présente au § 14 de notre ouvrage, permet de penser une unité du divers non plus intellectuelle ou conceptuelle mais sensible ; et cette unité, qui satisfait l’exigence d’unité de l’entendement, est sensible en un sens tout à fait nouveau : il ne s’agit pas d’une impression des sens (sensation ou agrément) mais de la manière dont l’esprit vit sa propre activité et le libre accord de ses facultés. Certaines représentations se donnent à nous de telle manière qu’elles s’accordent avec l’attente de nos facultés de connaître sans qu’il faille pourtant pour les appréhender chercher à connaître ; pour cette raison elles nous procurent un plaisir original, distinct de toutes les formes de satisfaction des désirs. Plaisir désintéressé donc, selon la définition primordiale du premier moment de l’analytique du beau.

Nous pourrons ensuite comprendre en quel sens cette activité est appelée par Kant réflexion.
la_critique_du_jugement_8.mp3 la critique du jugement 8.mp3  (131.91 Mo)



La séance aura lieu à l'EDMP, 8 impasse Crozatier de 19h30 à 21h30. L'entrée est libre et gratuite.


Suite de la réflexion sur le jugement (27/02/03)
Je suis arrivé à la formulation d’un paradoxe : lorsque nous rapportons le particulier au général (l’exemple à ce dont il est l’exemple), nous n’avons pas préalablement conçu le général. Nos jugements ne dépendent pas d’une connaissance du général qui pourtant les rend possibles.

Nous sommes capables de juger, de rapporter un cas à la règle, et cela  sans nous être auparavant représenté cette règle : et pourtant un tel jugement, une telle subsomption du cas sous la règle présuppose la règle.

Paraphrasant Aristote, je dirai donc : voir Callias, c’est voir un homme, et en effet si je n’avais jamais affaire qu’à un être absolument singulier, si je ne pouvais rien trouver de commun à Callias et à Socrate, le monde serait pour la conscience fait d’une multitude de sensations toujours nouvelles irréductibles les unes aux autres, un chaos rigoureusement indescriptible.

Reprenant ce qui a été travaillé l’année dernière sur la nature de l’expérience, nous découvrons que le jugement, reliant le particulier au général, est l’acte même par lequel nous formons nos concepts (le concept d’homme, etc.), c’est-à-dire unifions la diversité sensible. Le jugement, tel qu’il s’exerce communément et constitue ainsi notre expérience, est, selon une formulation de Louis Guillermit par laquelle j’ai terminé la dernière leçon, « une sorte de lecture directe de l’universel sur le particulier » : nous reprendrons le mercredi 27 février ce dernier point et il sera alors possible à partir de là de passer à l’idée de jugement esthétique et à la notion de réflexion ou de jugement réfléchissant.




la_critique_du_jugement_7.mp3 la critique du jugement 7.mp3  (158.87 Mo)


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Jean-Michel Muglioni
Frédéric Dupin
Né en 1946, Jean-Michel Muglioni a enseigné la philosophie pendant plus de trente ans en classes préparatoires, et jusqu'en 2007 en khâgne au lycée Louis-Le-Grand. Agrégé de philosophie, il a également soutenu en 1991 une thèse de doctorat sur la philosophie de l'histoire de Kant et publié régulièrement des articles sur Kant, Descartes ou Platon.





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