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La République, pour quoi faire ?

La "République", ce n'est peut-être, le plus souvent, qu'un mot, jeté aux vents de tous les débats politiques et médiatiques, masquant toutes les hypocrisies et toutes les ignorances. Cet atelier, animé par l'UFAL et coordonné par sa responsable du secteur école, Marie Perret, entend nous permettre, textes en main, de jeter quelques lumières sur ces confusions trop courantes. L'atelier se tiendra de janvier à mai 2010.


La République, pour quoi faire ?
Nous nous efforcerons, dans le cadre de cet atelier, de construire le concept de République. La République se présente d'abord sous la forme d'un fait empirique, assignable à un moment de l'histoire. Proclamée le 22 septembre 1792, la République moderne est une forme de gouvernement qui fut édifiée sur les ruines de la Monarchie. Mais la République peut aussi être envisagée à partir d'une perspective résolument théorique. Telle est la perspective que nous privilégierons. Nous chercherons à rendre compte de la République comme Idée. Notre projet est de déployer le dispositif intellectuel qui sous-tend le régime républicain.

Il s'agira, en premier lieu, de penser la République comme un modèle original d'association articulant Etat, société civile et corps politique. Nous montrerons que le modèle républicain apporte une solution inédite à une question qui est au centre de la philosophie politique moderne : comment produire, à partir d'une multiplicité atomique, un peuple de citoyens ? L'originalité du modèle d'association politique que la République institue réside dans la façon dont est pensé le lien politique : la République ne crée pas une communauté d'appartenance, mais une forme paradoxale d'association qui lie entre eux des sujets libres et n'ayant d'autre motif de s'associer que la préservation de leur singularité. En cela, le modèle républicain vise moins l'harmonie que la concorde.

Nous interrogerons, en second lieu, les principes philosophiques qui sont au fondement de la République. Nous montrerons que le modèle républicain repose sur un dualisme de principe : le principe de laïcité, qui régit la sphère de l'autorité publique, et le principe de tolérance, qui régit l'espace civil. L'analyse du concept de laïcité permettra de saisir ce qui sépare deux modèles de démocratie possibles, qui sont aujourd'hui en concurrence : le modèle anglo-saxon et le modèle français. Chacun de ces deux modèles engage une certaine conception du droit, du pouvoir et de la citoyenneté. Nous mettrons en évidence les enjeux actuels du combat pour la laïcité. Nous nous pencherons sur son cadre juridique, avant de montrer que la laïcité définit aussi un cadre théorique permettant de concevoir la coexistence des libertés. Nous montrerons, enfin, qu'on peut déduire de la laïcité une théorie de la culture fondée sur la prévalence des humanités.

L'école publique est, dans la République, une institution singulière en ceci qu'elle en est à la fois le produit et la condition. C'est la raison pour laquelle nous nous pencherons, en troisième lieu, sur le lien organique qui existe entre la République et l'école. Dans une conférence prononcée en 1901 et intitulée « Le culte de la raison comme fondement de la République », Emile Chartier montrait que l'instauration de la République ne garantit nullement contre le retour de « l'âme monarchique ». Si l'école est la condition d'existence et de pérennité de la République, c'est parce qu'elle lui est en quelque sorte isomorphe : c'est à l'école que l'élève fait l'expérience concrète d'une liberté qu'on ne saurait confondre avec la spontanéité, d'une égalité qu'on ne saurait confondre avec l'égalitarisme, mais aussi d'une fraternité qu'on ne saurait confondre avec la camaraderie.

Mais l'instauration d'un gouvernement républicain ne garantit pas non plus contre le retour de l'oligarchie. C'est pourquoi « la République politique doit aboutir à la République sociale ». Comment penser cet aboutissement que Jaurès appelait de ses voeux en 1893 ? La République est-elle conciliable avec le libéralisme économique ? Le capitalisme néolibéral ne ruine-t-il pas les fondements mêmes de la République ? Nous serons amenés, dans un quatrième temps, à réfléchir sur ces questions. Nous nous proposerons d'analyser le principe de solidarité. Nous montrerons que la solidarité n'est pas une sécularisation de la charité, mais une façon originale d'instaurer la justice sociale sur fond d'aveuglement. La sécurité sociale, création du Conseil National de la Résistance, est, de ce point de vue, un dispositif intéressant puisqu'il permet de comprendre la philosophie qui sous-tend le principe de solidarité.

L'idée républicaine est également fréquemment associée au centralisme étatique : quels liens pourtant doivent-ils se tisser entre le principe juridique d'égalité devant la loi et la question de l'unité nationale? Les institutions républicaines sont elles compatibles avec le fédéralisme, et que devons-nous entendre exactement par l'idée républicaine de souveraineté nationale dans un monde multiculturel?

Car de la discrimination positive à la politique des quotas, la question de la diversité est considérée par certains comme la pierre d'achoppement du modèle républicain. La République peut-elle s'accommoder, au nom de la lutte contre les discriminations, au nom de l'intégration et de la mobilité sociale, de la prise en compte de l'origine ethnique ou sociale des individus ? Une telle prise en compte favorise-t-elle l'égalité ou bien constitue-t-elle, au contraire, une rupture du principe d'égalité ? Nous nous pencherons, pour finir, sur ces questions qui engage le problème de savoir jusqu'où la République doit s'aveugler sur les particularismes individuels.

Suivez les séances de l'atelier sur son blog dédié


Architecture de l'atelier


Voici le plan général de l'atelier ; nous vous invitons à consulter régulièrement le blog dédié à ce cours : vous y trouverez des précisions sur chaque séance, des liens et des textes utiles à l'approfondissement du travail de chacun.

1. Qu'est-ce que la République ?

Essai de théorisation du modèle républicain (Jean-Marie Kintzler)

2. La République et la laïcité :

2.1. Les enjeux du combat laïque aujourd'hui (Bernard Teper).
2.2. Le cadre juridique français de la laïcité, la loi de 1905 et la Convention européenne des droits de l'homme (Charles Arambourou).
2.3. Le régime de la laïcité : un modèle d'association politique (Catherine Kintzler).
2.4. Laïcité et culture (Catherine Kintzler).

3. La République et son école

analyse de la conférence d'Emile Chartier « Le culte de la raison comme fondement de la République » (Marie Perret).

4. Pourquoi la République est-elle sociale ?

La question des services publics (Bernard Teper).

5. République, Etat et institutions (Frédéric Dupin).

6. De la charité à la solidarité : la République et la sécurité sociale (Bernard Teper).

7. La République face à la question de la diversité (Gwénaële Calvès)


Marie Perret








La critique du jugement
 



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Philosophie et religion



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Questions sur le vivant
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