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La connaissance morale, un savoir "approché"? Ethique à Nicomaque I.1


Que la science morale ne soit pas susceptible de l'exactitude d'une science mathématique ne constitue un défaut que pour qui ignore l'objet même de l'éthique, qui est d'apprendre à juger sainement et avec sûreté des choses humaines. Le caractère approché de cette science ne signifie alors pas qu'elle oeuvre par approximation, mais qu'elle doit tenir compte de la contingence au coeur des choses humaines. Ce serait donc bien plutôt la vaine recherche d'une rigueur quantitative en ces matières, par la statistique par exemple, qui témoignerait d'un aveuglement radical sur ce que c'est que penser l'homme.



Nous aurons suffisamment rempli notre tâche si nous donnons les éclaircissements que comporte la nature du sujet que nous traitons. C’est qu’en effet on ne doit pas chercher la même rigueur dans toutes les discussions indifféremment, pas plus qu’on ne l’exige dans les productions de l’art. Les choses belles et les choses justes qui sont l’objet de la politique, donnent lieu à de telles divergences et à de telles incertitudes qu’on a pu croire qu’elles existaient seulement par convention et non par nature. Une telle incertitude se présente aussi dans le cas des biens de la vie, en raison des domma-ges qui en découlent souvent : de fait, on a vu des gens périr par leur richesse, et d’autres périr par leur courage. On doit donc se contenter, en traitant de tels sujets et partant de tels principes, de montrer la vérité d’une façon grossière et approchée, et quand on parle de choses simplement constantes et qu’on part de principes également constants, on ne peut aboutir qu’à des conclusions de même genre. C’est donc dans le même esprit que devront être accueillies les diverses vues que nous émettons. Car il convient à un homme cultivé de ne chercher la rigueur pour chaque genre de choses que dans la mesure où la nature du sujet l’admet : il est évidemment à peu près aussi absurde d’accepter d’un mathématicien des raisonnements probables que d’exiger d’un rhéteur des démonstrations proprement dites.

D’autre part, chacun juge correctement de ce qu’il connaît ; [1095a] et en ce domaine il est bon juge. Conséquemment, dans un domaine déterminé, celui juge bien qui a reçu une éducation appropriée, tandis que, dans une matière excluant toute spécialisation, le bon juge est celui qui a reçu une culture générale. Aussi, le jeune homme n’est pas un auditeur bien propre à des leçons de politique, car il n’a aucune expérience des choses de la vie, qui sont pourtant le point de départ et l’objet des raison-nements de cette science. De plus, étant enclin à suivre ses passions, il ne retirera de cette étude rien d’utile ni de profitable, puisque la politique a pour fin non pas la connaissance mais l’action. Peu importe, du reste, qu’on soit jeune par l’âge ou jeune par le caractère ; l’insuffisance à cet égard n’est pas une question de temps, mais elle est due au fait qu’on vit au gré de ses passions et qu’on s’élance à la poursuite de tout ce qu’on voit. Pour des écervelés de cette sorte, la connaissance ne sert à rien, pas plus que pour les intempérants ; au contraire, pour ceux dont les désirs et les actes sont confor-mes à la raison, le savoir en ces matières sera pour eux d’un grand profit.



Frédéric Dupin








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