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Perspectives sur la politique d'Auguste Comte


Parce que la pensée politique de Comte nous paraît éclairer certaines des idées au coeur de notre projet d'éducation populaire, nous espérons que le lecteur et l'auditeur de nos cours pourra trouver dans cette conférence donnée le 14 mars 209 quelques éléments précisants notre démarche associative.


Perspectives sur la politique d'Auguste Comte
La réédition que nous proposons aux éditions du Sandre du Catéchisme positiviste (1852) et de l’Appel aux conservateurs (1855) entend avant tout faire œuvre utile, en remettant en circulation des textes devenus depuis longtemps d’accès délicat.

Mais parce que ce travail a été également l’occasion d’amorcer un effort de relecture et de commentaire autour de la politique positive elle-même, il est inséparable d’un certain jugement, ou d’une certaine actualisation, de la pensée politique de Comte en ce qu’elle pourrait s’appuyer sur une doctrine vraie et préconiser des mesures pertinentes. Bien sûr, si une telle approche ne saurait impliquer pour autant une adhésion aveugle à une hypothètique « orthodoxie comtienne », elle détermine au moins l’angle sous lequel il nous a paru pouvoir rendre la lecture des œuvres non seulement possible, car justifiant leur édition, mais surtout fertile, car justifiant leur méditation réelle, loin de toute réduction historiciste.

La présente conférence se proposera donc à la fois de justifier cette démarche éditoriale en interrogeant l’historiographie du positivisme politique, et de caractériser deux des principaux problèmes que l’analyse politique comtienne pose sans doute au lecteur contemporain, et que ces deux textes mettent particulièrement en lumière.

Dans un premier temps, nous réfléchirons en effet sur la question de l’articulation, chez Comte, entre dogmatisme et liberté. En quoi la rédaction d’un « catéchisme », « positiviste » de surcroît, peut-elle être comprise comme politiquement émancipatrice ? En quel sens le scepticisme, l’indétermination et la critique circonstanciée participent-ils selon Comte d’une forme insidieuse de servitude, contraire à l’esprit républicain ? Les ambitions dogmatiques du Catéchisme positiviste devront être ainsi évaluées à l’aune d’une réflexion sur les conséquences pratiques et populaires de l’anarchie spirituelle caractérisant notre époque.

Dans un second temps, nous nous pencherons sur la nature paradoxale du « conservatisme » comtien, et sur la pensée de l’État qui en est solidaire. Car si Comte rejette avec constance le parlementarisme, et jusqu’à l’idée même de Droits de l’Homme, cette condamnation reste, comme on le verra, motivée d’abord par une relativisation radicale de la sphère étroitement politique et temporelle. Si les gouvernements ont à être conservateurs, c’est parce que l’initiative du progrès leur échappe radicalement, et ne releve plus désormais que de la libre organisation des forces sociales, sans qu’aucune combinaison politique ou constitutionnelle ne puisse jamais dispenser le peuple de se réformer lui-même. Derrière cet appel aux « conservateurs », on pourra donc lire également une invitation, faite à l’homme du peuple, à abandonner les imaginations politiques de délégation et de représentation, qui le conduisent invariablement à méconnaître, et pour le seul profit d’une forme d’aristocratie gouvernementale, les forces de progrès et d’intelligence que son humble travail, ou sa famille méconnue, portent en eux.

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Frédéric Dupin








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