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Questions de principes. Ethique à Nicomaque I.2


L'illusion commune en matière de sens est que les faits parlent d'eux-même, ou si l'on veut qu'une connaissance quelconque peut se passer de principes. Or comment, sans eux, ne serait-ce que comprendre un raisonnement ou pouvoir écouter un cours? Parce que penser suppose toujours de se donner cette peine, la science veut des hommes capables d'apprendre et donc disposés à raisonner sur des idées, et des principes. Ce court extrait témoigne du lien nécessaire que la méthode entretient avec la morale.


N’oublions pas la différence qu’il y a entre les raisonnements qui partent des principes et ceux qui remontent aux principes. En effet, c’est à juste titre que Platon se posait la question, et qu’il recherchait si la marche à suivre est de partir des principes ou de remonter aux principes, [1095b] tout comme dans le stade les coureurs vont des atholthètes à la borne, ou inversement. Il faut, en effet, partir des choses connues ; et une chose est dite connue en deux sens, soit pour nous, soit d’une manière absolue. Sans doute devons-nous partir des choses qui sont connues pour nous. Voilà pourquoi il faut avoir été élevé dans des mœurs honnêtes, quand on se dispose à écouter avec profit un enseignement portant sur l’honnête, le juste et, d’une façon générale, sur tout ce qui a trait à la politique (car ici le point de départ est le fait, et si le fait était suffisamment clair, nous serions dispensés de connaître en sus le pourquoi) Or, l’auditeur tel que nous le caractérisons, ou bien est déjà en possession des principes, ou bien est capable de les recevoir facilement. Quant à celui qui ne les possède d’aucune de ces deux façons, qu’on le renvoie aux paroles d’Hésiode :

Celui-là est absolument parfait qui de lui-même réfléchit sur toutes choses.
Est sensé encore celui qui se rend aux bons conseils qu’on lui donne.
Quant à celui qui ne sait ni réfléchir par lui-même, ni, en écoulant les leçons d’autrui,
Les accueillir dans son cœur, celui-là en revanche est un homme bon à rien.




Jean-Michel Muglioni








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