Un atelier de réflexion de l'Université conventionnelle animé par Aurélie Ledoux

Séance du 18 novembre 2010, au lycée Dorian, salle B10, 74 avenue Philippe Auguste, Paris XIème, 20h-22h. Entrée libre et gratuite. (La version audio du cours est téléchargeable au pied de la présente note.)


Septième séance: "L'expressionnisme allemand était-il nazi?"
Cette séance examinera la thèse que soutient Siegfried Kracauer, critique et théoricien allemand du cinéma, dans son ouvrage De Caligari à Hitler (1947).

Partant de l'idée que le contenu et l’évolution des films ne sont pleinement compréhensibles qu'en relation avec les schémas psychologiques de la société qui les produit, Kracauer se propose de faire, au-delà de l'histoire manifeste des changements économiques et politiques, "l'histoire secrète du peuple allemand". Plus que tout autre art, le cinéma donnerait à voir les valeurs morales et politiques d’un peuple. Du Cabinet du Dr Caligari de Robert Wiene (1919) aux films de propagande nazis, il s'agit donc d'analyser le cas extrême mais exemplaire de cette approche: celui de la société allemande de l'entre-deux-guerres, dont le cinéma expressionniste exprimerait le basculement dans le nazisme.


Septième séance: "L'expressionnisme allemand était-il nazi?"
Relève des ouvriers au début de Métropolis: (Fritz Lang, 1927): cette disposition "ornementale" de la foule est conforme au propos apparent du film.

Septième séance: "L'expressionnisme allemand était-il nazi?"
Procession ornementale des ouvriers à la fin du film. Pour Kracauer, «la structure visuelle de la scène finale confirme l'analogie existant entre l'industriel et Goebbels»

En soumettant le motif de la rébellion au schéma ornemental, le film met en scène la soumission, et non l'émancipation politique du peuple, comme si celui-ci ne pouvait être pensé autrement que comme une masse indivise, soumise au principe capitaliste d'organisation et de rationalisation des forces, même au moment où il prétend se libérer de ses chaînes.

Septième séance: "L'expressionnisme allemand était-il nazi?"
Image extraite du Triomphe de la volonté (Triumph des Willens), film de propagande nazi réalisé par Leni Riefenstahl lors du Congrès de Nuremberg de 1934.

Septième séance: "L'expressionnisme allemand était-il nazi?"
Le dénouement de Métropolis, ou l'incarnation de sa morale: "L'intermédiaire entre le cerveau et les mains doit être le coeur" ("Mittler zwischen Hirn und Händen muss das Herz sein!").

Siegfried Kracauer voyait dans cette image la figuration du programme de Goebbels et de la propagande nazie: la discipline mécanique désuète d'une société inégalitaire est remplacée par la discipline totalitaire d'un enthousiasme dirigé.
art_et_politique_7.mp3 art et politique-7.mp3  (195.94 Mo)


Aurelie Ledoux
Rédigé par Aurelie Ledoux le Dimanche 14 Novembre 2010 à 16:28