Un atelier de lecture régulier de l'Université conventionnelle autour de la Comédie humaine



L'atelier se déroulera le samedi 20 mars, en fin d'après-midi (18-20h) ; à la maison des associations du onzième, 8 rue du général Renault, métro Voltaire ou Parmentier. Il sera animé par Sami El Age.


La peau de Chagrin (20/03/10)
yant perdu au jeu, un jeune homme, Raphaël de Valentin, se prépare à se noyer dans la Seine. Mais il découvre chez un vieil antiquaire une peau de chagrin en cuir brillant qui lui permettrait de réaliser tous ses vœux. Toutefois, celle-ci rétrécit à chaque désir satisfait.

A l’usure engendrée par le désir, par le vouloir, l’antiquaire déclare préférer la sérénité procurée par le savoir. Raphaël participe ensuite à une orgie chez le banquier Taillefer au moment de la naissance de la monarchie de Juillet, en 1830. Il exprime son désenchantement. Satisfaisant ses passions, Raphaël recherche le plaisir jusqu’à la débauche et cultive deux relations privilégiées, l’une avec Pauline, l’autre avec la comtesse Foedora, distante et inaccessible.

Ses plaisirs successifs l’épuisent et, à l’image de la vie, la peau poursuit son rétrécissement. La science est incapable de décontracter la peau. Atteint de tuberculose, maladie des romantiques, Raphaël disparaît en même temps que le talisman, dans ses derniers instants d’amour avec Pauline.


balzac_el_age_20_03_10.mp3 balzac-El-Age.20-03-10.mp3  (222.28 Mo)


L'atelier se déroulera le samedi 23 janvier, en fin d'après-midi (18-20h) ; à la maison des associations du onzième, 8 rue du général Renault, métro Voltaire ou Parmentier.


Le colonel Chabert (23/01/10)
Autant le dire immédiatement. Nous lirons avec ce court roman une histoire de fantômes et de revenants. Hyacinthe Chabert s'extrait en effet, au sens strict, d'une tombe et s'arrache de la montagne de cadavres des guerres napoléoniennes, pour venir, après des années d'errances, en pleine Restauration, réclamer son dû.

Que veut-il? Seulement qu'on lui rende la vie que la guerre et la politique ont détruite, retrouver sa place parmi les vivants, renouer avec un avenir qui consiste d'abord à lui accorder le droit d'un présent et d'un nom. Il ne trouvera qu'une nouvelle persécution et un exil final au pays des morts-vivants, c'est-à-dire à l'hospice. Retour à la case départ pour l'enfant trouvé dont la jeunesse fut une épopée militaire et sociale.

L'histoire, pour Balzac, ne peut, semble-t-il, que hanter la société, sans parvenir à en nourrir et étayer les oeuvres ; elle nous voue à l'existence spectrale du souvenir : sa place est dans l'ordre des symboles, et pas ailleurs. La place doit rester nette pour les passions et les guerres nouvelles, de société ou d'argent. Et que croyons-nous réellement devoir aux vieilles histoires? L'oubli est la politesse des ambitieux.

Roman du passé, mais aussi du droit, Le colonel Chabert paraît ainsi condamner toute oeuvre de justice à l'égard d'un passé dont la résurgence entrave sans cesse les vivants. Car la justice y est peinte dans ses complications et son impuissance même : instrument des forts contre les faibles, le tribunal et le code se font l'expression de la volonté de vivre et de s'imposer qui sépare le vieil honneur de Chabert de la ruse procédurière de la Comtesse, son ancienne femme.

Nous lirons le texte dans l'édition Folio classique (593) ; mais toute autre édition fera l'affaire.


balzac_dupin_23_01_10.mp3 balzac-dupin.23-01-10.mp3  (155.32 Mo)


L'atelier se déroulera le samedi 14 novembre, en fin d'après-midi (18-20h) ; à la maison des associations du onzième, 8 rue du général Renault, métro Voltaire ou Parmentier.


Le lys dans la vallée (14/11/10)
Du Lys dans la Vallée, Alain disait qu'on pouvait le résumer ainsi : "c'est l'histoire des Cent Jours vus d'un chateau de la Loire." En rappelant ce que ce mélodrame bien connu devait à la politique, il s'agissait pour Alain de permettre au lecteur distrait de rompre avec une vision partielle et sentimentale d'un récit où les passions n'existent en réalité que liées, presque ironiquement, au destin commun. On trouverait ainsi à lire, ou à relire, dans le Lys un peu plus que l'image compassée qui a parfois détourné les lecteurs.

Ainsi Félix lie par exemple dès le début sa pureté d'âme aux hasards qui voulurent que sa mère, revenant à Paris afin de placer sa famille dans l'imminente restauration de 1814, l'arrêta aux bords du Palais-Royal et de ses amours tarifés. À quoi tient une vie..!

Ce n'est toutefois pas que l'amour entre Félix de Vandenesse et Henriette de Mortsauf soit un simple effet, et que les effusions si célèbres des amants, l'idylle champêtre peint dans la scène des vendanges ; c'est seulement que nos grâces mêmes sont le partage des occasions. Les sentiments naissent du sol et de l'époque, certes, mais sont comme sauvés par la sincérité qui nous les fait accueillir et partager sans les excuses des doubles intentions ou des méprises. Félix et Henriette, s'ils ne savent bien ce qu'ils désirent de l'autre, du moins ne savent se mentir.

Cette manière d'admettre les hasards de la vie sauve alors les amants du marivaudage. Nous aimerions donc que cette lecture, reprise, soit l'occasion d'une méditation sur ce que nous devons, dans nos sentiments mêmes aux hasards du monde.

Nous lirons le texte dans l'édition du Livre de poche (1461) ; mais toute édition fera l'affaire.


balzac_dupin_14_11_09.mp3 balzac-dupin.14-11.09.mp3  (150.86 Mo)

Présentation de l'atelier


"Balzac guérit de misanthropie ; c'est à cela qu'il est bon, par tous ces génies, enchaînés, en bas, en haut, partout inventeurs et poètes, et pensant selon leur forme et selon la pierre d'angle. Les bien comprendre, c'est toute l'affaire, et pardonner va de soi. J'ai remarqué que, même pour penser vrai des hommes, il faut les aimer de cette rude manière que Balzac nous apprend." Alain, Avec Balzac.


Lire Balzac
De Balzac, que nous reste-t-il en notre vie d'adultes? Quelques souvenirs d'écoles, de vagues figures, et des lieux communs que nous ne poussons guère, par la force des choses. Bien peu sans doute, pour qui ne fait profession de lire.

Pourtant, toujours, nous pensons à y revenir, comme à un pays qu'il faudrait malgré tout connaître un peu mieux que sur la foi des brefs aperçus de notre scolarité. Seulement le temps manque toujours, et nous oublions de pousser plus avant. Les routines littéraires étant ce qu'elles sont, on cédera alors à la "rentrée littéraire", puisqu'il faut être de son temps ; les livres sont brefs du reste, aujourd'hui, et ils ne menacent guère de nous instruire sur nous-mêmes, occupés qu'ils sont à nous conforter.

Mais pour qui voudrait se donner du champ, pour qui voudrait se donner le temps de lire en toute indifférence à la foire aux livres, que peuvent encore nous dire les noms de Rastignac, Goriot, Chabert, ou Vandenesse? Que peuvent-ils nous apprendre qui justifie l'admirable unité, l'admirable continuité de l'oeuvre ?

Cet atelier se propose de s'expliquer avec l'auteur de la Comédie humaine, de la manière la plus simple qui soit : nous vous proposerons chaque mois un roman à lire, ou à redécouvrir. Un samedi par mois, nous nous retrouvons alors en fin d'après-midi pour confronter nos lectures, autour d'un premier exposé.

Il ne s'agit pas d'enseigner la littérature (s'enseigne-t-elle du reste?) ; seulement de partager un goût commun, comme de s'encourager dans sa culture.


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