Un atelier de lecture régulier de l'Université conventionnelle autour de la Comédie humaine



L'atelier se déroulera le samedi 23 janvier, en fin d'après-midi (18-20h) ; à la maison des associations du onzième, 8 rue du général Renault, métro Voltaire ou Parmentier.


Le colonel Chabert (23/01/10)
Autant le dire immédiatement. Nous lirons avec ce court roman une histoire de fantômes et de revenants. Hyacinthe Chabert s'extrait en effet, au sens strict, d'une tombe et s'arrache de la montagne de cadavres des guerres napoléoniennes, pour venir, après des années d'errances, en pleine Restauration, réclamer son dû.

Que veut-il? Seulement qu'on lui rende la vie que la guerre et la politique ont détruite, retrouver sa place parmi les vivants, renouer avec un avenir qui consiste d'abord à lui accorder le droit d'un présent et d'un nom. Il ne trouvera qu'une nouvelle persécution et un exil final au pays des morts-vivants, c'est-à-dire à l'hospice. Retour à la case départ pour l'enfant trouvé dont la jeunesse fut une épopée militaire et sociale.

L'histoire, pour Balzac, ne peut, semble-t-il, que hanter la société, sans parvenir à en nourrir et étayer les oeuvres ; elle nous voue à l'existence spectrale du souvenir : sa place est dans l'ordre des symboles, et pas ailleurs. La place doit rester nette pour les passions et les guerres nouvelles, de société ou d'argent. Et que croyons-nous réellement devoir aux vieilles histoires? L'oubli est la politesse des ambitieux.

Roman du passé, mais aussi du droit, Le colonel Chabert paraît ainsi condamner toute oeuvre de justice à l'égard d'un passé dont la résurgence entrave sans cesse les vivants. Car la justice y est peinte dans ses complications et son impuissance même : instrument des forts contre les faibles, le tribunal et le code se font l'expression de la volonté de vivre et de s'imposer qui sépare le vieil honneur de Chabert de la ruse procédurière de la Comtesse, son ancienne femme.

Nous lirons le texte dans l'édition Folio classique (593) ; mais toute autre édition fera l'affaire.


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