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 <title>Distinctions élémentaires</title>
 <subtitle><![CDATA[un atelier de philosophie de l'Université conventionnelle animé par Jean-Michel Muglioni]]></subtitle>
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 <updated>2019-08-25T18:14:27+02:00</updated>
  <entry>
   <title>Textes pour le 10 et 24 novembre</title>
   <updated>2010-11-19T11:37:00+01:00</updated>
   <id>https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Textes-pour-le-10-et-24-novembre_a21.html</id>
   <category term="Commentaires" />
   <published>2010-11-19T11:19:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Michel Muglioni</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Choix de textes utiles à la réflexion entreprise dans les deux dernières séances.     <div>
      <b>ARCHIMEDE</b>.<span style="font-style:italic"> L’ARENAIRE.</span>       <br />
              <br />
       Tu te souviens que par le terme de monde - kosmos - la plupart des astronomes désignent la sphère ayant pour centre le centre de la terre et pour rayon la droite comprise entre le centre du soleil et le centre de la terre, car tu auras appris cela dans les démonstrations des astronomes. Aristarque de Samos, cependant, a publié quelques hypothèses (hupothe’siô’n tinôn) desquelles se déduisent pour le monde des dimensions beaucoup plus grandes que celles que nous venons de dire. Il fait l’hypothèse en effet que les étoiles fixes et le soleil restent immobiles, que la terre tourne autour du soleil selon une circonférence de cercle, le soleil occupant le centre de cette trajectoire…       <br />
              <br />
       Trad. Charles Mugler (Budé) modifiée.       <br />
              <br />
       <b>VICTOR BROCHARD</b> : <span style="font-style:italic">LES SCEPTIQUES GRECS</span> (1887, ouvrage salué par Nietzsche), Vrin 1959.        <br />
       (p.420-421)       <br />
              <br />
       « Jamais les anciens n’auraient consentis à employer ces mots [de science et de certitude] dans le sens que nous leur donnons aujourd’hui. Pour eux, savoir, c’est comprendre : or, il faut bien en convenir, dans les sciences de la nature, nous savons sans comprendre. »        <br />
              <br />
       « …Constat de corrélations dont la connaissance n’est pas compréhension des raisons qui font que les phénomènes s’accompagnent toujours… »,        <br />
              <br />
       « Extension du mot science aux connaissances de fait »        <br />
              <br />
       <b>SIMPLICIUS</b>. <span style="font-style:italic">COMMENTAIRE DU TRAITE DU CIEL D’ARISTOTE</span> :        <br />
              <br />
       « Platon admet en principe que les corps célestes se meuvent d’un mouvement circulaire, uniforme et constamment régulier ; il pose alors aux mathématiciens ce problème : quels sont les mouvements circulaires, uniformes et parfaitement réguliers qu’il convient de prendre pur hypothèse, afin que l’on puisse sauver les apparences présentées par les planètes »       <br />
              <br />
       Traduction Pierre Duhem, Vrin, <span style="font-style:italic">essai sur la notion de théorie physique de Platon à Galilée, sozein ta phainomena</span>. 1908.        <br />
              <br />
       <b>ALAIN</b>, <span style="font-style:italic">IDEES</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Platon, chapitre V, la caverne.</span>       <br />
              <br />
       Si nous regardons par la tranche une roue qui tourne, et qui porte en un de ses points un signal, nous croyons voir le signal allant et revenant, plus vite au milieu de sa course, moins vite aux extrémités; et nous ne pourrons comprendre ce mouvement tant que nous ne saurons pas ce qu'il est en réalité, c'est-à-dire le mouvement d'une roue. C'est à peu près ainsi que nous voyons la planète Vénus aller et venir de part et d'autre du soleil; et cette apparence est inexplicable jusqu'au jour où nous supposons un mouvement de cette planète à peu près circulaire autour du soleil.       <br />
              <br />
       <b>PASCAL</b>       <br />
              <br />
       (…) Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et plaine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. (…)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Textes-pour-le-10-et-24-novembre_a21.html" />
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  <entry>
   <title>Retour sur la discussion ayant suivi le cours du 31 mars 2010</title>
   <updated>2010-04-12T13:35:00+02:00</updated>
   <id>https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Retour-sur-la-discussion-ayant-suivi-le-cours-du-31-mars-2010_a16.html</id>
   <category term="Commentaires" />
   <published>2010-04-12T13:23:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Michel Muglioni</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
             <br />
       <b>PASCAL ET LA CONDITION DES GRANDS</b>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/Second-discours-sur-la-condition-des-Grands_a198.html">La distinction pascalienne entre le respect d’établissement et le respect d’estime</a> peut paraître choquante dans la mesure où elle n’est pas séparable chez lui de l’idée que les lois ne peuvent en aucune façon exprimer la vraie justice (celle du Royaume de Dieu) et sont nécessaires pourtant, quelque injustes qu’elles soient, parce que l’ordre établi vaut toujours mieux que la guerre civile.       <br />
              <br />
       Ainsi la pensée célèbre Br.298 Laf. 103 conclut : « <span style="font-style:italic">Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort soit juste.</span> »       <br />
              <br />
       Le peuple ignorant suit les lois de son pays parce qu’il les croit juste, le demi-habile est prêt à se révolter parce qu’il sait que ce n’est pas la vraie justice, l’habile au contraire sachant que la justice n’est pas de ce monde et qu’elle est inaccessible à la raison humaine reconnaît seulement la nécessité d’un établissement et demeure indifférent à ce qu’il peut avoir de particulier. « <span style="font-style:italic">En un pays on honore les nobles, en l'autre les roturiers ; en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets. Pourquoi cela ? Parce qu'il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant l'établissement : après l'établissement elle devient juste, parce qu'il est injuste de la troubler. </span>» D’un côté cette formulation démystifie complètement la politique et relativise radicalement les institutions. Mais d’un autre côté elle justifie l’obéissance à l’ordre établi quel qu’il soit. Oui, il ne faut pas croire en la politique ! Telle est la leçon de Pascal. Mais cela nous autorise-t-il à obéir à n’importe quel régime politique ? Une fois comprise la distinction pascalienne entre respect d’estime et respect d’établissement, faut-il admettre que le respect des lois se réduit au respect d’établissement tel qu’il le définit ? Telle est la question que finalement la discussion nous a amenés à poser.        <br />
              <br />
       Lorsqu’il s’agit du respect qu’on doit à un homme dans le cadre d’une institution, on comprend que le confondre avec le respect d’estime abolisse toute liberté du jugement et même ne puisse qu’aboutir au désordre. Si chaque élève dans une classe devait estimer son professeur avant de se tenir tranquille et de l’écouter, jamais aucun cours n’aurait lieu : sans institution et sans  respect d’établissement, aucune vie commune n’est possible. Nous comprenons aussi l’absurdité qu’il y aurait à vouloir que l’estime qu’on a pour un savant se manifeste par des signes extérieurs, comme de lui donner le moyen de circuler en carrosse ou dans une voiture entourée de motards. Nous comprenons aussi que confondre l’ordre extérieur et le royaume de Dieu, la justice humaine et la justice divine conduit au fanatisme et interdit de garder la liberté intérieure, la liberté du jugement. Nous savons que la hiérarchie sociale ne reflète pas la hiérarchie des esprits, d’autant que les meilleurs se moquent des honneurs et des richesses. Mais faut-il aller jusqu’au bout du propos pascalien et considérer que tout établissement est « respectable » du seul fait qu’il est établi, pourvu qu’en soi-même on se garde de l’estimer s’il n’est pas estimable ?       <br />
              <br />
       Pascal considère d’un côté que la justice est hors de notre portée (et d’abord hors de portée de notre raison), mais il dit d’un autre côté qu’il est finalement injuste de vouloir renverser les lois établies : nous en savons donc assez sur la justice pour nous imposer d’obéir au lieu de nous révolter ou seulement de nous opposer ? Pascal en réalité ne se contente pas de dire qu’il faut obéir à l’ordre établi parce qu’il est établi, il soutient qu’il est juste (ou devenu juste) de respecter l’ordre établi. Pour une explication de la position pascalienne (à partir de saint Augustin), lire l’ouvrage de Bernadette Marie Delamarre, <span style="font-style:italic">Pascal et la cité des hommes</span>, philo ellipses, 2001. Mais n’y a-t-il pas là une contradiction ?       <br />
              <br />
       Et finalement ce qu’il y a de « cynique » dans le propos pascalien ne rend pas vraiment compte de la tragédie qu’est l’histoire. Il y a en effet tragédie lorsque deux exigences légitimes se trouvent en conflit. Ainsi il est juste d’obéir aux lois parce que sans lois en effet les conflits des hommes ne peuvent se résoudre que dans une guerre continuelle entre eux. Il n’y a de justice que s’il y a des institutions. Sinon, c’est le règne des vengeances et donc de l’injustice. Mais si l’institution des lois donne à un despote ou à un groupe d’hommes quel que soit son nombre le pouvoir de spolier les autres, en quoi ceux-ci sont-ils encore obligés, puisque justement l’obligation d’obéir aux lois a pour fondement le bien commun et non celui d’un homme ou d’une caste ? La réflexion de Rousseau dans son second <span style="font-style:italic">Discours</span> porte sur ce problème : comment l’institution des lois a-t-elle pu être détournée de son sens de telle sorte que le droit garantisse la victoire des puissants et des riches ? Je rappelle que  Rousseau n’a jamais conclu que la révolution était une solution, au contraire… il considérait que la corruption de la France était telle qu’une révolution aurait des conséquences catastrophiques.       <br />
              <br />
       Mais laissons la distinction que nous venons de faire entre respect d’estime et respect d’établissement, et retenons seulement ceci que le respect que nous devons aux fonctions et aux hommes qui les remplissent ne doit pas être confondu avec un respect d’estime.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>FINALITE TECHNIQUE ET FINALITE MORALE</b>       <br />
              <br />
       Nous avons distingué finalité technique et finalité morale : le sens de la notion de fin et du rapport du moyen à la fin n’est pas le même dans les deux cas.       <br />
              <br />
       Dans l’ordre de la technique, la fin justifie les moyens ! Et alors cette expression ne peut pas être entendue en un sens péjoratif : mon but est d’aller à Marseille, le moyen est de prendre ma voiture. Le rapport entre le moyen et ce qu’il permet d’atteindre est l’efficacité. Tous les moyens qui permettent pour aller à Marseille sont bons, c’est-à-dire sont les moyens que cette fin ou ce but requiert si l’on veut l’atteindre. Si du moins j’ai décidé d’aller à Marseille.       <br />
              <br />
       J’ai dit : « tous les moyens qui permettent pour aller à Marseille sont bons », y compris par conséquent le vol d’une voiture ! Si ce moyen peut être réprouvé, c’est non pas en tant que moyen d’aller à Marseille, mais en tant qu’il est condamnable juridiquement ou moralement, et nous changeons de plan. Nous passons de l’ordre de la technique à celui de la moralité ou du droit.       <br />
              <br />
       On notera que dans l’ordre de la technique, il y a une relativité insurmontable. Aller à Marseille n’est pas une fin en soi : j’y vais pour autre chose que pour y aller, si je puis dire. Je peux y aller pour rencontrer quelqu’un, et alors ce qui était un but devient un moyen, mais le but (rencontrer quelqu’un) est encore un moyen en fonction du but qui est de récupérer l’argent qu’il me doit, et ainsi de suite à l’infini.        <br />
              <br />
       Au contraire ce qui est d’ordre moral échappe à cette relativité indéfinie des fins qui deviennent des moyens. Ce que permet de comprendre la distinction formulée par Kant entre impératif hypothétique et impératif catégorique : si je veux aller à Marseille, il faut que je trouve un moyen de transport. « Il faut » exprime un impératif technique, ici, et l’on voit que cet impératif, ce « il faut », cette nécessité technique, est subordonnée à une condition : que je veuille aller à Marseille. On dira donc que l’impératif technique est <span style="font-style:italic">hypothétique</span>.       <br />
              <br />
       Tant qu’on en reste à la relation de moyen à fin entendue au sens technique, on n’échappe pas à la relativité. Si maintenant nous disons qu’un être libre est fin en soi, nous cessons penser la finalité en termes de relation entre un moyen et une fin. Cela veut dire que s’il peut remplir une fonction et donc être un moyen en vue de… il ne s’y réduit pas. Alors la proposition « la fin justifie les moyens » est en effet aberrante puisqu’elle signifie qu’on peut commettre délits et crimes pour obtenir gain de cause, ce qui même si la cause est juste signifie bien qu’on réduit des hommes au rang de purs moyens. De là cette conclusion : si nous parlons en termes de finalité morale ou pratique et non technique, il faut dire que la liberté est en même temps un moyen et une fin : alors le rapport de la fin à ses moyens est d’un tout autre ordre que dans la technique.        <br />
              <br />
       On trouve une idée comparable lorsque Aristote, par exemple, remarque que le bonheur n’est pas un but extérieur à la pratique de la vie (comme un bien qu’on acquiert au bout d’un long temps d’efforts) mais qu’il n’y a bonheur que d’une vie heureuse et donc heureuse tout le temps de sa durée : en termes scolastique on pourrait dire que le bonheur est une fin immanente et non transitive.        <br />
       Ainsi beaucoup de nos confusions viennent de ce que nous confondons plusieurs types de finalité. Voilà donc encore des exemples de distinctions élémentaires…        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Retour-sur-la-discussion-ayant-suivi-le-cours-du-31-mars-2010_a16.html" />
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   <title>Séance du 31 mars 2010</title>
   <updated>2010-03-28T15:12:00+02:00</updated>
   <id>https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Seance-du-31-mars-2010_a15.html</id>
   <category term="Séances" />
   <published>2010-03-28T15:09:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Michel Muglioni</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Cette septième séance se déroulera au lycée Dorian, 74 avenue Philippe Auguste, en salle B10, de 19h30-21h30.     <div>
             <br />
       Nous reprendrons l’idée que la vérité de l’universel est dans sa signification <span style="font-style:italic">morale</span>, c’est-à-dire dans la reconnaissance en chacun de sa liberté : le respect mutuel. Nous reviendrons sur des distinctions déjà rencontrées : unanime et universel ; moral et psychologique ; rationalité pratique ou morale et rationalité théorique ou scientifique. Et pour élucider ces distinctions, je reviendrai sur la notion d’intime conviction, qui, à l’occasion d’un procès en Assises, vient d’être à nouveau utilisé à tort et à travers. Nous retrouverons par là l’idée d’une objectivité de la justice.        <br />
              <br />
       Chacun comprend en effet que s’il était vrai que les jurés doivent juger selon leur opinion et décider en l’absence de preuves réelles et sans se référer à la loi, mais selon leur évaluation subjective du crime, la justice ne serait qu’ne parodie de justice : ce qui veut bien dire qu’il est vain de prétendre que la notion de justice est subjective.       <br />
              <br />
       Après une rapide réflexion sur l’idée de dialogue, nous en viendrons à la notion de respect, que nous considérerons d’abord à partir de l<a class="link" href="http://www.univ-conventionnelle.com/Second-discours-sur-la-condition-des-Grands_a198.html">a distinction pascalienne entre respect d’établissement et respect d’estime.</a>       <br />
              <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Seance-du-31-mars-2010_a15.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Retour sur la discussion ayant suivi le cours du 21 octobre 2009</title>
   <updated>2009-11-08T14:56:00+01:00</updated>
   <id>https://www.univ-conventionnelle.com/distinctions/Retour-sur-la-discussion-ayant-suivi-le-cours-du-21-octobre-2009_a5.html</id>
   <category term="Commentaires" />
   <published>2009-11-08T14:50:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Michel Muglioni</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Une question a été l’occasion d’une distinction entre persuasion et conviction. Voilà un bel exemple de distinction élémentaire, c’est-à-dire fondamentale : sur laquelle le reste repose.     <div>
      L’usage qui est fait aujourd’hui de ces termes et des deux verbes correspondants est souvent confus puisqu’en général nous les utilisons à la place l’un de l’autre. (C’est la même chose pour obligation et contrainte comme nous le verrons une autre fois). Etre convaincu, dans la conversation ordinaire, peut vouloir dire la même chose qu’être persuadé. Et <span style="font-style:italic">convictions</span>, au pluriel, désigne toutes les croyances dont on est fortement persuadé. Alors on oppose à juste titre <span style="font-style:italic">convictions</span> et raison. Un mathématicien n’a rien à faire de ses convictions dans la pratique de sa science.       <br />
              <br />
       Mais le terme de conviction a gardé en français un autre sens, lorsqu’on dit d’un homme qu’il travaille ou parle <span style="font-style:italic">sans conviction</span> ou qu’il <span style="font-style:italic">manque de conviction</span> (au singulier cette fois), on veut dire qu’il ne croit pas ce qu’il fait, c’est-à-dire qu’il ne fait pas preuve de volonté dans ce qu’il entreprend. Le terme a donc un sens beaucoup plus fort que celui de persuasion. Ainsi ce que le droit français appelle <span style="font-style:italic">l’intime conviction</span> n’est pas une opinion personnelle ou subjective, même très forte, ou indéracinable. C’est une certitude d’un autre ordre : juger en fonction de mon intime conviction, ce n’est pas prétendre être infaillible, mais c’est être certain d’avoir fait tout ce qui est en mon pouvoir pour juger impartialement. « En mon âme et conscience », je peux me dire que je ne me suis pas laissé aller à mes opinions même les plus ancrées et les plus chères et que j’ai consulté ma raison. L’intime conviction résulte d’un examen de conscience par lequel on se juge soi-même, et chacun est seul à pouvoir mener ce débat intérieur, dans son for intérieur (<span style="font-style:italic">for</span> au sens de <span style="font-style:italic">forum</span>, mais intérieur par opposition au forum extérieur qu’est la place publique, lieu de toutes les passions) : rien ne peut ici remplacer la conscience dans ce qu’elle a de plus intime. C’est pourquoi la loi ne demande pas aux jurés de motiver leur décision mais de juger « en conscience ». A quoi correspond dans les pays de tolérance et non de laïcité le serment devant Dieu.       <br />
              <br />
       Je reviens donc à partir de cet exemple d’usage du mot conviction au sens que Pascal, suivant le meilleur usage de notre langue, donne aux verbes <span style="font-style:italic">persuader</span> et <span style="font-style:italic">convaincre</span> (<span style="font-style:italic">De l'esprit de la géométrie et de l'Art de persuader</span>).       <br />
              <br />
       La conviction entraînée par une démonstration de géométrie est d’un autre ordre que la persuasion produite par un orateur qui maîtrise de l’art de persuader, art que Pascal appelle art d’agréer.        <br />
       Dans le <span style="font-style:italic">Gorgias</span>, La rhétorique était déjà rangée par Platon dans la classe de la flatterie, comme la cuisine. L’orateur en effet persuade parce qu’il fait plaisir ou parce qu’il fait peur à son auditoire. Ce n’est pas la compréhension de la vérité qui emporte alors l’adhésion de la foule. L’orateur sait éveiller nos espoirs et nos craintes, il sait jouer sur le clavier des passions humaines, (jalousie, haine, désirs, ambitions, etc.) pour extorquer notre acquiescement. Il suffit de suivre une campagne électorale pour le comprendre. Ainsi les hommes se laissent séduire par des promesses dont pourtant ils n’ont jamais l’assurance qu’elles seront tenues, comme les malades prêts à croire celui qui lui promet la guérison. De là toutes les superstitions.        <br />
              <br />
       Je n’ai pas envisagé la question de savoir s’il peut y avoir outre la rhétorique des passions, une rhétorique argumentative, celle qui convient dans un débat d’idées. Je n’ai pas non plus rappelé que nous sommes aujourd’hui soumis à une rhétorique de l’image et non de la parole, et qu’en conséquence il est inévitable que notre rhétorique politique soit encore plus une rhétorique des passions et que la rhétorique argumentative paraisse désuète. Un débat d’idées est impossible lorsqu’il n’y plus en jeu que les affections humaines – et c’est une conséquence nécessaire de la nature des médias : la nature de l’image détermine son contenu.       <br />
       Je ne crois pas avoir indiqué que la politesse ne se réduit pas à l’hypocrisie : c’est une forme de rhétorique par laquelle nous apaisons les relations humaines, ce peut même être une façon d’être attentifs aux sentiments des autres pour ne pas les heurter.       <br />
       J’ai en outre remarqué l’autre jour qu’un professeur qui joue sur la motivation de ses élèves (comme on dit), les « manipule », tandis que si, par la clarté de son discours, il leur permet de comprendre une démonstration de mathématiques, laquelle entraîne leur conviction, alors il ne fait appel qu’à leur jugement : alors et alors seulement ils sont libres. On me permettra d’ajouter ici une remarque. Si la pédagogie est autre chose que la compétence scientifique, qui seule permet en effet de formuler la vérité avec toute la clarté possible, le meilleur enseignement est celui qui peut le plus se passer de pédagogie. Si au contraire il faut tout un corps de précautions ou de séductions pédagogiques pour obtenir un commencement d’attention, si donc la pédagogie a remplacé la discipline, alors l’enseignement est devenu impossible.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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