Un atelier de philosophie de l'université conventionnelle animé par Julien Douçot


Le familier, l'étrange, la magie 18/03/15

Dimanche 15 Mars 2015


La séance se déroulera le mercredi 18 mars 2015 de 21h à 23h à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


Le familier, l'étrange, la magie 18/03/15
Au cours de la dernière séance, nous avons examiné le procédé qui permet à la nouvelle fantastique de suggérer la présence d'un événement inexpliqué, d'un événement posant problème pour la pensée. Le propre du genre fantastique est d'indiquer, en-deçà de la série causale intelligible développée par le récit, l'existence d'une autre série – une série proprement incompréhensible, fondée sur la répétition, et qui mène à la folie. Un problème se pose alors : quelle est la nature de notre relation au monde pour qu'il puisse ainsi vaciller, et donner l'impression qu'un autre monde se dessine derrière le nôtre, comme un double-fond ?
 
Tel est le problème proprement philosophique que pose la littérature fantastique. Il s'agit d'un problème qui renvoie plus généralement à la question de ce qui rend notre monde familier. Comment naît la familiarité ? Et comment naît au contraire l'étrangeté qui brise notre familiarité avec le monde ? Nous tâcherons dans cette séance de développer deux hypothèses. Tout d'abord, nous distinguerons la familiarité et l'intelligibilité. Ce n'est pas parce que notre monde est familier que nous le comprenons. La familiarité relève davantage de l'accoutumance : il s'agit d'un phénomène lié à notre motricité et à nos habitudes corporelles, et à l'ensemble des actes que nous accomplissons quotidiennement.
 
Ensuite, nous tenterons de montrer que cette distinction entre familier et l'intelligible permet au fantastique d'exister. C'est parce que le monde familier est le simple effet d'une accoutumance qu'il peut basculer et devenir tout d'un coup étrange. Ainsi s'explique que tant de cultures aient pratiqué la magie, dans laquelle la littérature fantastique puise abondamment : c'est que la magie ouvre la possibilité d'un autre monde, ou d'une chaîne causale différente de celles auxquelles nous sommes habitués. Nous tâcherons enfin de découvrir comment la « pensée magique » en général permet le genre fantastique en particulier, dont elle n'est qu'une manifestation.
 
Ouvrages utilisés pour cette séance :
 
Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, P.U.F.
 
Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts, Folio-Essai.
 
Marcel Mauss, Esquisse d'une théorie générale de la magie, in Sociologie et anthropologie, P.U.F.
 
Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Plon (chapitre « Magie et religion »)
 
Edgar Poe, Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire.
 
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur.


 


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