Un atelier de philosophie de l'université conventionnelle animé par Julien Douçot


Qu'est-ce que le fantastique? Ou comment le monde peut-il vaciller? 05/03/15

Lundi 2 Mars 2015


La séance se déroulera le jeudi 5 mars 2015 de 20h à 22h à l'EDMP, 8 impasse Crozatier. L'entrée est libre et gratuite.


En définissant le fantastique, nous tenterons de montrer dans cette première séance qu'un genre littéraire peut poser un problème proprement philosophique. Mais en quel sens ? Il serait inexact de considérer que la littérature rejoint la philosophie uniquement lorsqu'un personnage de roman formule une doctrine ou une thèse à caractère philosophique (c'est le cas, par exemple, dans Dostoïevski). Si tel était le cas, la littérature se réduirait à une simple narration d'actions et d'événements, dans lequel viendrait parfois s'insérer des exposés qui refléteraient les « idées » des personnages. Le rapport entre littérature et philosophie semble bien plus profond. Il apparaît dans la manière dont chaque écrivain ou chaque genre développe un style qui lui est propre. Or il entre beaucoup d'éléments dans ce que l'on appelle traditionnellement un « style » : non seulement une musicalité et une façon de tenir la phrase, de la dilater ou de la contracter, mais encore une manière de découper la réalité et de prélever en elle ce qui est digne d'intégrer le récit.
 
C'est à ce dernier aspect du style que nous nous intéresserons, en nous demandant quel est le propre du style fantastique. Nous nous appuierons pour cela sur la nouvelle d'Edgar Poe « Le chat noir », tiré des Nouvelles histoires extraordinaires, traduites et publiées par Baudelaire. Nous verrons que le récit fantastique semble tout entier tendu vers une seule fin : il s'agit de rapporter un événement insolite qui suscite dans la pensée une question sans réponse, une question insistante et impossible à éviter. L'événement est-il explicable par la raison ? Est-il assimilable par la pensée humaine ? En ce sens, le style fantastique interroge notre assurance que le monde est intelligible. Il met en question la confiance que nous pouvons placer dans notre pensée, dans sa capacité à comprendre le monde, à l'habiter et à le maîtriser pour en faire un univers familier. Il nous force ainsi à dégager la nature de cette familiarité avec le monde, puisqu'il indique ce qui peut la faire vaciller jusqu'au point où la pensée est menacée de l'intérieur par la folie.
 
fantastique_et_philosophie_seance_1.mp3 Fantastique et philosophie séance 1.mp3  (157.32 Mo)