un atelier de lecture animé par Jean-Michel Muglioni


La séance aura lieu le mercredi 4 mai 2011, de 19h30 à 21h30, au lycée Dorian en salle B10. L'entrée est libre et gratuite.


La rationalité de l'expérience (04/05/11)
Kant s’interroge sur la question de savoir comment une connaissance a priori est possible : le seul exemple des mathématiques - du moins pour celui qui les pratique ! – impose une réflexion sur ce que c’est qu’une connaissance rationnelle pure. Nous tenterons de comprendre le sens de l’interrogation kantienne et à partir de là, de l’idée de la raison qu’elle permet de formuler. Toute grande philosophie est en effet l’élucidation de l’idée de la raison.

L’interrogation sur les mathématiques est inséparable d’une interrogation sur la physique, puisqu'elle est d’abord une science mathématique, expérimentale certes, mais expérimentale parce que mathématique. De là une autre formulation de la question de savoir ce que c’est qu’une connaissance rationnelle : comment une connaissance rationnelle ou a priori de l’expérience est-elle possible ? Que signifie une telle question ? Il va falloir réfléchir sur la rationalité de l’expérience, c’est-à-dire refuser une théorie « empiriste » de l’expérience.

On pourra s'appuyer pour mieux saisir le problème sur une page de Descartes.


DESCARTES. Méditation sixième, dernière page.

Cette page de Descartes permet de comprendre que la certitude que nous avons que le monde existe suppose plus que les seules données sensibles : tout un travail de la raison est nécessaire pour distinguer le rêve et la veille

[...] Et je dois rejeter tous les doutes de ces jours passés, comme hyperboliques et ridicules, particulièrement cette incertitude si générale touchant le sommeil, que je ne pouvais distinguer de la veille : car à présent j'y rencontre une très notable différence, en ce que notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns aux autres et avec toute la suite de notre vie, ainsi qu'elle a de coutume de joindre les choses qui nous arrivent étant éveillés. Et, en effet, si quelqu'un, lorsque je veille, m'apparaissait tout soudain et disparaissait de même, comme font les images que je vois en dormant, en sorte que je ne pusse remarquer ni d'où il viendrait, ni où il irait, ce ne serait pas sans raison que je l'estimerais un spectre ou un fantôme formé dans mon cerveau, et sem­blable à ceux qui s'y forment quand je dors, plutôt qu'un vrai homme. Mais lorsque j'aperçois des choses dont je connais distinctement et le lieu d'où elles viennent, et celui où elles sont, et le temps auquel elles m'apparaissent, et que, sans au cune interruption, je puis lier le sentiment que j'en ai, avec la suite du reste de ma vie, je suis entièrement assuré que je les aperçois en veillant, et non point dans le sommeil. Et je ne dois en aucune façon douter de la vérité de ces choses là, si après avoir appelé tous mes sens, ma mémoire et mon entendement pour les examiner, il ne m'est rien rapporté par aucun d'eux, qui ait de la répugnance avec ce qui m'est rapporté par les autres. [...]




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Jean-Michel Muglioni Dimanche 1 Mai 2011

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