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Un atelier de philosophie de l'Université Conventionnelle animé par Jean-Michel Muglioni



La neuvième séance de l'atelier aura lieu le mercredi 6 avril 2016 de 19h30 à 21h30, à la Maison des associations du 11ème arrondissement, 10 rue du général Renalt, Paris XIème. L'entrée est libre et gratuite.


Le temps, l'espace, la perception, 06/04/16
J’ai donné à lire la dernière fois le chapitre XVI des Eléments de philosophie, intitulé le sentiment de la durée, qui est une réponse à Bergson. 

Nous allons réfléchir sur la mesure du temps pour prendre conscience de l’irréductibilité du temps à l’espace, et donc de l’intériorité sur l’extériorité, afin de fonder l’affirmation selon laquelle pourtant le rapport à l’espace, au monde, au mouvement des astres, aux calendriers, aux institutions de la cité, est nécessaire à la conscience que nous avons du temps.

L’intérieur n’est rien sans l’extérieur, la conscience n’est rien sans son rapport au monde. Il faut toujours revenir à la perception. L’idée d’une pensée qui pourrait se ressaisir par l’intuition d’elle-même n’a donc pas de sens. 

Benjamin interviendra pour nous aider à comprendre comment la physique mesure ou non le temps.
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La huitième séance de l'atelier aura lieu le mercredi 23 mars 2016 de 19h30 à 21h30, à la Maison des associations du 11ème arrondissement, 10 rue du général Renalt, Paris XIème. L'entrée est libre et gratuite.


ll n’y a pas plus d’images-souvenir que d’images produites par l’imagination, 23/03/16
Nous allons faire un détour par une réflexion sur la mémoire : là encore, nous pourrons avancer sans avoir besoin de supposer des images-souvenirs qui seraient conservées en nous. Alain va jusqu’au bout du paradoxe qu’est la négation des images mentales ou cérébrales. Et par là il s’oppose à son contemporain, Henri Bergson.

Il suffit de lire les développements du livre premier des 
Eléments de philosophie qui figurent aux chapitres XII à XVII.



 
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La septième séance de l'atelier aura lieu le mercredi 9 mars 2016 de 19h30 à 21h30, à la Maison des associations du 11ème arrondissement, 10 rue du général Renalt, Paris XIème. L'entrée est libre et gratuite.


"Il n'y a point d'images, que des objets imaginaires" 09/03/16
Nous avons vu l’imagination à l’œuvre dans la perception, soit qu’elle y concoure, par exemple dans la perception d’un dé ou d’une distance, soit qu’elle nous fasse croire que nous voyons le disque lunaire grossi alors que nous ne le voyons pas grossi. Nous allons maintenant suivre la réflexion d’Alain sur l’imagination, qui est sans doute ce qu’il a proposé de plus original : « quelle nouveauté choquante !», écrit-il dans Histoire de mes pensées.

Ce qui choque, c’est l’idée qu’il n’y a pas d’images produites par l’imagination, mais que l’imagination consiste à interpréter les représentations qui nous sont offertes par le monde et notre corps : nous n’imaginons jamais qu’à travers le monde que nous avons autour de nous et à travers nos passions. C’est pourquoi aussi l’imagination créatrice n’est rien sans un travail à même une œuvre – laquelle n’est pas la reproduction d’on ne sait quel musée imaginaire que l’artiste aurait préalablement conçu en lui-même.

Nous comprendrons ainsi l’unité de l’imagination dans la perception, le rêve ou la rêverie, et la fiction ou la création.

 
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La sixième séance de l'atelier aura lieu le mercredi 10 février 2016 de 19h30 à 21h30, à la Maison des associations du 11ème arrondissement, 10 rue du général Renalt, Paris XIème. L'entrée est libre et gratuite.


L'objet, la perception et le délire : pourquoi faudrait-il "rester prolétaire" dans ses moindres pensées? 10/02/16

Nous lirons un propos d’Alain sur le rapport de la raison et de l’expérience. Que signifie ceci que notre pensée divague dès qu’elle n’est plus attentive aux objets et qu’au lieu de revenir toujours à la perception du monde, elle prétend pouvoir décider seule de ce qui est ? 

Nous verrons comment une philosophie de l’entendement, qui n’est pas empiriste, c’est-à-dire ne considère pas que nos idées nous viennent des sens, refuse pourtant de séparer la pensée de l’expérience.

Alain formule ainsi une idée de la philosophie : penser n’est pas seulement discourir, obéir aux lois du discours, argumenter, c’est toujours revenir à la perception. Car dès que nous ne sommes plus pour ainsi dire lestés par notre rapport au monde, nous rêvons, nous délirons. Et rien n’est plus logique en un sens que le délire.
 
De là aussi des réflexions sur le travail, c’est-à-dire la transformation réglée de la matière, seul remède à nos superstitions. Nous comprendrons l’opposition du bourgeois et du prolétaire. Le bourgeois vit de signes, de persuasion : ainsi l’avocat ou le professeur, ou le mendiant. La matière délivre le prolétaire de la croyance magique, selon laquelle on peut agir sur les choses par des signes. Mais qui sait rester prolétaire dans toutes ses pensées ? Et l’usage de nos nouvelles technologies est-il un travail en ce sens ?

Le lecteur tirera profit de la lecture de cette page, ainsi que de celle-là.



 
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Alain, Propos du 14 mai 1924.


"Les miracles sont toujours contés. Cela ne fait pas qu'on y croit moins, tout au contraire."
Les miracles sont toujours contés. Cela ne fait pas qu’on y croie moins ; tout au contraire. Il nous semble que l’esprit humain a des règles pour décider du possible et de l’impossible ; et cela est vrai en un sens. L’homme qui perçoit ne cesse pas de surmonter des apparences et de chercher la chose. Ce genre d’attention, que l’on voit dans le chasseur, dans le marin, dans le guetteur, c’est l’incrédulité même. Ici la raison s’exerce, parce qu’elle a un objet. Mais si l’homme fuit devant l’apparence ou s’il frappe la terre de son front, ou s’il se couvre la tête de sa tunique ou de son drap de lit, la règle du possible et de l’impossible est comme perdue. Il se fait à lui-même des contes, et se croit lui-même ; il contera aux autres cet événement qu’il n’a point vu, et les autres le croiront ou non, selon la confiance, selon l’amitié, selon le désir, selon les passions ; non point selon l’expérience.
 
L’idée de l’expérience ne remplace nullement l’expérience. Je pense à un cheval volant ; cette expérience, qui est seulement supposée, n’a point de consistance. Je ne saurais dire comment les ailes tiennent au squelette ; je ne vois point la place, ni le volume des muscles puissants qui mettraient ces ailes en mouvement. Je ne constate rien. Cela est familier. Mais on ne pense point assez que, si je veux imaginer un cheval galopant, je n’approche pas davantage de ce que l’on appelle percevoir ou constater. Le choc des sabots, la violence faite au sol, le jeu corrélatif des muscles, les cailloux lancés, tout manque ; ce n’est qu’un discours que je me tiens à moi-même. La raison ne s’exerce nullement sur un discours comme sur une chose. Ce sont mes préjugés qui décident alors, et non point mes idées. En vain j’essaie, sur de tels exemples, de croire comme il faut et de douter comme il faut. Peut-on sculpter sans une pierre ? Non, parce que tout manque ; parce que l’outil ne trouve point résistance. De même l’homme ne peut penser sans la chose. Ce fut en hiver, et en pays neigeux, que Descartes se mit à penser à la neige ; en été, et sous le soleil chaud, il aurait pensé de la neige n’importe quoi.
 
On dit bien que, si je voyais un cheval volant, je devrais raisonnablement accorder mes idées à ce spectacle nouveau. Et très certainement je le ferais. C’est ce que fait le médecin pour tout malade, car rien au monde jamais ne recommence. Je vois un homme ; si je le perçois d’après une idée toute faite, je le prendrai pour un autre ; mais la moindre attention y remédie. Me voilà à penser en percevant ; en un sens d’après mes idées ; mais aussi je les plie et je les conforme à la chose. La vraie géométrie nous enseigne là-dessus ; car ses formes rigides ne sont que préparation à saisir toute forme, et toute courbe par des droites. Si le gibier rompt le filet, c’est le chasseur qui a tort.
 
Maintenant vous me demandez de plier mes idées à un récit. Comment ferais-je ? Je n’en puis même pas former une idée, je ne puis que croire tout à fait ou douter tout à fait. C’est folie de croire qu’une pensée vraie puisse se continuer seulement une minute, et par pure dialectique, dès qu’elle perd le contact de l’expérience réelle. La raison est virile devant l’objet, puérile devant le récit. Cette idée-là est la plus importante que l’on puisse trouver à lire Kant, mais la plus cachée aussi. Je ne la trouve point assez marquée, ni même bien saisie en ces savants mémoires où l’on a célébré ces temps-ci le centenaire du penseur de Kœnigsberg.

 

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