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Un atelier de philosophie de l'Université Conventionnelle animé par Jean-Michel Muglioni


Le temps et l'espace, suite, 10/05/16 (attention la séance a lieu exceptionnellement un JEUDI)

Mercredi 27 Avril 2016


La dixième séance de l'atelier aura lieu le jeudi 10 mai 2016 de 19h30 à 21h30, à la Maison des associations du 11ème arrondissement, 10 rue du général Renalt, Paris XIème. L'entrée est libre et gratuite


Le temps et l'espace, suite, 10/05/16 (attention la séance a lieu exceptionnellement un JEUDI)
Nous allons reprendre la réflexion bergsonienne sur l’irréductibilité du temps et de l’espace. Mais au lieu de suivre Bergson jusqu’à l’idée d’une intuition qui permet à l’esprit de se retrouver entièrement lui-même sans se rapporter au monde extérieur, et ainsi se diviniser – car l’ambition philosophique de Bergson est une grande chose – nous nous contenterons de notre condition d’homme : je ne peux prendre conscience de moi-même qu’en me situant dans le monde, de sorte qu’intériorité et extériorité sont inséparables.
 
Nous relirons une des dernières pages des Méditations de Descartes pour revenir à Alain et à l’idée que la mémoire elle-même suppose le monde. Ce qu’expose la chapitre XVI des Eléments de philosophie, intitulé Le sentiment de la durée, qui est une réponse à Bergson.
 
Descartes Méditation VI

Et certes cette considération me sert beaucoup, non seulement pour reconnaître toutes les erreurs auxquelles ma nature est sujette, mais aussi pour les éviter, ou pour les corriger plus facilement : car sachant que tous mes sens me signifient plus ordinairement le vrai que le faux, touchant les choses qui regardent les commodités ou incommodités du corps, et pouvant presque toujours me servir de plusieurs d’entre eux pour examiner une même chose, et outre cela, pouvant user de ma mémoire pour lier et joindre les connaissances présentes aux passées, et de mon entendement qui a déjà découvert toutes les causes de mes erreurs, je ne dois plus craindre désormais qu’il se rencontre de la fausseté dans les choses qui me sont le plus ordinairement représentées par mes sens. Et je dois rejeter tous les doutes de ces jours passés, comme hyperboliques et ridicules, particulièrement cette incertitude si générale touchant le sommeil, que je ne pouvais distinguer de la veille : car à présent j’y rencontre une très notable différence, en ce que notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns aux autres et avec toute la suite de notre vie, ainsi qu’elle a de coutume de joindre les choses qui nous arrivent étant éveillés. Et, en effet, si quelqu’un, lorsque je veille, m’apparaissait tout soudain et disparaissait de même, comme font les images que je vois en dormant, en sorte que je ne pusse remarquer ni d’où il viendrait, ni où il irait, ce ne serait pas sans raison que je l’estimerais un spectre ou un fantôme formé dans mon cerveau, et semblable à ceux qui s’y forment quand je dors, plutôt qu’un vrai homme. Mais lorsque j’aperçois des choses dont je connais distinctement et le lieu d’où elles viennent, et celui où elles sont, et le temps auquel elles m’apparaissent et que, sans aucune interruption, je puis lier le sentiment que j’en ai, avec la suite du reste de ma vie, je suis entièrement assuré que je les aperçois en veillant, et non point dans le sommeil. Et je ne dois en aucune façon douter de la [72] vérité de ces choses-là, si après avoir appelé tous mes sens, ma mémoire et mon entendement pour les examiner, il ne m’est rien rapporté par aucun d’eux, qui ait de la répugnance avec ce qui m’est rapporté par les autres. Car de ce que Dieu n’est point trompeur, il suit nécessairement que je ne suis point en cela trompé.


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