Un atelier de l'Université conventionnelle animé par Frédéric Dupin autour de la République de Platon


Présentations du cours


"La seule façon qu’ait un homme de prouver qu’il est intelligent est d’avoir été heureux." Montherlant



Notice du cours de l'année 2013-2014
Après un an d'interruption, l'atelier reprend durant le second semestre de l'année 2013-2014, pour une demi-douzaine de séances à l'EDMP, en général les jeudis soirs, à l'EDMP, 10 impasse Crozatier, Paris XIIème. L'entrée est libre et gratuite.

Où en étions-nous arrivés?

Nous avons consacré l'année précédente à une lecture des livres VIII et IX de la République. Il s'est donc agi, en suivant le fil continu des cités injustes, de conduire une réflexion sur l'idée de décadence, et sur la place des idées dans l'histoire. En décrivant successivement les cités imparfaites, Platon propose en effet une réflexion sur les sources de la corruption et de la dégradation de l'ordre politique : celles-ci naissent toujours d'une certaine fatalité frappant l'éducation, de moins en moins bien conduite puisqu'il revient toujours à des pères fautifs d'éduquer leurs fils. Il n'y a donc pas à s'étonner de ce que le monde va mal : nul n'a su nous en expliquer d'abord correctement la marche, et nous ne cessons de courir après les lacunes de nos ainés.

Cette méditation sur le cours des choses humaines se doublaient encore chez Platon d'une tentative symétrique pour penser notre vie morale, c'est-à-dire les tours et détours de nos exigences. La cité est ainsi une image agrandie de l'existence individuelle. L'homme le plus tempéré a ainsi ses moments d'ambitions et d'avarice, d'incohérence comme de fidélité. Il s'agit alors de comprendre la raison de nos humeurs, et le chemin par lequel les guider et peut-être s'en rendre maître. Il ne sert à rien en effet de réclamer d'un envieux qu'il se fasse généreux en un claquement de doigt. De même que la politique possède sa fatalité propre, une mécanique morale pèse sans cesse sur nos volontés : ainsi l'honneur engendre-t-il l'avarice ; et l'indifférence la tyrannie.

Le livre X et la question de la meilleure des vies

Notre ambition cette année sera de mener notre lecture de l'ouvrage à son terme, c'est-à-dire de lire et commenter le livre X. Si son intelligence nécessitera de revenir sur les pages du livre IX où Socrate récapitule l'ensemble du parcours, cette ultime partie du propos ne constitue pourtant pas une conclusion en n'importe quel sens. On verra en effet qu'elle développe une réflexion autonome et d'une rare profondeur sur le sens de notre liberté.

Mais parler de liberté sera peut-être trompeur : car les anciens ne pensent la question morale qu'à l'aune de son objet principal, notre propre vie. Ils ne se perdaient point dans le narcissisme philosophique, et allaient droit à l'essentiel : quelle vie vivre? Comment bien vivre? Nulle trace donc d'existentialisme ou d'inquiétude "métaphysique". L'objet de l'interrogation morale porte sur la "meilleure des vies", et tel est bien l'objet de la République dans son ensemble, et particulièrement de son dernier livre.

L'année en évoquera ainsi les moments essentiels, de la réflexions sur la poésie, qui nous amènera à comprendre en quoi les traditions et les romans obscurcissent notre jugement moral, jusqu'au mythe d'Er le Pamphylien, où notre condition terrestre est dépeinte à partir d'une vision de l'après-vie. Car s'il n'y a pas d'autre vie que la nôtre, peut-être seul le point de vue des morts permet-il de la juger réellement.



Présentations du cours


« Toute utopie bien construite ne peut réellement constituer qu’une anticipation quelconque envers la réalité ; tandis que celles qui sont vicieuses consacrent toujours des rétrogradations impossibles. » Comte, Système de politique positive, tome IV, page 304.



Notice du cours (2012-2013)
L'année précédente a été occupée par la lecture du livre VII. Ce fut l'occasion de passer du temps sur l'allégorie de la caverne, qui est peut-être la page la plus célèbre de toute l'oeuvre de Platon, comme de réfléchir sur la philosophie des sciences que dessine la fin du livre.

Par bien des aspects, nous voyons donc accompli le projet initial, formulé au début du livre II : Nous avons caractérisé la cité idéale afin de penser la justice, dans l'homme comme dans la cité. Le meilleur régime est celui où celui qui a une connaissance certaine du souverain Bien gouverne et légifère. Réciproquement, l'homme juste est celui chez qui tous les actes et toutes les pensées sont régis par une connaissance claire du vrai Bien. Un tel résultat peut sembler bien mince, il doit pourtant éveiller l'attention.

Dire que la justice réside dans le gouvernement du meilleur, attribuer à la connaissance morale une vertu cardinale, c'est marquer l'horizon et l'idéal d'un progrès personnel : on ne pourra jamais se dire quitte de la philosophie, ni se tenir pour savant tant qu'on n'aura pas atteint le dernier terme de l'échelle des savoirs. Mais simultanément, c'est frapper d'insuffisance toutes les cités et toutes les vertus réelles. Telle est la vertu d'un idéal, ou de ce qu'on appelle une utopie, que d'orienter la pensée, et de délivrer des fausses idoles.

Déclin de l'idéal et nécessité de l'utopie

La réflexion de l'année, qui s'attaquera à l'ensemble que constituent les livres VIII et IX, sera donc une réflexion sur l'histoire humaine. On suivra en effet Platon dans la description du délitement nécessaire de la cité idéale sous l'influence de l'usure du temps, et on interrogera la succession de progrès et de déclin à laquelle se trouve vouée nos vies comme nos constructions sociales.

On abordera ainsi probablement l'année par une réflexion sur la notion d'utopie, et sur son sens politique et historique.


Attention, le cours ne se tiendra cette année qu'au premier semestre, d'octobre à décembre 2012.



Présentations du cours


"La dialectique est ce qui frappe dans Platon. C'est l'art d'arriver à quelque vérité par discours coupés, définitions, propositions, objections. Aristote dira qu'il reste un peu d'idolâtrie et de sophistique dans ce culte du discours. Mais il est déjà évident que Platon prend souvent ces discussions comme une gymnastique seulement. Qui n'a point joué longtemps avec les mots, les combinant et les opposant de mille manières, n'est pas à l'abri d'un argument bien composé. Mais ces exercices, où nous devons cherché la vraie rhétorique, veulent plus de patience que le lecteur d'aujourd'hui n'en a. Les abords de Platon sont bien défendus, peut-être avec intention, par haine des improvisateurs. Alain, Abrégés pour les aveugles.


Notice du cours (2011-2012)
L'année précédente a été occupée par la question du paradoxe. Les trois "vagues", ces trois thèses formulées par Socrate à l'orée du livre V, relance en effet la réflexion d'une manière curieuse. L'égalité des hommes et des femmes, la communauté des familles, le gouvernement des philosophes enfin, tout cela devait apparaître comme quelques uns de ces paradoxes et énoncés bizarres qui sont le propre de la philosophie. Pourquoi le philosophe est-il donc un homme de paradoxes? Est-ce par goût de l'originalité, volonté puérile de se faire remarquer en ne pensant pas comme tout le monde? Ou est-ce que méditant sur le réel, il découvre que les choses ne sont pas ce qu'elles sont? L'expérience de la philosophie est donc, pour Platon, une affaire de courage en un sens, et de persévérance : sommes-nous capables d'affronter la solitude associée à l'effort véritable de penser? Nous voyons que nous sommes ici à l'entrée de la célèbre caverne, qui, ouvrant le livre VII à la fois résume la réflexion sur le bien amorcée plus haut, et prépare le plan d'éducation que Platon va décrire lorsqu'il va s'agir de former les philosophes rois.

L'année à venir sera ainsi essentiellement consacrée à la lecture du livre VII.

C'est un passage dense et parfois un peu abstrait puisque Socrate va y détailler à la fois un plan éducatif, une institution scolaire si l'on veut, et une revue critique des sciences accessibles à l'homme : une philosophie des sciences culminant dans la caractérisation de la science suprême, propre au philosophe, la dialectique. Il nous faudra ainsi comprendre pourquoi, en matière d'éducation, on ne saurait séparer la question de la transmission, de la pédagogie, et celle de la nature même du savoir. Mais nous ne devrons pas pour autant oublier le sens et la portée du livre VII dans la perspective globale de l'oeuvre. Le projet éducatif platonicien ne cesse jamais en effet d'être lié à une conception de la morale et de la politique qui gouverne l'ensemble des développements. En réfléchissant sur la science et sa perfection propre, il s'agit toujours de poser la dépendance de la justice à l'égard de la capacité à penser le vrai. Aussi les questions éducatives ne sont-elles pas simplement un domaine parmi d'autres de la réflexion morale et politique, mais en constitue le coeur. Car la pensée est toute de préparation, et l'erreur se montre dès qu'on pense pouvoir jouir d'un savoir sans l'avoir construit soi-même dans le temps indéfinie de l'instruction de soi par soi.

C'est à l'analyse patiente de ce noeud de problèmes que nous consacrerons la dizaine de séances de l'année. Nous nous autoriserons, comme d'habitude, les parenthèses et les digressions nécessaires, de manière à ce que la lecture de Platon ne constitue pas une fin en elle-même, mais soit toujours l'occasion de s'instruire sur le monde et sur soi.


Présentations du cours


Abordant la troisième année de cette lecture collective, que faudrait-il retenir qui puisse nous encourager à persévérer?


Notice du cours (2010-2011)
Nous avions pu d'abord lire dans les deux premiers livre une réflexion sur la justice en ce que, courant sur toutes les lèvres, et justifiant jusqu'aux paresses des uns et aux calculs des autres, son idée n'était pas seulement comprise par la plupart. Penser le juste en tant que tel supposait donc une émancipation des opinions intéressées qui nous le peignent d'une manière propice à nos intérêts. Concevoir une cité juste, et faire, en quelque sorte, le vaste détour par la législation et la réflexion politique, pouvait permettre de voir enfin clair. C'est le parcours que nous avons suivi du milieu du Livre II à la fin du livre IV. Ce dernier culmine en effet dans la définition de la justice comme harmonie et équilibre, en la cité comme en l'âme, des grandes parties, analogues, de chacune. L'injustice apparaît alors comme un trouble et un désordre qui exprime un mal intime. Comment croire alors l'injuste heureux, si son injustice est justement une maladie et une diminution de son être?

A ce point Socrate voudrait conclure par un tableau des vices de l'homme : anticipation des livres VIII à X, mais voici que les auditeurs, et Polémarque d'abord l'arrête. Un pan de la cité parfaite reste dans l'ombre, un aspect du juste fait défaut : qu'en est-il en effet des femmes? et de la famille? et des chefs? Trois problèmes fondamentaux qui vont retarder toute conclusion et occuper les livres centraux (V à VII) que nous aborderons donc cette année.

A bien des égards, ces trois livres (V, VI, VII) constituent en effet un sommet de l'oeuvre platonicienne, par la qualité de leur composition et leur extraordinaire profondeur. Nous invitons qui voudra à nous accompagner dans leur exploration.

Le cours se déroulera par quinzaine les jeudi soir, de 20h à 22h au lycée Dorian ; les fichiers audios seront désormais librement téléchargeables sur le blog de l'atelier.


Présentations du cours


"La République de Platon est devenue proverbiale, comme exemple prétendu frappant d'une perfection imaginaire qui ne peut avoir son siège que dans le cerveau d'un penseur oisif..." Kant


Notice du cours (2009-2010)
L'année précédente a été essentiellement dominée par l'idée morale de justice. Nous étions en effet parti du mythe de Gygès pour jeter un éclairage suffisant sur nos morales communes, faites d'expédients et de transactions plus ou moins inavouables. Céphale, Polémarque, Thrasymaque, les différents interlocuteurs du livre I de la République, nous sont ainsi apparus comme autant de moments de nos propres débats intérieurs, quoique toujours en deça du problème véritable de la justice, en deçà de la question de principe qui la constitue. Qu'au fond les calculs de l'économie ou du pouvoir ne nous apprennent rien sur le juste et l'injuste, c'était ce qu'il fallait comprendre en restituant la faiblesse indépassable des demi-arguments qui résument nos opinions courantes. Cette leçon de morale n'en était pas une, ou plutôt, pouvait-elle être comprise comme une leçon de défiance à l'égard de soi-même.

Poursuivant ce détour, et en cela fidèle à la voie que trace Socrate dans l'ouvrage, nous occuperons cette année à une réflexion sur le sens politique de la justice. Socrate n'invite-t-il pas en effet à regarder la cité comme une image agrandie de l'âme humaine, et ainsi à juger de nos vices et de nos vertus par celles de l'organisation sociale? Mais que peut bien nous apprendre sur nous-mêmes les histoires de paysans, de cordonniers et de gardiens qui absorbent bientôt les participants du dialogue? Nous chercherons ainsi d'abord à éclairer le sens de ce détour avant d'avancer dans la construction abstraite de l'idée de cité parfaite, cité idéale, qui en cela, sera la cité vraie ; la seule réelle. Nous avancerons ainsi progressivement dans les livres II à V où se développe avec le plus de netteté cette interrogation, avant que les livres centraux n'aborde la question cruciale de l'éducation du philosophe.

Ce blog accueillera les différentes séances : il renverra, le cas échéant, aux textes étudiés mis en ligne sur le site principal de l'Université conventionnelle.
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