Un atelier de l'Université conventionnelle animé par Frédéric Dupin autour de la République de Platon



Cette dernière séance de la saison se déroulera le jeudi 12 juin 2014, à la Maison des associations du 11ème, 8 rue du général Renault, de 19h30 à 22h. L'entrée est libre et gratuite.


La vie après la mort et la vie pendant la vie... 12/06/14
Je conclurai ce jour cette saison de lecture un peu erratique (je m'en excuse!) de la République par une réflexion sur le dernier mouvement de l'ouvrage. Le livre X conclut en effet la réflexion sur la justice par une méditation de nature religieuse sur les récompenses qui attendent l'homme juste après la mort et les châtiments réservés aux méchants.

Ces pages sont d'autant plus étranges si l'on se souvient que le dialogue a véritablement commencé, au livre I, lorsque le vieux Céphale prend congé de l'assistance pour aller sacrifier aux dieux. Par là, il fallait comprendre que l'interrogation philosophique suppose que l'on abandonne le souci de soi et l'inquiétude du salut ; c'est en "fils de la terre" que Socrate discute de la justice. Quel sens accorder donc au retour du thème de l'après vie dans le contexte final d'une réflexion morale?

Nous verrons que Platon philosophe sur la mort non pas comme sur un dehors ou une limite extérieure devant révolutionner l'intelligence de notre liberté, en ce sens il n'y a pas de "révélation" à attendre de notre mortalité, mais bien comme la métaphore et l'image même de notre existence terrestre. Aussi la vie après la mort constitue-t-elle peut-être avant tout l'idée à partir de laquelle penser "la vie pendant la vie".

Immortalité et mortalité de l'âme

La séance s'appuiera particulièrement sur deux passages. Nous lirons d'abord les pages où Socrate propose une démonstration de l'immortalité de l'âme en [610a-611a] Le superstitieux et le devot pourraient toutefois bien rester ici sur leur faim... Car loin d'asseoir une théologie, l'argumentation platonicienne vise essentiellement à distinguer la vie de l'âme de celle du corps. Il s'agira donc d'abord de comprendre que l'âme meurt de lâcheté et d'injustice, comme le corps de maladie. En ce sens, penser l'immortalité de l'âme n'est point réfléchir à la permanence de notre personnalité. C'est comprendre que la mesquinerie et le calcul ne sont point la vie pour un véritable esprit, mais une mort vivante.

Nous aborderons alors le passage célèbre où l'âme, ainsi distinguée de "l'identité personnelle" ou du "caractère" d'un homme, est comparée à une statue engloutie, recouverte des mille scories de l'océan [611d-612b]. Nous devrons ainsi émonder l'âme des attributs du corps comme des vissicitudes de l'existence commune pour découvrir sa vraie nature, qui est essentiellement désir et éros.

Nous terminerons donc cette année de lectures intermittentes au bord du mythe d'Er, récit conclusif où converge l'ensemble des thèmes de l'oeuvre.




republique__6__4.mp3 République (6)-4.mp3  (103.47 Mo)


La séance se déroulera à l'EDMP, 10 impasse Crozatier, Paris XII, le mercredi 14 mai 2014, de 20h à 22H. L'entrée est libre et gratuite.


La poésie et les dangers de l'imitation (14/05/14)
Après une longue interruption, nous reprendrons la lecture de la République en abordant un passage célèbre de l'ouvrage : la condamnation des poètes et de leur art à l'orée du livre X. L'analyse de l'imitation (mimésis) doit en effet nous apprendre à mesurer combien nos choix moraux, nos choix de vie, sont d'abord essentiellement tributaires des apparences peintes par les poètes. Nous retrouvons ici un thème évoqué à de multiples occasions dans cet atelier (voir par exemple cette séance.

Mimesis et liberté

Et c'est qu'au-delà d'une réflexion sur l'art poétique, et plus généralement sur l'art d'imiter, ces pages posent qu'il n'y a de moralité qua dans l'enracinement dans le réel. Loin de fonder nos actions dans des "idées" qui dépassent notre réalité, Platon est donc bien un penseur prosaïque et réaliste : la vie bonne est à trouver sur terre.

Nous lirons principalement les pages allant de 598a à 610b, en nous attachant à trois points essentiels : a) la dimension ontologique de la distinction entre l'idée, la chose et son image ; b) le déboulonnage de l'idole poétique en la personne d'Homère et d'Hésiode : pour Platon, les poètes et les artistes ne sont pas des grands hommes ; c) l'examen des conséquences morales d'une éducation bercée par les illusions lyriques et poétiques.



republique__6__3.mp3 République (6)-3.mp3  (105.38 Mo)


La séance se déroulera à l'EDMP, 10 impasse Crozatier, Paris XII, le jeudi 6 mars 2014, de 20h à 22H. L'entrée est libre et gratuite.


Le gouvernement de soi et la liberté (06/03/14)
Notre séance précédente avait pour but de présenter le travail du semestre. Nous parlerons cette année essentiellement de morale, en posant, avec Socrate, la question de la meilleure des vies. Il ne s'agira donc pas de discuter de ce qu'il faut faire, de ce qui serait ou non notre devoir, mais de juger quelle vie mérite d'être véritablement vécue, parce qu'elle nous rendra le plus réellement heureux.

Qu'est-ce que la liberté ?

Si le cours précédent a ainsi posé la question du type de vie à mener, et de la possibilité de comparer et de peser le bonheur des uns et des autres, cette nouvelle séance nous permettra pour sa part de comprendre en quel sens la liberté est bien le présupposé de tout choix humain.

Notre vie est notre oeuvre en effet ; aussi la liberté n'est-elle point quelque faculté mystérieuse, que manifesteraient des états limites ou des états de crise. Pour Platon, elle est l'expression même de notre caractère et de tout ce que traduit la façon dont nous nous gouvernons nous-mêmes. En cela, la liberté est un principe de gouvernement de soi. Car le fou ou l'intempérant lui-même se gouverne ; ou plutôt il se livre à sa propre politique, qui est la licence même.

On s'appuiera ici sur la fin du livre IX de la République et particulièrement sur les pages [588b-590a]



republique__6__2.mp3 République (6)-2.mp3  (78.87 Mo)


La séance se déroulera à l'EDMP, 10 impasse Crozatier, Paris XII, le vendredi 7 février 2014, de 20h à 22H. L'entrée est libre et gratuite.


Y a-t-il des vies "meilleures" que d'autres ? (07/02/14)
Nous aborderons cette nouvelle année avec les pages que le livre IX de la République consacre, sur sa fin, à la position de la question morale : celle de la meilleure des vies. Cette interrogation vient ainsi conclure l'ensemble de la réflexion sur la justice qui domine l'ouvrage.

On ne saurait en effet défendre la justice autrement, pour Socrate, qu'en montrant que le juste fait en quelque sorte "le bon choix", en pariant sur la vertu et en se défiant de l'injustice. LA morale, pour Platon, n'est donc ni moralisante, ni sacrificielle : elle consiste à trouver le véritable bonheur.

Le philosophe, l'ambitieux et l'avare

Pour le comprendre, nous partirons de la distinction proposée entre trois types de vie, celle du philosophe, celle de l'ambitieux et celle de l'avare, et lirons donc particulièrement cette page du livre IX: [580e-583b).

Nous verrons en effet que cette tripartition revient à désigner trois des principaux désirs qui peuvent gouverner nos vies : le désir de la sagesse (philosophia), celui de la gloire (philonikon) ou celui de l'argent (philokerdes). Comment pourtant comparer des désirs et des biens si différents ? Peut-on même juger du bonheur d'autrui, et hiérarchiser les plaisirs ?

Nous verrons donc que se pose d'emblée la question de la possibilité d'une "vérité" en matière morale. Peut-on en effet véritablement "peser" les âmes et les vies? Juger absolument du bonheur ou du malheur d'autrui ?




republique__6__1.mp3 Republique (6)-1.mp3  (83.19 Mo)


Cette dernière séance de la saison se déroulera le vendredi 1er février 2013, à la Maison des associations du 11ème, 8 rue du général Renault, de 20h à 22h. L'entrée est libre et gratuite.


Liberté et tyrannie (01/02/13)
Nous conclurons les séances de cette cinquième saison, exceptionnellement écourtée, par la lecture des pages du livre VIII de la République où Platon dresse le portrait de l'homme et de l'Etat tyrannique. Ce sera pour nous l'occasion de réfléchir sur la liberté humaine, en ce qu'elle autorise le meilleur, mais permet aussi le pire.

La tyrannie sort de la démocratie comme celle-ci de l'oligarchie : par la radicalisation de leur principe propre. Le règne de l'argent ne peut manquer, en effet, de finir par ruiner les bases morales de l'épargne, en encourageant la licence. En cela la vie démocratique, dans sa diversité et son chatoiement, peut être comprise comme le renoncement à toute borne aux désirs. L'avidité même ne saurait limiter les désirs qui réclament également satisfaction. Mais le démocrate doit bien encore reconnaître dans la liberté d'autrui, et dans ses désirs, une limite extérieure. La démocratie ne peut trouver de limite que dans l'arbitre de ses membres. Le tyran va passer outre. Désireux de laisser toute licence à ses désirs, il devra vaincre la résistance d'autrui, afin d'imposer à tous l'empire de ses propres désirs.

Licence, abandon et tyrannie

La tyrannie platonicienne ne doit donc pas d'abord être pensée comme un système politique ; ce n'est pas le "totalitarisme" par exemple. Elle découle plutôt de la souveraineté donnée au caprice et à l'informe, en soi d'abord. Réfléchir sur la tyrannie consiste alors à se demander ce qu'il advient, en morale comme en politique, quand on se refuse à domestiquer l'hydre des désirs, ou à imposer une forme à l'enfance. L'abus et la force naissent en effet peut-être essentiellement non des idéologies et de l'esprit de système, mais plutôt de la paresse et de la lâcheté. La tyrannie nous guette comme l'envers de nos abandons. Et ce seront nos proches, et nos concitoyens qui en paieront le prix.

En plus des passages considérés, on pourra consulter avec profit l'ouvrage de Xénophon, traduit et commenté par Léo Strauss, De la tyrannie.

Notes

J'ai finalement conclu le cours sur une page célèbre ouvrant le livre IX. Il s'agissait pour moi de montrer en quoi la réflexion sur la tyrannie revenait à une méditation sur la maîtrise de soi, et donc sur la nature des désirs. Le tyran est en effet d'abord tyrannisé par ses passions, et il nous fallait alors saisir en quoi la réflexion politique et morale sur l'homme se voit peut-être toute entière suspendue au discours que nous tenons sur nos désirs. Si nous les considérons en effet comme des fatalités intérieures, peut-être est-il vain de chercher à les discipliner. Mais si nous regardons l'ordre humain comme dominé par l'informe et l'inconsistance, la vigilance, politique et morale, ne sera pas sans force, et il sera possible d'imposer une marque au devenir. Tout dépend donc de ce que nous nous laissons dire de nous-mêmes, et des autres.

J'avoue que j'ai voulu trop en dire, en concluant cette année écourtée, pour être tout à fait clair. Je reviendrai donc sans doute par écrit sur ce que ma conclusion a du laisser dans le flou, et souhaite aux auditeurs bon courage dans la méditation de cette belle question!

republique__5__5.mp3 République (5)-5.mp3  (84.85 Mo)

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