Un atelier de réflexion de l'Université conventionnelle animé par Julien Douçot



La séance aura lieu au lycée Dorian de 20h à 22h le jeudi 22 mars 2012. L'entrée est libre et gratuite.


Le monde est-il tragique ou comique? 22/03/12
Au cours de la séance précédente, nous avons vu la religion naturelle se réduire à une simple croyance : il n'est pas dit que la nature soit « bien faite », il n'est pas certain que l'ordre et la finalité y règnent. Dès lors, on ne peut plus inférer avec certitude l'existence d'une intelligence créatrice, à l'origine du monde et de sa prétendue « organisation ». Selon la façon dont les phénomènes naturels sont interprétés, selon le lieu et les événements où le regard se porte, le monde apparaît tantôt comme harmonie, tantôt comme chaos... Que peut la pensée face à un tel obstacle, face à une nature qui ne peut délivrer immédiatement son sens ? Le problème des rapports entre philosophie et religion se pose à nouveau frais, et nous tenterons d'approfondir les directions divergentes qu'elles empruntent à partir de ce nœud problématique.
 
D'une certaine manière, le monothéisme s'oppose, dès le départ, à l'idée d'un monde ordonné et bienveillant pour les hommes. Les plaintes de l'Ancien Testament (et notamment celle de Job) naissent d'un mal si profond, si irréparable, qu'il fait perdre le sens du monde. Nous verrons avec Pascal que la foi repose, en dernier ressort, sur cette absurdité foncière de l'existence terrestre – et non sur une prétendue finalité de la nature...
 
Il semble pourtant que le constat d'un monde dépourvu de sens sécrète un autre pli de la pensée, radicalement opposé à la foi, et qui fait peut-être naître la philosophie – nous voulons parler de l'humour... Le problème de l'oscillation entre la foi et la philosophie se poserait ainsi le long de cette frontière, de cette fine limite, qui sépare le tragique de l'humour.
 
 
 
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Séances


La séance aura lieu au lycée Dorain de 20h à 22h le jeudi 8 mars 2012. L'entrée est libre et gratuite.


La critique du finalisme (08/03/12)
Au cours de la dernière séance, nous avons vu que le concept aristotélicienne de finalité pouvait amener à la supposition d'un Dieu créateur et « premier moteur immobile » de toute chose. Ce finalisme aristotélicien est tiré de l'observation de la nature, et en particulier des êtres vivants qui paraissent manifester, dans leur organisation même, la sagesse d'une intelligence supérieure. Ainsi toute vie semble agencée en vue d'un bien, d'une excellence, ou encore d'une fin qui lui est propre. Davantage, cette fin vers laquelle tendent les êtres vivants ne peut être déterminée par eux-mêmes, mais bien par cette intelligence qu'Aristote appelle explicitement « Dieu ». Aristote pose ainsi les bases de ce que l'on appellera plus tard une « religion naturelle » : religion accessible à la raison de tout homme, pourvu qu'il soit attentif aux œuvres de Dieu dans la nature.
 
Or l'idée de religion naturelle réapparaît, à nouveau frais et dans un contexte tout différent, au cours des 17e et 18e siècles. Elle n'est plus fondée sur l'observation des être vivants, mais plutôt sur la révolution scientifique qui aboutit aux théories physiques de Newton. L'univers est à présent pensé comme régi par des lois immuables, nécessaires, et Dieu y fait figure d'immense « horloger » – pour reprendre l'expression de Voltaire.
 
Au cours de cette séance, nous suivrons la critique de cette hypothèse proprement philosophique par David Hume, dans ses Dialogues sur la religion naturelle. Nous nous interrogerons notamment sur le parallèle entre les œuvres de Dieu et l'art humain, et questionnerons avec Hume sa légitimité. Nous nous demanderons aussi, après tout, si la religion naturelle est bien l'alliée idéale de la religion révélée – ou alors son meilleur ennemi.


 
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Séances


Julien Douçot ne pourra pas assurer le cours prévu intialement ce jeudi 9 février. L'atelier reprendra début mars, après les vacances d'hiver. Nous vous remercions de votre compréhension.



Séances


La séance aura lieu au lycée Dorain de 20h à 22h le jeudi 8 décembre 2011. L'entrée est libre et gratuite.


La question du finalisme (26/01/12)
Les quatre premières séances de cet atelier ont été consacrées à l'approfondissement d'un problème : celui de l'opposition entre philosophie et religion. Cet opposition semble s'accuser de la manière la plus radicale dans le matérialisme, qui se donne la religion pour ennemi fondamental. Celui-ci prétend dévoiler la nature de l'univers, et détruire toutes les fables qui inoculent en l'homme la crainte des châtiments divins et de la mort. L'univers, visible et invisible, devient ainsi transparent pour l'esprit humain, sans arrière-fond menaçant, sans mystère, sans aucune dimension inaccessible en droit à la pensée. 

Pourtant, ce découpage des choses est amené à se modifier sous l'effet d'une question, élémentaire et enfantine en apparence : celle du mal. Faire l'épreuve d'un mal dans le monde, c'est à la fois déplorer l'ordre des choses tel qu'il est, et appeler de ses vœux un autre ordre, tel qu'il doit être. C'est en même temps supposer que les choses du monde ont une excellence, un bien, ou encore une finalité qui leur est propre – que ce soit chez le vivant, dans l'art, ou dans la communauté humaine.

Nous tenterons avec Aristote d'approfondir cette question jusqu'à ses conséquences ultimes – et notamment la plus significative pour la religion : l'existence d'une intelligence supérieure, « premier moteur » ou « moteur immobile » présupposé par l'idée que toute chose obéit à une fin. Aristote jette ainsi les fondements de ce que l'on appellera plus tard une « religion naturelle », religion fondée non plus sur le dogme mais sur la raison humaine. Celle-ci accéderait, sans la médiation des textes sacrés et en accord avec la raison, à une divinité pensée comme origine du monde – nous attendrons les prochaines séances pour questionner cette entente apparente entre religion et philosophie...


Séances


La séance aura lieu au lycée Dorain de 20h à 22h le jeudi 8 décembre 2011. L'entrée est libre et gratuite.


Le matérialisme antique, suite (08/12/11)
Nous avons vu au cours de la séance précédente que le matérialisme se pose d'emblée en rival de la religion, car il se propose contre elle de définir la nature de l'invisible– entendu comme ce qui échappe à notre perception et notre expérience commune. Quel est donc l'instrument par lequel le matérialisme entend combattre le mythe ? Il réside principalement dans l'idée même de nature, dans l'idée que les choses ont une nature intelligible et accessible à la pensée humaine. Ce pourquoi Lucrèce peut dire de son maître Épicure : "il a parcouru le Tout de l'univers, par la pensée, pour en révéler l'essence et les secrets."

 Dès lors, ni les Dieux ni les phénomènes naturels ne font problème. Conformément à leur « nature », les Dieux demeurent étrangers aux actes humains et n'ont aucune influence sur la destinée des hommes. Quant aux événements naturels, ils possèdent tous une explication satisfaisante pour l'esprit, même si celle-ci nous demeurent encore inconnue. L'expérience humaine n'a alors plus de dehors ou de dessous qui pourrait dissimuler un danger : l'univers et les choses, entièrement transparents, se livrent à notre pensée tels qu'ils sont en eux-même... Nous examinerons toutes les conséquences de ces thèses pour l'éthique matérialiste, et notamment pour ce qui concerne son rapport à la mort.


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Séances

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Julien Douçot
Frédéric Dupin
Julien Douçot est professeur agrégé de philosophie au lycée Paul Eluard (Saint-Denis). Il a travaillé plus particulièrement sur les philosophies de Bergson et Spinoza.





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