Initiation à la lecture de Spinoza https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza/ fr 2019-08-18T05:21:54+02:00 tag:https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza,2019:rss-1842699 Annulation de la séance du 28 janvier Wed, 27 Jan 2010 19:24:00 +0100 fr Douçot Julien
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tag:https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza,2019:rss-1816749 Textes pour la séance du jeudi 14 janvier 2010 Thu, 14 Jan 2010 16:03:00 +0100 fr Douçot Julien « Je dis expressément que l'Ame n'a ni d'elle-même, ni de son propre corps, ni des corps extérieurs, une connaissance adéquate, mais seulement une connaissance confuse et mutilée, toutes les fois qu'elle suit l'ordre commun de la Nature ; c'est-à-dire toutes les fois qu'elle est déterminée du dehors, par la rencontre fortuite des choses, à considérer ceci ou cela, et non toutes les fois qu'elle est déterminée du dedans, à savoir, parce qu'elle considère à la fois plusieurs choses, à connaître les conformités qui sont entre elles, leurs différences et leurs oppositions ; toutes les fois en effet qu'elle est disposée du dedans de telle ou telle manière, alors elle considère les choses clairement et distinctement, comme je le montrerai plus bas ».
Ethique, II, prop. 29, scolie.




« Par tout ce qui a été dit ci-dessus, il apparaît clairement que nous avons nombre de perceptions et formons de notions générales tirant leur origine : 1°) Des objets singuliers qui nous sont représentés par les sens d'une manière tronquée, mutilée, confuse et sans ordre pour l'entendement (voir Coroll. De la prop. 29) ; pour cette raison j'ai accoutumé d'appeler de telles perceptions connaissances par expérience vague ; 2°) des signes, par exemple de ce que, entendant ou lisant certains mots, nous nous rappelons des choses et en formons des idées semblables à celles par lesquelles nous imaginons les choses (voir scolie de la prop. 18). J'appellerai par la suite l'un et l'autre mode de considérer connaissance du premier genre, opinion ou imagination ; 3°) enfin, de ce que nous avons des notions communes et des idées adéquates des propriétés des choses (...) j'appellerai ce mode Raison et Connaissance du deuxième genre. Outre ces deux genres de connaissance, il y en a encore un troisième, comme je le montrerai dans la suite, que nous appellerons science intuitive. Et ce genre de connaissance procède de l'idée adéquate de l'essence formelle de certains attributs de Dieu à la connaissance adéquate de l'essence des choses. J'expliquerai tout cela par l'exemple d'une chose unique. On donne, par exemple, trois nombres pour en obtenir un quatrième qui soit au troisième comme le second est au premier. Des marchands n'hésiterons pas à multiplier le second par le troisième et à diviser le produit par le premier, parce qu'ils n'ont pas encore laissé tomber dans l'oubli ce qu'ils ont appris de leurs maître sans nulle démonstration, ou parce qu'ils ont expérimenté ce procédé souvent dans le cas de nombres très simples, ou par la force de la démonstration de la proposition 19, livre 7 d'Euclide, c'est-à-dire par la propriété commune des nombres proportionnels. Mais pour les nombres les plus simples aucun de ces moyens n'est nécessaire. Etant donnés, par exemple, les nombres 1, 2, 3, il n'est personne qui ne voit que le quatrième proportionnel est 6, et cela beaucoup plus clairement, parce que la relation même, que nous voyons d'un regard qu'a le premier avec le second, nous concluons le quatrième. »
Ethique, II, 40, scolie.

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tag:https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza,2019:rss-1809856 Séance du jeudi 14 janvier 2010 Mon, 11 Jan 2010 15:44:00 +0100 fr Douçot Julien Séance du jeudi 14 janvier 2010
Après avoir développé les différents aspects de la notion d' « éthique » dans le spinozisme, nous allons à présent tâcher de démêler les rapports entre éthique et connaissance. Le savoir est en effet, pour Spinoza, le moyen de résoudre problème proprement éthique – comment sortir l'homme de la servitude ? Comment développer sa puissance d'agir et permettre qu'il ne soit pas mené passivement par des causes externes ? Il est vrai que les différentes servitudes qui affectent l'homme semblent toujours engendrées par une forme d'ignorance : le superstitieux ignore la vraie nature des phénomènes naturels ; le tyran et le misanthrope ignorent ce qui est bon pour eux, tout comme le passionné ou le mélancolique.
Pourtant, la notion même de « savoir » ou de « connaissance » est bien confuse... Nous tenterons au cours de cette séance de la définir avec plus de précision, et surtout de comprendre son lien avec l'éthique. Spinoza distingue au moins trois types de connaissances, ou plutôt trois manières de les acquérir. En premier lieu, notre prétendu « savoir » dépend très largement de l'autorité d'autrui, ou de notre expérience immédiate. Il est alors sujet à nous tromper : cette connaissance par « ouïe-dire » ou par « expérience vague » s'apparente plutôt à un opinion. En deuxième lieu, une connaissance des « notions communes » nous permet de percevoir les convenances et les disconvenances entre les choses : elle nous rend capable d'agir. Mais Spinoza évoque aussi la possibilité d'une connaissance du « troisième genre » qui nous plongerait directement dans la nature des choses, et permettrait de saisir leur essence... Nous tenterons, au cours des deux dernières séances, d'approcher la définition de cette connaissance mystérieuse – et de comprendre ainsi ce que Spinoza appelle « Dieu » ou la « Nature ».


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https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza/photo/art/imagette/1809856-2465891.jpg no Douçot Julien https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza/Seance-du-jeudi-14-janvier-2010_a13.html
tag:https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza,2019:rss-1755247 Textes pour la séance du 10 décembre 2009 Wed, 09 Dec 2009 18:31:00 +0100 fr Douçot Julien « Effacer ce qui est imagination ; réprimer l'impulsion ; éteindre le désir ; rester maître de sa faculté directive. »
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, trad. Meunier, GF-Flammarion

« 1. Souviens-toi que le voeu du désir est d'obtenir ce dont il a besoin, que le voeu de l'aversion est de ne pas tomber sur l'objet de son aversion. Or, celui qui n'obtient pas ce qu'il désir est infortuné, et celui qui tombe sur l'objet qu'il a en aversion est malheureux. (...)

2. (...) Quant au désir, supprime-le absolument pour l'instant. Car si tu désires quelqu'une des choses qui ne dépendent pas de nous, nécessairement tu seras malheureux. »
Epictète, Manuel, trad. Meunier, GF-Flammarion

« Proposition 6 : Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. (...)

Proposition 7 : l'effort par lequel chaque chose s'efforce de persévérer dans son être n'est rien en dehors de l'essence actuelle de cette chose. (...)

Proposition 9, scolie : Cet effort, quand il se rapporte à l'Ame seule, est appelé Volonté ; mais, quand il se rapporte à la fois à l'Ame et au Corps, est appelé Appétit ; l'appétit n'est par là rien d'autre que l'essence même de l'homme, de la nature de laquelle suit nécessairement ce qui sert à sa conservation ; et l'homme est ainsi déterminé à le faire. De plus, il n'y a nulle différence entre l'Appétit et le Désir, sinon que le Désir se rapport généralement aux hommes en tant qu'ils ont conscience de leurs appétits, et peut, pour cette raison, se définir ainsi : le Désir est l'Appétit avec conscience de lui-même. Il est donc établi par tout cela que nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n'appétons ni ne désirons aucune chose, parce que nous la jugeons bonne ; mais, au contraire, nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons. »
Spinoza, Ethique, IIIe partie, trad. Appuhn


« Cette chose est dite libre qui existe par la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir ; cette chose est dite nécessaire ou plutôt contrainte qui est déterminée par une autre à exister et à produire quelque effet dans une condition certaine et déterminée. »
Spinoza, Ethique, Ière partie, définition 7, trad. Appuhn

« L'expérience l'a montré surabondamment, rien n'est moins au pouvoir des hommes que de tenir leur langue, et il n'est rien qu'ils puissent moins faire que de gouverner leurs appétits ; et c'est pourquoi la plupart croient que notre liberté d'action existe seulement à l'égard des choses où nous tendons légèrement, parce que l'appétit peut en être aisément contraint par le souvenir de quelque autre chose fréquemment rappelée ; tandis que nous ne sommes pas du tout libres quand il s'agit de choses auxquelles nous tendons avec une affection vive que le souvenir d'une autre chose ne peut apaiser. S'ils ne savaient d'expérience cependant que maintes fois nous regrettons des actions et que souvent, quand nous sommes dominés par des affections contraires, nous voyons le meilleur et faisons le pire, rien ne les emècherait de croire que toutes nos actions sont libres. C'est ainsi qu'un petit enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon en colère vouloir la vengeance, un peureux la fuite. Un homme en état d'ébriété aussi croit dire par un libre décret de l'Ame ce que, sorti de cet état, il voudrait avoir tu ; de même le délirant, la bavarde, l'enfant et un très grand nombre d'individus de même farine croient parler par un libre décret de l'Ame, alors cependant qu'ils ne peuvent contenir l'impulsion qu'ils ont à parler ; l'expérience donc fait voir aussi clairement que la Raison que les hommes se croient libres pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leur action et ignorants des causes par où ils sont déterminés. »
Spinoza, Ethique, IIème partie, Proposition 2, scolie



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tag:https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza,2019:rss-1749831 Séance du jeudi 10 décembre 2009 Mon, 07 Dec 2009 10:58:00 +0100 fr Douçot Julien Séance du jeudi 10 décembre 2009
Nous aborderons, au cours de cette séance, les questions du désir et de la liberté dans la philosophie de Spinoza. Car si l'éthique spinoziste se propose d'accroître la liberté de l'homme, c'est dans un sens tout particulier et qui n'appartient qu'à elle... En effet, Spinoza renouvelle entièrement les conceptions de la liberté et du désir, s'opposant par là-même à une définition classique de ces termes.
Quelle est cette définition ? Dès l'Antiquité, aussi bien pour les matérialistes et les stoïciens que pour Platon, le désir est pensé comme manque, et donc comme souffrance : on ne désire que ce que l'on a pas, on ne désire être que ce que l'on est pas. Il en découle deux figures distinctes du rapport aux désirs. Où bien le désir est ce qui doit être réduit pour que l'homme vive pleinement heureux (figure épicurienne et stoïcienne). Où bien le désir est impossible à réduire, et la condition de l'homme demeure éternellement tragique, éternellement en défaut par rapport à ce à quoi il aspire (figure platonicienne). Nous tenterons de montrer que cette conception du désir est liée à une représentation de la liberté comme choix entre plusieurs possibles, comme oscillation ou hésitation – entre l'accomplissement du désir et son refus.
Rien de tel chez Spinoza, qui opère un renversement complet des définitions classiques. En premier lieu, le désir ne se définit pas chez lui comme manque. Au contraire, il est production de son objet. Il ne manque de rien, il fait agir en fonction d'une norme qu'il affirme. Dès lors, le désir ne peut plus être souffrance : seul le mélancolique souffre, d'un reflux complet de son désir. Et en second lieu, la liberté ne peut plus consister en un choix entre deux possibles. Elle finit par s'identifier à un certain genre de désir : celui qui fait agir « selon sa propre nature ». Etre libre ne consiste plus à avoir la possibilité de choisir, mais à désirer selon une norme qui vient de nous-même – et non pas selon une cause externe.


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https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza/photo/art/imagette/1749831-2373459.jpg no Douçot Julien https://www.univ-conventionnelle.com/spinoza/Seance-du-jeudi-10-decembre-2009_a11.html