Université Conventionnelle https://www.univ-conventionnelle.com/ fr 2019-08-18T05:20:16+02:00 tag:https://www.univ-conventionnelle.com,2019:rss-1430010 Soirée de fin d'année du 19 juin 2009 Sun, 14 Jun 2009 12:08:00 +0200 fr Frédéric Dupin Monsieur le Maire-adjoint, chers amis,

Il y a quelques mois, certains s’en souviennent, c’était le 8 octobre 2008, nous étions réunis ici même pour lancer notre université populaire. Pour se jeter à l’eau serait plus juste, car en fait de lancement, nous ne songions pas plus qu’aujourd’hui à l’atterrissage, ou au confort des situations assurées d’avance. Bien sûr, notre association et notre projet sont trop jeunes encore pour se plier au genre rétrospectif, d’autant que je voudrai plutôt vous parler d’avenir aujourd’hui. Mais si le temps des bilans arrivera toujours bien assez tôt, nous retrouver tous ensemble ici même, à la MDA du onzième de Danièle Apocalle, me renvoie inévitablement à cette première soirée de lancement. Ce serait mentir que d’affirmer que nous étions alors bien certain de ce qui en résulterait. Nous étions réunis pour tenter quelque chose. Nous faisions en somme un pari, et parce que nous le tenons encore au terme de ces six premiers mois d’enseignement, je voudrai le refaire devant vous aujourd’hui. Je ne serai pas long car le buffet, vous le voyez, nous attend.



Le pari
Soirée de fin d'année du 19 juin 2009
De quoi s’agissait-il alors, de quoi s’agit-il encore aujourd’hui ? Essentiellement de payer deux frustrations d’une certitude.

Première frustration partagée par les membres de l’association, celle du professeur, ou de l’ancien élève, incapable de se résigner à la marginalisation ou à la lente déliquescence de l’école républicaine. De cette même école qu’on a pu vouloir constituer en véritable forge d’un savoir commun, d’une langue commune, et qui semble désormais promise à la découpe, à la dénaturation complète, par une indifférence patiente et laborieuse. Épuisée de réformes et de contre-réformes.

Seconde frustration qui nous rassemblait alors, celle du doctorant, du chercheur, de l’universitaire, incapable de se résigner à la relégation du travail de la pensée aux marges des colloques, des expertises ; là où elle ne dérange plus personne. Nous n’étions pas prêt à admettre que la passion mise au service de l’histoire, de la lecture, de la pensée enfin, dut se satisfaire de la triste expertise des « travailleurs du savoir », ou rêver de la tour d’ivoire d’une recherche culpabilisée ou vouée à la pédanterie. Pas plus que l’école ne nous semblait nous avoir appris que l’exigence était la clé de la « réussite », l’université ne nous parait pas avoir à choisir entre la peste et le choléra, l’autisme intellectuel et la « compétitivité », pour sauver sa peau.

Parce qu’il faut bien vivre, et qu’il n’y a pas de sots métiers, il est bien naturel de s’accommoder de nos institutions, des vices et sottises de nos métiers comme dirait Montaigne. Aussi donne-t-on le change au quotidien, dans nos classes ou nos laboratoires. Rien ne nous obligeait néanmoins à approuver ou à admirer les circonstances et les évolutions en cours : nos métiers et nos parcours n’ont pas vocation à épuiser ce qui les justifie à nos yeux. Et s'il est naturel de défendre en professeur sa profession, c'est savoir pourquoi on enseigne que de ne pas circonscrire cette défense aux cortèges et aux salles de professeurs.

Aussi l’Université conventionnelle est-elle née d’abord de l’envie de répondre à ces frustrations communes moins par la morne exaspération, l’impuissance sentencieuse auxquelles nous sommes souvent acculés, que par l’action et la construction. Le monde enseignant et universitaire n’a pas en effet à choisir entre la conscience malheureuse et la modernisation stérilisante. À nous d’explorer les chemins de traverses.

Car une même certitude nous rassemblait, celle-là même qui nous réunit aujourd’hui. L’intelligence produite par notre système éducatif, l’admirable tradition de culture et de jugement qui irrigue notre école, n’est ni vaine, ni tarie. Nos lycées sont riches de nombreuses personnes de rare culture ; ils méritent mieux que d’avoir à choisir entre les querelles de lutrin de l’université ou le rôle de rouage dans le système de sélection sociale. Ce savoir, non pas décrété, doré sur titre, mais fruit d’un travail patient, souvent obscur et anonyme, vivant dans les classes ou les amphis isolés, cette culture, nous la savons riche et ouverte à tous. Nous voulons qu'elle ne rougisse plus d'elle-même, qu'elle retrouve sa fierté d'être ce qu'elle est, de poursuivre les buts qui sont les siens propres.

Aussi notre pari reste-t-il le même, la culture scolaire en sa forme la plus élevée ne concerne simplement pas l’école ou l’écolier mais chacun d’entre nous, pour peu qu’il n’accepte plus d’avoir les pensées de sa classe sociale, de sa « culture » ou de son métier. L’université n’est pas davantage vouée à l’expertise ou à la vulgarisation, elle peut inviter au partage d’une même exigence, d’une même discipline, d’un même travail.

Ici même, en octobre, nous vous invitions donc à venir travailler avec nous, convaincu que la première réponse à opposer à la destruction de nos acquis scolaires et politiques était justement de l’ordre du travail. La discussion est aujourd’hui le refuge de toutes les impuissances ; le verbalisme épuise les capacités d’actions, de jugement, de transformation qui dorment inemployées en chacun, comme hypnotisées par le débat politique démocratique. L’école et l’université elles-mêmes meurent de n’être plus que des sujets de société, sur lesquels tout le monde croit avoir quelque chose à dire. Nous croyons que l’école n’est pas une chose dont on parle, mais un travail dont nul ne saurait se tenir quitte. C’est en ce sens que nous sommes tous responsables de la qualité des pensées communes, et d’abord par l’exigence que nous portons à l’égard de nos propres pensées. Libres à chacun de se croire quitte envers lui-même lorsque la lecture d’un blog ou d’un article de journal lui paraît suffire à trancher en docteur sur toutes choses. Libres à chacun de croire que les politesses de parti, de militants, de chapelles ou de fidélités dispensent de s’instruire. Le jugement libre nous paraît pour notre part imposer d’autres sources, d’autres devoirs, d’autres patiences.

Ceci admis, les réformes pourront patienter, car nul décret ne fera d’un bavard vaniteux un homme de jugement, nulle combinaison administrative ne pourra produire de l’intelligence comme on prétend arracher la croissance et la richesse… Car de même qu’il n’y a pas de justice sans souci d’être juste, il faut qu’existe un souci de la pensée pour que la pensée vive… Ainsi du moins les réformes proclamées, décrétées, « communiquées » n’auraient-elles plus à laisser croire qu’on pourra rendre les gens intelligents ou vertueux sans qu’ils le veuillent eux-mêmes, c’est-à-dire sans qu’on puisse reconnaître dans l’intelligence un bien et un but.


Un premier bilan
Soirée de fin d'année du 19 juin 2009
Je disais également que ce pari nous ne saurions le gagner, surtout en quelques mois (nous avons le temps, et saurons avancer pas à pas !) Ce pari, nous n’avons qu’à le tenir. Et avouons que jusqu’ici, les choses ne vont pas si mal.

Depuis octobre notre association a pu donner près de 120h de cours, gratuit, ouvert à tous, le tout sans frôler (encore) l’interdit bancaire. Sans communication, sans plan média, sans tête d’affiche, nous avons vu défiler plus d’une quarantaine de curieux, et gagner outre un petit noyau de fidèle quelques nouveaux amis.

Notre site n’a cessé de grandir, de s’étoffer, avec ses 150 articles, extraits, notes, commentaires. Nous sommes désormais référencés dans une dizaine de sites académiques, de philosophie ou de lettres ; nous faisons notre chemin.

Quelques chiffres tout de même, plus de 30 000 visites depuis septembre 2008, dont presque 9000 visiteurs différents. Plus de 100 000 pages vues, une cinquantaine d’heures de cours en ligne, gratuitement. Presque 2500 téléchargements…

Avec les moyens du bord, et surtout la bonne volonté et le travail de quelques uns, vous me permettrez de nous en féliciter, et de vous en remercier tous !

Je ne veux pas être long et dirai encore quelques mots de ce qui va suivre.


La suite
Soirée de fin d'année du 19 juin 2009
Après une longue lutte administrative, nous avons décroché une subvention conséquence de 4000 euros auprès de la Mairie, ce qui, ajoutés à vos dons, vos participations, devrait nous donner les moyens de nos ambitions. Alors qu’en faire, et que se passera-t-il en octobre prochain.

Nous ouvrons essentiellement deux chantiers pour le prochain semestre.

D’abord pérenniser nos cours, notre site, notre travail. La rentrée devrait proposer quelques nouveaux enseignements : un cours sur Spinoza, un cours sur Rousseau, par deux nouveaux professeurs bénévoles. Jean-Michel Muglioni devrait substituer à son cours sur Aristote un atelier de pratique de la langue philosophique, c’est-à-dire d’initiation à ce que la langue commune à de philosophique. L’atelier d’italien se poursuivra, ainsi que les lectures de Platon et de Tocqueville, selon toute vraisemblance. Le cours d’économie sera remplacé par une réflexion suivie autour des classiques de la pensée et du questionnement laïque en partenariat avec l’UFAL, représenté aujourd’hui par Bernard Teper. J’espère également que nous pourrons organiser un rendez-vous mensuel autour de Balzac ; l’Univers Conventionnelle n’a pas vocation à n’explorer que notre patrimoine philosophique. Je regrette de n’avoir pu trouver encore de quoi monter un atelier d’histoire général, mettant à jour nos chronologies, mais cela se fera, j’en suis sûr. Pour tout cela, nous nous activons pour trouver des salles, des enseignants, des financements… Nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin.

Ensuite nous faire davantage connaître et défendre nos analyses et nos idées. Nous essaierons d’organiser à la rentrée une table ronde publique sur la question de l’école par exemple. Mais ce qui nous occupe le plus actuellement, c’est la préparation d’une nouvelle revue en ligne qui viendra compléter l’offre pédagogique du site par un contenu plus politique, plus actualisé. Notre pari est de faire vivre le paradoxe de l’association : allier pragmatisme, souplesse, et ambition théorique, exigence morale. Nous pouvons faire vivre l’esprit républicain, de fraternité, d’égalité exigeante, sans se plier aux patiences bureaucratiques, ou aux conventions et aux consensus démocratiques. Cette revue espérera rassembler d’abord les bonnes volontés, et jusqu’aux mauvaises pensées de tout bord, afin de mettre en avant les exigences d’une pensée réellement commune, d’une action sans verbalisme et hypocrisie : faire vivre un pluralisme de pensée et d’action qui ne soit ni une juxtaposition de particularismes, ni une synthèse, mais un travail fait ensemble pour reprendre possession de ce qui nous appartient en commun. Vous en saurez plus à la rentrée !

Je n’en dirai pas assez si je ne remerciait déjà ceux qui vont nous aider dans ce chemin : la mairie de Paris, c’est-à-dire la délégation aux universités de Jean-Louis Missika, celle aux associations d’Hamou Bouakkaz ici présent ; la mairie du onzième en la personne de son maire, Patrick Bloche, ou de son conseiller délégué aux associations, Francis Duran-Franzini. Je veux remercier également l’UFAL avec qui nous espérons pouvoir marcher de concert dans bien d’autres chemins. L’APPEP-IDF également, et son président, Nicolas Franck, ici présent, qui nous éclairera de ses lumières sur Rousseau à la rentrée. Les collectifs associatifs la Générale Nord-Est, la section locale de la LDH, le lycée Dorian… La liste serait longue, tant il est vrai qu’on n’avance jamais seul.



Quelques mots encore
Soirée de fin d'année du 19 juin 2009
Je ne voudrai pas vous laisser sans souligner enfin combien cette année nous a renforcé dans la conviction que les bonnes volontés devaient travailler désormais à construire plus qu’à gérer nos acquis, ou à critiquer la débandade.

Danton aurait dit ce mot fameux : « on ne détruit que ce que l’on remplace ! » le progressisme meurt de ne plus savoir inventer et agir, mais de se croire seulement dépositaire d’une histoire. Il est temps de ne plus nous borner à administrer un patrimoine, mais de le faire vivre, c’est-à-dire de l’accompagner par nos convictions dans son développement et sa maturation.

L’école républicaine a été jeune et audacieuse ; le socialisme a été une pensée neuve et riche de contradictions, il n’a porté des droits sociaux que par la force de foi nécessaire à l’égard du travail et de sa dignité. La classe de philosophie n’a pas toujours fait partie du paysage habituel d’un mois de juin. Fruit d’une volonté politique, elle pariait sur la possibilité d’un certain encyclopédisme au cœur du jugement civique. Elle a été, en son temps, austère et insolente à la fois, songeons seulement aux mots du jeune professeur Canguilhem dans son lycée de Charleville en 1930.

Aujourd’hui l’université peut se mettre en grève 4 mois sans qu’on parle d’autre chose que des examens ; le lycée peut être traité constamment comme un fait social sans que nul ne rougisse de son inculture, mais y trouve plutôt matière à enflure satisfaite. Nous devons penser de nouvelles structures, de nouveaux moyens ; nous n’avons plus le choix. Nous avons le temps toutefois, car que faire d’autre ? L’université conventionnelle ne souhaite qu’être une brique dans ce travail de redéfinition et de reconstruction de notre école, mais cette brique, si petite soit-elle, nous la croyons solide.

Merci à tous


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tag:https://www.univ-conventionnelle.com,2019:rss-1242765 Ce qui menace une université populaire Fri, 20 Feb 2009 11:34:00 +0100 fr Frédéric Dupin Ce qui menace une université populaire
Je suis allé au Congrès des Universités Populaires, et j’y ai rencontré des pédagogues, animaux redoutables. Inutile de vous dire qu’ils ont élaboré et lu des rapports, bourrés de ces formules qu’on retrouve dans les discours des pédagogues toutes les fois qu’ils parlent, et ils parlent souvent.
J’ai connu un pédagogue éminent, qui donnait ses conseils pour rien; il est vrai qu’il n’aurait pas trouvé à les vendre. Un jour il expliquait la nécessité de la méthode : « Sans la méthode, messieurs, tout votre travail est vain et stérile; si au contraire vous avez de la méthode, alors, etc. » Après vingt minutes de variations sur ce thème, il arriva à cette formule, que je recommande à tous ceux qui écrivent : « Avant de chercher des idées, ayez d’abord un plan. »
Les pédagogues du Congrès n’ont pas été jusque-là; ils se sont contentés de recommander à tous la méthode et encore la méthode, l’ordre et encore l’ordre, tout cela en l’air.
La conclusion a été qu’il fallait organiser des conférences en série, autrement dit faire des cours. Ainsi vont naître ici et là beaucoup de petites Sorbonnes. Le peuple s’ennuiera, donc il s’instruira. Le prochain congrès instituera, n’en doutez pas, un baccalauréat populaire, qui pourra s’appeler le certificat d’études civiques. Il faudra nommer des inspecteurs généraux aussi, et pourquoi pas, des directeurs d’études, des répétiteurs, des préparateurs, des lecteurs, des commentateurs.
Je ne parle pas des présidents, vice-présidents, secrétaires, bibliothécaires, archivistes, et capitaines de route; nous les avons déjà.

Quand les pédagogues voulurent bien nous laisser tranquilles, alors ce fut le tour des bureaucrates; et c’était les mêmes. On peut être pédagogue et bureaucrate en même temps; je dirai plus, on le doit. Le bureaucrate, pourrions-nous dire, c’est le pédagogue assis; le pédagogue, c’est le bureaucrate debout.
Et que disaient les bureaucrates? Ils parlaient de fédérations régionales et de fédération nationale; ils parlaient d’échanges de services, et d’échanges de conférences; ils disaient que l’union fait la force, et quand ils l’avaient dit, ils le répétaient. Ils parlaient de commissions, de sous-commissions, de rapports, de vœux; l’un d’eux se demandait avec anxiété si tel rapport, élaboré par la deuxième commission, ne dépendait pas en réalité de la cinquième. Je vous l’assure, tout cela avait grand air; et je croyais, par instants, que j’assistais à une séance du conseil supérieur de l’Instruction Publique.
Le propre de cette éloquence bureaucratique, c’est que, comme elle ne dit rien, elle n’a jamais fini. On sait quand on part, mais on ne sait pas quand on arrive. Les plus vieux sont encore assez honnêtes; ils se fatiguent vite, et alors ils s’arrêtent. Les jeunes sont vraiment extraordinaires. J’en ai entendu un qui était lancé à bonne vitesse dans les fédérations, commissions d’études, bureaux de renseignements, et autres mots; la piste était douce et les virages faciles; il allait, il allait. Je ne sais même pas s’il a pu s’arrêter. Allez donc voir au 76 de la rue Mouffetard; peut-être qu’il parle encore.

Dans les entr’actes, beaucoup de choses excellentes furent dites, en peu de mots. L’un raconta ce que l’on lisait et ce que l’on disait dans telle société de lecture du Gard. Un autre parla des discussions de Persan, et de la manière dont elles étaient préparées et conduites. Un autre parla de Bourges. Un autre parla de Rouen. Tous ces hommes, au lieu de disserter, disaient à la manière romaine : J’ai vu ceci, j’ai fait cela. L’un disait : j’ai une chorale; l’autre disait, j’ai un orchestre. Un troisième expliquait comment, à propos des journaux, il s’était exercé, ainsi que ses camarades, à la critique des documents.
Malheureusement, cela ne durait pas longtemps. Les pédagogues, renonçant à suivre des discours si variés et si mal ordonnés, faisaient un petit somme, ce qui leur rendait des forces. Et les mots de courir. Et les plumes de grincer. Vœux, amendements, et motions préalables, ô divinités bureaucratiques, vous êtes venues en foule. Le président a agité sa sonnette; des mains se sont levées, en tumulte .
Tout à l’heure, c’était la division féconde, et les idées. Maintenant c’est l’accord stérile, sur les mots. « Nous voulons une Humanité meilleure »; cela ne dit rien du tout, car chacun l’entend à sa manière. En quel sens et par quels moyens tel homme veut rendre tel homme meilleur, voilà ce qui m’intéresse.


Propos extrait de Premier journalisme d’ Alain, Institut Alain, 2001, p204 à 206.

Merci à Pierre Heudier et à Jean-Michel Muglioni qui m'ont communiqué ces extraits.


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https://www.univ-conventionnelle.com/photo/art/imagette/1242765-1620539.jpg https://www.univ-conventionnelle.com/Ce-qui-menace-une-universite-populaire_a114.html
tag:https://www.univ-conventionnelle.com,2019:rss-1167456 P comme populaire Sun, 04 Jan 2009 20:13:00 +0100 fr Frédéric Dupin P comme populaire
On peine pourtant à s’en souvenir, mais un temps, l’instruction fit peur aux gouvernements. Toute une tradition, de Condorcet aux universités ouvrières du tournant du XXème siècle, a en effet longtemps pu voir dans l’ignorance la première des servitudes publiques, celle qui, sans remède, engendrait toutes les autres ; celle qui maintenait dès lors le peuple dans la soumission au pouvoir, en dépit de toutes les inventions constitutionnelles qu’épuisèrent les différentes révolutions des deux derniers siècles. Et il est vrai que celui qui ne sait juger réellement de son droit le déposera en applaudissant au premier pouvoir lui promettant le bonheur sans la Justice, pour ne lui laisser souvent, en définitive, que des rigueurs nécessaires à subir ou des inégalités « naturelles » à admettre.

Le premier devoir des républicains consistait alors à armer le jugement populaire, non pas seulement de son « esprit national », de ses « traditions », ou de sa « conscience de classe », tous si aisément manipulables, mais encore d’idées vraies et solides, au tribunal desquelles faire comparaître ses gouvernants. L’enseignement populaire avait alors un sens éminemment politique, en soutenant le jugement du peuple par l’éducation à l’universel, et en éclairant ainsi un suffrage qui, autrement, demeurerait aveugle. C’était donc supposer qu’en matière d’instruction populaire, on ne sépare point la politique de la science, l’exigence de Justice de celle de Vérité, car en définitive, l’origine de nos maux résident moins dans la pure et simple ignorance, l’absence complète de savoir, que dans les idées fausses et les demi-vérités qui font le fond de toutes nos pensées, et contre lesquelles s’exerce la vigilance de l’esprit.

Sans doute n’est-ce donc plus en ce sens que l’on demanderait des comptes à quiconque se piquerait aujourd’hui de prétendre « d’instruire le peuple ». À quoi bon, en effet, craindre pour la liberté publique lorsque tous conviennent de la prééminence des questions économiques sur les questions politiques ? Lorsque le scepticisme et l’indifférence à la vérité passent pour des politesses démocratiques ? Pourquoi du reste demander à l’école de former des citoyens instruits et défiants, lorsque des consommateurs policés et travailleurs suffisent à faire de l’ordre ? Un travail, un salaire, des divertissements, que peut-il bien manquer ?

Aussi, c’est bien connu, ne discute-t-on plus guère de la réalité de ce mythe ou de cette exigence républicaine, « l’école émancipatrice », que parmi des assemblées de vieux réactionnaires nostalgiques, s’usant à pérorer contre la modernité, sous l’œil incrédule d’une jeunesse pleine d’avenir. Ces joutes feront au mieux un nouveau dossier sur la fameuse « question scolaire » dans la presse. Autres temps, autres mœurs.


Le peuple? Quel peuple?

Car en définitive, ce qui pourrait aujourd’hui encore choquer l’indifférence commune dans le terme même « d’université populaire », ce sur quoi il importe alors de préciser le sens de l’entreprise de l’Université Conventionnelle, c’est peut-être moins l’idéal d’universel, le désir de savoir qu’il exprime, que la prétention à parler d’un « peuple ». De l’intelligence commune, que le monde universitaire s’en débrouille, qu’il organise tous les colloques qu’il souhaite, la société a placé chez lui la vérité en dépôt ; elle l’y oubliera. Mais du « peuple », que prétendons-nous faire ?

Le simple usage de ce terme expose en effet spontanément à l’ironie ou à la suspicion raisonneuse. Car de qui parlons-nous en réalité, de quelle classe, de quel champ ? Ne savons-nous donc pas que le « peuple », cela n’existe pas ? L’a-t-on croisé, l’a-t-on vu ce « peuple » que nous évoquons à toute heure ? Certainement nous avons oublié que ce n’était là qu’une plate abstraction, tout juste bonne à asseoir les discours des démagogues. Soyons sérieux, de nos jours, que croit-on qui soit réellement « populaire » ?

C’est tout juste si on nous accorderait, en fait de peuple, des masses plus ou moins inertes, plus ou moins fluides, mais du moins susceptibles de dénombrement. Un cheptel à étudier, à découper en lamelles, en somme, mais avec la circonspection d’usage. Cette approche quantitative définira alors le caractère « populaire » par la généralité, ce qui du moins a le mérite de la clarté, et forme pour nous un bon élément de contraste ; car certes nous n’entendons pas dispenser un enseignement populaire au sens où un chanteur ou un présentateur le sont. Le voudrions-nous du reste que nous serions rapidement jugés fous. Platon contre TF1 ? Allons donc.

Peut-être préférera-t-on alors à ce peuple ramené à la catégorie du panel représentatif, et ne s’exprimant plus que par plébiscites, l’idée d’une somme d’individus autonomes et singuliers. Chaque atome aurait ainsi en charge de définir sa route et ses valeurs, picorant une idée à droite, une idée à gauche, se composant peu à peu un jugement par découpages et combinaisons, selon la mode ou l’occasion. Un tel peuple ne pourrait concevoir alors l’instruction autrement qu’à la manière profuse et chatoyante d’un supermarché des idées. D’une certaine manière, l’école ou l’université, avec leur myriade d’options, mais aussi la production culturelle à flux tendu, livrent ainsi chacun à ce type de mécano, dissolvant les idées générales dans un bricolage intellectuel permanent. On se formera une morale à soi comme on pourra.

Pourtant, nous pensons possible de comprendre l’idée de peuple, et par suite celle d’un enseignement populaire, autrement que comme le discours de masse ou l’individualisme consumériste. Bien plus, il nous semble nécessaire de rompre avec cette stérile alternative qui oppose la généralité nécessairement médiocre des masses et la singularité nécessairement critique et narcissique de la personne. Le peuple auquel nous souhaitons parler n’est ainsi ni une masse de spectateurs, ni une somme d’individus perdus dans la foule. Il ne se définit pas par un taux d’imposition ou par ses parcours personnels.

Car le peuple constitue d’abord le milieu général d’où émane toutes les spécialités et tous les métiers. Il exprime alors ce qui concerne chacun, en ce que nul ne se réduit à son métier ou son histoire individuelle. Ce qui est populaire, en ce sens, se borne à rappeler que l’homme n’est pas né d’hier, que nos espoirs et nos peurs renvoient en réalité à une économie plus large, qu’il est possible de dessiner et de comprendre un peu. Notre expérience ou nos adhésions dépassent en effet les limites étroites que nos préjugés leur assignent souvent : pas plus que nous n’inventons l’amour ou la politique, nous ne changeons les passions humaines en les dotant de téléphones portables.

Aussi un enseignement vraiment populaire se soucie peu d’un « cœur de cible », ni ne demande à satisfaire les besoins particuliers de vanités inquiètes. Il n’est en effet d’intelligence que commune, c’est-à-dire capable d’éclairer la commune condition. Si on a pu, au dix-neuvième siècle, espérer dans l’intelligence des masses laborieuses, vouloir instruire le peuple des républicains ou le prolétariat des socialistes, c’était donc moins par l’élection spécifique de « classes sociales », à part des autres, que par un constat bien simple : l’ouvrier peinant contre l’outil, ou le salarié rendu à sa liberté après le travail, savaient bien clairement ce qu’était la condition humaine, la nécessité, l’obéissance ; leurs situations les rendaient capables d'une instruction solide, humaine, indifférentes aux jongleries d'hommes de lettres. Ignorants, ils savaient du moins que le savoir est connaissance de la vie humaine, et ne pouvaient en effet s’intéresser aux fictions abstraites où se complaisait la masse des hommes vivant de paroles ou d'urgence. En effet le banquier toujours soucieux de ses cours, toujours craignant quelque surprise, ne pouvait guère trouver le temps de sentir ce qui le fait frère d’Achille ou d’Hector ; il ne pouvait s’arracher à sa spécialité qui le poursuivait jusque dans sa liberté.

Le peuple existe donc là où il y a des hommes disposés à se soucier de l’humanité, en général, plutôt que de leur voisin ou de leur petite personne. On comprend donc en quoi c’était un grand pouvoir, un trop grand sans doute, que d’opposer ce souci-là aux puissants.

Dès lors, si l’instruction a cessé de tenir en respect les gouvernants, ce n’est pas que les temps ont changé, que le peuple a perdu le goût de se comprendre et de se former. Les spécialistes affairés, aliénés, donnent sans doute trop de raisons à leur misanthropie pour convaincre. Le discours sur la modernité s'ingénie en effet à définir la lucidité par le pessimisme. Être "réaliste", n'est-ce pas, consiste à regarder dans l’homme du commun un imbécile qu’il faut conduire et duper. Et à ce compte, qui ne craindrait de jouer le naïf? On se convainct donc que l’intelligence est affaire d’expert, que penser est en somme un métier qu’il serait imprudent de laisser à l’homme du commun, auquel doit suffire des généralités médiocres et la licence de bavarder à tort et à travers en répétant par bribes ce qui tombe du haut de l'Olympe de l'expertise. Si nos sociétés paraissent alors à ce point osciller entre l’oppression de masses presque sans idées, et les incohérences d’individus narcissiques, c’est au fond qu’on a trop méprisé l’intelligence commune en lui refusant une nourriture à sa mesure. Une société de spécialistes peut-elle alors concevoir ce qui unit le maçon et le cadre? On serait plutôt bien près de tenir l’idée même de fraternité comme une idée folle ou dangereuse.

Le peuple est à former, non à trouver

Si notre enseignement espère alors être populaire, on aura alors compris que nous ne songeons point céder à la démagogie vulgarisatrice, ou « faire du chiffre » en sacrifiant à des thèmes à la mode ; nous souhaiterions seulement pouvoir accéder, et faire accéder, à des œuvres et des idées qui ont résisté au temps justement par leur capacité à nourrir l’homme commun. Si l’Iliade survit à tout, c’est que chacun peut voir dans la colère d’Achille une image de lui-même ; seulement il faut ouvrir le livre, et c’est ce qu’on décrète absurde en répétant que le peuple ne veut rien que du pain et des jeux.

Or l’intelligence n’est aujourd’hui méprisée par le peuple, qui semble alors lui préférer l’abrutissement, que parce que le monde des spécialistes du savoir a depuis longtemps cessé de se reconnaître des devoirs envers lui, pour ne débattre que de questions sans rapport avec la commune condition. Aussi est-ce, comme le disait Simone Weil dans l’Enracinement, parce que notre culture est trop basse, trop pédante et obscure, qu’elle ne peut plus être réellement populaire. Loin de signifier un renoncement intellectuel, l’idée d’une culture réellement populaire définit, pour qui la comprend, un vaste programme de travail théorique et politique.

Ce sera donc beaucoup pour nous-mêmes, si nous parvenons un moment à ne plus parler, dans les cours de l’Université Conventionnelle, comme des professionnels de l’enseignement à leur clientèle, mais encore comme des individus, qui ayant eu la chance, par leurs études, de croiser quelques grandes idées, pourraient parler à des amis.

Aussi le peuple et son idée sont-ils moins à trouver sous ses pas, qu’à faire advenir.


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tag:https://www.univ-conventionnelle.com,2019:rss-1069939 Inauguration de l'Université conventionnelle Tue, 14 Oct 2008 17:27:00 +0200 fr Frédéric Dupin Inauguration de l'Université conventionnelle

Bonsoir à toutes et à tous,

Je voudrais commencer par vous remercier d’être venu ce soir en nombre nous écouter. Par curiosité peut-être, ou pour marquer votre soutien à un projet associatif d’éducation populaire comme le nôtre, et au-delà, pour certains, pour témoigner de l'attachement aux valeurs, aux principes, et aux ambitions, que nous cherchons à défendre par son moyen.

Cette soirée est toutefois pour nous, vous vous en doutez, autant un commencement qu’un aboutissement.

Un commencement, d’une part, car en un sens tout ne fait que commencer. Et nous souhaitons, en somme, profiter de ce moment pour prendre avec vous rendez-vous pour l’avenir. Vous repartirez en effet d’ici avec le planning des cours que nous dispenserons durant le dernier trimestre 2008 au lycée Dorian, où nous souhaitons pouvoir vous retrouver nombreux…

Mais un aboutissement également, puisque, l’université conventionnelle ne naît pas véritablement ce soir. Elle occupe certains d’entre nous depuis plus d’un an, de préfecture en rendez-vous divers, de réunions tardives en bug informatique. Je ne voudrais donc pas manquer l’occasion ce soir de remercier chaleureusement celles et ceux qui nous ont aidé à faire d’une discussion animée entre quelques amis, une réalité.

Nous remerciements vont donc ce soir, sans ordre protocolaire particulier, je le précise ! à :

Mme Danielle Apocale, directrice de la maison des associations du onzième, qui est notre hôte ce soir, et dont la compétence et la disponibilité ont été d’un grand secours aux « heures sombres » de doute et de découragement !

M. Francis Duran-Franzini, Conseiller du onzième délégué à la vie associative, pour son efficacité auprès de la municipalité.

Un remerciement particulier pour M. Georges Sarre, Adjoint au maire de Paris, et conseiller de Paris pour le onzième, qui le premier m’avait accueilli, alors, dans son bureau de maire, et avait pris sur son emploi du temps un moment substantiel pour parler de philosophie et d’école.

Je voudrais également remercier, en notre nom à tous, M. Catherine Le Guern, proviseur du lycée Dorian, qui n’a pas pu être ce soir parmi nous, mais dont l’établissement hébergera nos enseignements en soirée.

Merci également à M. Pierre Lauret, membre du collectif associatif La Générale Nord Est, où nous prendrons également nos quartiers dès que les travaux au 14 avenue Parmentier seront terminés. Nous ne doutons pas que ce nouveau lieu sera riche de nouvelles rencontres, de nouvelles perspectives.

Je voudrais clore enfin cette liste, qui pourraient certes encore s’allonger tant il est vrai qu’on n’avance jamais seul lorsque l’on se décide à construire une association en général, et une université populaire en particulier, par un remerciement spécial pour Marthe Couvelaire, sans nul doute notre doyenne, et qui a eu la gentillesse, et si on veut l’honneur, d’être notre premier mécène. Merci à vous.



Une université populaire...
Inauguration de l'Université conventionnelle
Je voudrais maintenant en dire un peu plus sur notre université populaire, ses buts, ses moyens… et son nom !

Il y a en effet sans doute bien des manières pour un enseignement quelconque d’être ou de se vouloir populaire, et je crois que nous aurons dit l’essentiel de ce projet d’université conventionnelle si nous parvenons à expliquer nettement en quel sens nous souhaitons véritablement l’être.

L’école, l’université sont en effet des institutions « populaires » en un premier sens ; elles s’acquittent d’une mission de service public en garantissant le droit de chacun à l’éducation et à la formation. Toutefois, enseignants ou chercheurs pour la plupart d’entre nous, nous n’entendons pas refaire au sein de l’université conventionnelle ce qui occupe déjà l’essentiel de notre vie professionnelle.

Comme professeurs ou doctorants, il nous a en effet semblé nécessaire de rompre un peu, ou de suspendre un moment, la forme d’enfermement induit par les institutions où nous travaillons, et proposer une vision différente de l’école ou de l’université en décloisonnant le savoir pour le mettre, en quelques sortes, dans la rue.

La connaissance, la culture, l’intelligence ne sont pas plus en effet le privilège d’une caste d’experts ou d’universitaires, (que leur savoir coupe du reste le plus souvent de la langue comme de la pensée commune), qu’elles ne sont les problèmes spécifiques au monde enseignant. Nous sommes, en l’espèce, tous concernés.

La culture, dans sa forme la plus haute, relève en effet d’un bien commun qu’il appartient à chacun de faire vivre et de partager. Les diplômes ne dispensent pas de s’instruire ; pas plus que l’école n’est en elle-même un simple moment de la vie, réservée à l’enfance ou à la jeunesse. Ou alors il faudrait penser que l’inculture et l’ignorance sont des droits imprescriptibles de l’adulte et du citoyen. Que la première des libertés serait de parler sans réfléchir. Nous sommes, en un sens, tous responsables de la qualité des pensées communes.

Ces convictions placent sans nul doute l’Université conventionnelle parmi les « Universités populaires » qui à la suite de « L’université de tous les savoir » d’Yves Michaud ou « L’université populaire de Caen » de Michel Onfray, ont remis au goût du jour l’ambition des universités ouvrières de la fin du dix-neuvième siècle. Donner à ceux qui travaillent un moyen de juger du monde qui les entoure, de revenir, le temps d’une soirée, sur les bancs de l’école.

En plaçant nos cours en début de soirée, nous souhaitons en effet toucher un public d’actifs, insatisfait de ce que les médias, les journaux, ou même l’édition, leur offre pour nourrir une véritable réflexion.

C’est à ce dernier titre toutefois, qu’il nous a semblé nécessaire de s’écarter des deux modèles précédemment cités d’Université populaire associative.

... portée par un projet pédagogique fort...
Inauguration de l'Université conventionnelle
Nous ne croyons pas en effet que la simple vulgarisation d’un savoir universitaire spécialisé puisse réellement instruire quiconque. Il peut sans doute s’avérer intéressant d’écouter un spécialiste d’économie ou de biotechnologie parler de son travail. Mais qu’y gagne-t-on sinon de nouveaux détails à verser à son scepticisme habituel ?

Nous ne croyons pas non plus que proposer, comme au supermarché, une myriade de cours différents, coupés les uns des autres, puissent réellement former le jugement public. L’esprit a, en effet, selon nous moins besoin d’informations que de méthode.

La spécificité de l’Université conventionnelle tient donc à ce que notre engagement social pour décloisonner le savoir entend se doubler d’un engagement proprement pédagogique, et d’une réflexion sur ce qui, dans la multiplicité effrayante des savoirs, des connaissances et des discours de toutes sortes, peut réellement être commun, source de lien et de compréhension commune.

Il nous a semblé que deux choses pouvaient nous rapprocher et structurer notre enseignement.

Les grands textes, d’une part, qui n’ont survécu aussi longtemps que parce qu’ils parlaient véritablement à tous, et non point seulement aux hommes de leur temps. En effet, si nous pouvons encore lire Aristote, par exemple, c’est parce que sa pensée ne saurait être réduite aux préjugés d’un grec mort il y a près de 2400 ans ; mais qu’elle nous interroge nous-mêmes, dans nos passions et nos croyances. Ainsi de Dante, de Cervantès ou de Tocqueville.

De même, nous souhaitons d’autre part partir des grandes questions, (« qu’est-ce qu’une loi, le marché est-il moral, la science dit-elle vraie ? ») parce que si les croyances peuvent nous séparer, les interrogations et les doutes permettent de s’associer et de faire l’expérience d’une communauté irremplaçable, celle de la réflexion et du dialogue.

Voilà donc brièvement définie l’idée centrale de nos cours, et la partition de nos enseignement en deux catégories : des cours d’humanités, (des cours de lectures des grands textes), et des cours de rhétoriques (réfléchir ensemble à des grandes questions, sans préjuger d’un traitement disciplinaire ou spécialisé).

Vous avez pu peut-être également noter sur notre site une troisième catégorie de cours, les « ateliers » qui ont vocation à dispenser des cours de langue. Je n’ai pas besoin de préciser en quoi connaître la langue de l’autre est une exigence propre à nous rassembler. Mais Dora nous parlera tout à l’heure de l’atelier d’italien qu’elle animera.

Vous l’avez compris, nous entendons l’adjectif populaire en un sens précis, exigeant certainement.

Mais nous ne croyons pas qu’il suffise de rassembler des milliers de personnes dans un stade, ou devant leur téléviseur, pour qu’une communauté humaine existe réellement. Nous croyons même que c’est seulement par une dérisoire ironie que la popularité sondagière, ou celle de l’audimat prétendent aujourd’hui se substituer à l’idée d’un peuple.

Sans doute cette idée du peuple rassure-t-elle du reste les puissants, puisqu’elle leur donne aisément une raison de mépriser ceux qui travaillent et obéissent.

Il y a du vrai pourtant dans le reproche d’élitisme qu’on a pu nous adresser (ici même). Car bien sûr, cette ambition de proposer un enseignement réellement commun, nourri à la source de la tradition et du bon sens, est grande. Bien sûr, elle peut effrayer ce qu’on nomme, avec un certain mépris, le « grand public ».

Mais c’est qu’il est toujours difficile de s’instruire et de penser. Faire l’effort de lire Platon ou Dante est toujours difficile, même pour ceux qui ont la chance de faire profession du désir de s’instruire.

Aussi bien ne voulons-nous pas distraire ou amuser, mais permettre à qui voudra de partager ce travail avec nous ; je le répète, de travailler avec nous.

Nous n'ignorons pas qu'il est plus aisé de rassembler autour d'autres mots d'ordre, ou d'autres activités, ludiques ou culturelles. Mais s'il est un engagement intellectuel, peut-il être autre chose qu'une invitation à l'effort partagé de réflexion? Ce n’est qu’un peu d’attention et de patience, et ce "peu" pourrait bien être, à tout prendre, beaucoup.

... et un véritable pari politique
Inauguration de l'Université conventionnelle
Je voudrai ainsi terminer cette présentation par quelques mots sur la vocation politique de l’Université conventionnelle, et conclure sur le sens de son nom.

L’école et l’Université républicaine n’en finissent pas, en effet, de mourir aujourd’hui de ce qu’il faut bien appeler une haine de la pensée.

L’instruction ne saurait, paraît-il, suffire en effet à définir l’école ; elle doit prendre sur elle tous les malheurs du monde. Assurer un avenir pour chacun, moraliser des enfants exposés au consumérisme, pacifier des passions politiques ou religieuses que nul ne se soucie d’écouter, de comprendre, d’expliquer. On fait alors croire que la simple culture de l’intelligence commune, l’enseignement général, est un luxe ; luxe coûteux qu’on peut remettre à plus tard, car il faut toujours davantage « professionnaliser ». Pourtant, à ne plus instruire, on ne pourra pas même, on ne le voit que trop, assurer un minimum de justice sociale. Nous savons que nous perdons désormais sur les deux tableaux.

D’autre part, l’université s’enferme toujours plus dans le monde clos de la recherche, de la spécialisation. Elle devient un monde étranger qui ne semble plus capable de susciter que des querelles d’experts, et de nourrir toutes les instrumentalisations, tous les scepticismes.

Nous ne croyons pas que des réformes politiques et institutionnelles peuvent suffire à inverser cette tendance. Nous ne croyons pas qu’on puisse, pour soutenir l’école et l’université, se borner à des luttes politiques spécifiques, voire catégorielles, qui lassent ou indiffèrent l’opinion, et vouent ceux qui sont attachés à l'instruction à l'autisme ou au découragement.

Non. Il faut commencer par décréter la dignité de la culture, commencer par défendre face à l’opinion publique elle-même, la vocation du professeur dans ce qui la définit véritablement, et sa voix même.

Nous l’avons écrit, nous le redisons, nous ne croyons pas que l’école sauvera l’école, pas plus que la politique ne se sauvera elle-même de sa dérive populiste, et anti-Républicaine, si les citoyens eux-mêmes n’acceptent de travailler pour la raison commune.

Telle est donc le fond de notre projet, et son ambition politique. Tel est le type de combat qu’il nous semble nécessaire de mener, avec nos propres, et faibles moyens.

C’est bien cette dernière idée qui explique le choix de l’adjectif conventionnelle pour désigner notre université. Il s’agit certes de se distinguer ainsi des autres formes d’action pour l’instruction, qu’elles soient institutionnelles ou civiles.

Mais il s’agit plus encore de souligner l’engagement républicain qui sous-tend notre projet. La Convention de 1792 a été la première assemblée qui s’est crue en devoir d’être républicaine, c’est-à-dire de proclamer réellement la destination populaire, commune, du gouvernement. La première, et dans les horreurs d’une guerre civile, elle a posé que les gouvernants devaient s’allier au peuple, et quitter les hautes sphères du gouvernement ou de l’expertise pour accepter de travailler à la paix collective.

Ce n’est que dire que la République est à faire, non à décréter. le lien social ne naît pas de paroles mais d’efforts communs pour préciser ses idées, pour dialoguer. Aucune invocation militante, électorale ou gouvernementale ne pourra jamais nous dispenser de construire une pensée réellement commune, maîtresse de fraternité et de solidarité. Aucune agitation politique ne pourra dispenser de faire ce que tout le monde prétend vouloir, mais craint, ou oublie de mettre en oeuvre faute de lucidité ou de volonté.

Cela ne peut se faire sans exigence, également sans un peu de courage face aux mépris de profession, et surtout sans travail.

C’est à tout cela que nous vous invitons aujourd’hui.

Je vous remercie.


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tag:https://www.univ-conventionnelle.com,2019:rss-1042585 A comme action Thu, 18 Sep 2008 15:10:00 +0200 fr Société conventionnelle A comme action

Une université conventionnelle... de l'éducation populaire... C'est très bien, mais au fond pour quoi faire? Dans quels buts? Ce sont là des questions que nous avons souvent entendues ; sans parler du scepticisme qu'elles dissimulaient parfois assez mal. Nous voulons donc dire ici encore quelques mots sur ce qui nous rassemble dans une même démarche, sur ce qui fonde notre action commune. Nous voulons expliquer brièvement ce qui, à nos yeux, donne à notre démarche le caractère d’une nécessité et d’un véritable engagement politique. Ce n'est jamais que dire ce que nous voulons, et pourquoi cela nous semble nécessaire et juste de le faire.


D'où nous venons.
L’université conventionnelle s’est en effet pensée dès le début, dès les premières discussions qui ont présidé à la création de l’association, comme un projet politique. Ce n’est pas dire assez, sans doute ; car qui n’a pas, de nos jours, sa petite idée politique, ses indignations qui se tiennent pour des raisons, ou ses réflexes aveugles qui prétendent au courage ?

Ajoutons à cela une donnée générationnelle : le noyau fondateur du projet se trouve en effet constitué par de jeunes adultes qui ont fait leur éducation politique durant les années 90, de l’effondrement du Mur aux guerres en Yougoslavie, de l’ambigu consensus social-démocrate aux « révolutions » néo-libérales ou néo-conservatrices. Comme tout le monde, le spectre de la Justice sociale nous hante, sans pour autant toujours nous empêcher de dormir. L’Europe est pour nous autant une évidence humaine et individuelle qu’un mystère politique auquel user notre imagination. Sans doute faut-il tenir la « mondialisation », avec son cortège d’absurdités, d’incertitudes et d’horreurs, comme le principe caché derrière toute cette histoire. Nous sommes prêts à la sonder, à l’interroger, à la provoquer certainement, mais nous savons qu’il ne s’agit pas de la vaincre.

En bref, nous justifions des brevets réglementaires de politesse morale et de scepticisme informé. Ajoutons, puisque certains y verront peut-être motif à destitution, que nous avons eu la chance de les acquérir dans des institutions (l’École Normale Supérieure, Sciences-po, l’ENA) qu’il est d’usage de considérer, au choix, comme les temples de l’élitisme républicain ou ceux de la reproduction sociale et de la pensée unique.

Certains d’entre nous militent ou ont milité dans un parti politique. Comme citoyens, nous votons. Notre revendication d’indépendance n’a donc rien d’un apolitisme. Tout ne se vaut pas également à nos yeux dans la vaste foire d’empoignes démocratiques.

Toutefois, membres d’une génération qui paraît s’accommoder de l’alternative entre la nostalgie mélancolique et un pragmatisme sans idée, nous ne sommes guère pressés de jouer sans réserve, ou avec trop de sérieux, le jeu du militantisme.

Ce n’est en effet pas au sens courant du mot que nous croyons notre projet éminemment politique.

Il nous semble infiniment plus urgent, infiniment plus nécessaire, de tenter de proposer par nous-mêmes de nouveaux instruments à visée collective, capables d’influer par leurs vertus propres sur l’ordre social. Nous ne croyons pas à la toute puissance de la parole, de la simple discussion, quand elle n’est tempérée par aucun travail réel. Nous ne croyons pas que la justice, la paix ou l’intelligence puissent se dispenser de l’effort d’être étayées, voulues, construites méthodiquement. Nous savons qu’elles ont besoin d’ouvriers et non d’avocats.

C’est parce que nous manquons désormais cruellement des premiers, écrasés sous la foule des seconds, que nous avons voulu créer cette université populaire, encore fragile et embryonnaire ; non pour distraire, informer ou débattre, mais pour essayer véritablement d’instruire, c’est-à-dire de former des individualités et d’instituer une opinion publique réelle, consciente d’elle-même.




Comment nous comprenons le problème de l'instruction.
Nous croyons en effet que le mal central dont souffrent nos sociétés tient à l’indigence et l’incohérence des idées qui y circulent. Les demi-savoirs, les spécialités arrogantes, l’expertise souveraine assomment en effet le plus souvent toute velléité populaire pour comprendre et juger, laissant le champ libre à l’indifférence et à la démagogie.

Non que le savoir spécialisé n’ait sa force et sa vérité, à la place qui est la sienne (universités, laboratoires de recherche etc.). Seulement à quoi servent des techniques et des instruments d’analyse s’ils demeurent à eux-mêmes leurs propres fins, s’ils ne sont pas orientés par une idée claire du bien commun? À quoi nous servent ces vérités partielles, obscures, si nous ne sommes capables de les mettre au service de fins collectives ?

On dira peut-être que ce projet est paradoxal, à l’heure des « sociétés de la connaissance » et de l'information instantanée.

Mais précisément, pas un des savoirs qui s’élabore dans nos classes, nos laboratoires, nos partis politiques, ne semble en mesure de secouer le joug du scepticisme et de l’arrogance qui nous étouffe. Cette impuissance s’étale partout.

Il faut n’avoir jamais mis les pieds dans une salle de cours quelconque, ou n’avoir jamais mesuré les difficultés de l’enseignement proprement dit, pour croire encore que le savoir dispensé en général peut réellement former des citoyens, ou apprendre à chacun à reconnaître en l’autre en quelque manière un frère.

Ce n’est certes pas la bonne volonté qui manque. Léon Brunschvicg avait du reste coutume de dire que le monde aurait été sauvé mille fois déjà si la qualité des cœurs pouvait dispenser de la qualité des idées.Mais notre « économie du savoir » rive bien concrètement le chercheur à sa spécialité, quand sa formation même ne lui dissimule pas, à ses propres yeux, le sens de ce qu’il dit ou fait. Quant à l’enseignement primaire ou secondaire, le grand public n’imagine pas les obstacles qui s’opposent au désir, souvent partagé et silencieusement défendu par nombre de professeurs anonymes, de faire de sa classe autre chose, et plus, qu’une simple gare de triage pour le marché de la formation. Car les « compétences », les « savoir faire » et les « savoir être » ne font pas un homme quand l’esprit demeure en friches.

Qu’on tienne ainsi communément le débat, le conflit d’opinions ou d’expertises comme le sommet de la liberté civile, (qu'on songe un instant aux formes que prennent couramment le débat public dans nos médias) dissimule trop, en effet, le renoncement de l’intelligence à fonder réellement le lien social ou à organiser l’action collective. C’est seulement faute de mieux que nous croyons désormais aux procédures.

De là, cette tentation commune qui serait de penser que seule la religion peut rassembler réellement les individus, autrement voués par le démon moderne à une errance sceptique désespérée.

Qui ne voit pourtant que, sauf à rêver tout à fait, aucune religion actuelle, quelle qu’elle soit, ne sera jamais en mesure de réconcilier désormais les hommes, tandis que le risque est grand de voir bien réellement celles-ci les opposer et les déchirer plus que jamais ?

Mais la « crise de la modernité » ou le « retour du religieux » ne sont pas pour nous matière à éditorial. Nous n’y voyons aucune fatalité amère, ni aucun malin génie ayant maudit notre siècle. On ne saurait s’étonner en effet de ce que personne ne se comprenne plus, quand nul ne fait effort pour tisser des ponts entre des intelligences que les métiers et les spécialités séparent ; ou quand des réformes gouvernementales (juridiques, institutionnelles, etc), sans visée supérieure et avec pour seul but une volonté gesticulatoire de nos politiciens, prétendent dispenser de réformer les mœurs et les idées.

À différents niveaux nous nous sommes donc essentiellement rassemblés, d’une part, sur la base d’un constat simple, évident, largement partagé du reste : quasiment plus personne ne veut, ni surtout ne peut, désormais instruire, ni même souvent s'instruire, c’est-à-dire faire de l’intelligence la condition d’une pacification des rapports sociaux et d’une compréhension mutuelle ; et d’autre part sur l’expérience d’une volonté commune : ce travail patient d’instruction méthodique doit néanmoins être fait. Il en va là autant d'une nécessité que d'un devoir.

Nous convenons sans difficulté que d’autres seraient plus qualifiés que nous pour prendre en charge cette tâche ; seulement nous nous sommes lassés de les attendre. C’est pourquoi nous avons construit une première esquisse d’université au service du lien social et de l’intelligence commune.

Où nous allons.
Ce qui précède appelle indéniablement des éclaircissements. Nous espérons toutefois les donner en actes, non en paroles.

Nous voulons créer des moyens, à la fois souples et exigeants, pour inverser cette tendance. Car l’école ne sauvera pas l’école, pas plus que la politique ne sauvera la politique.

Et s’il faut naturellement ne point renoncer à défendre nos institutions qu’ont portées une réelle volonté de Justice, nous ne devons cependant pas avoir d’illusion sur ce que réserve aux défenseur de l’école ou de l’université une posture uniquement défensive. L’expérience devrait pourtant instruire. Cela fait maintenant longtemps que le combat pour l’école et l’université s’épuise en réformes et en contre-réformes, sans plus guère se soucier de sa finalité profonde.

Ces luttes et notre engagement présent n’ont toutefois rien de contradictoire.

Seulement nous avons peut-être davantage besoin, désormais, d’une véritable puissance d’institution organique, libre et indépendante qui porte à sa manière l’acte d’instruire, dans la rue même.

Car ne croyons pas que les murs d’une université ou d’une école peuvent longtemps préserver de l’incohérence quand la pression sociale sur les élèves, les étudiants et les professeurs a depuis longtemps fait en quelque sorte du savoir une affaire « privée », qu’elle soit de carrière, de chapelle ou d’ambition.

Ce que nous voulons faire, ainsi, c’est constituer un centre d’où reconstruire patiemment, à partir de ces richesses immenses que sont les Humanités et le bon sens, quelque chose comme une intelligence commune.

Ce que nous voulons faire, c’est tourner notre enseignement moins vers les individus ou les « classes sociales », que construire un instrument de politique éducative et culturelle qui puisse, à son niveau, soulager quelque peu nos institutions du poids de l’incohérence et de l’autisme intellectuel, afin de retisser un lien social dépassant réellement les différences qui séparent chacun de tous.

Des moyens existent. Des initiatives se dessinent en vue d’une prise en charge civile des véritables ambitions républicaines, au sein de nos universités comme en dehors. Certains d’entre nous ont pu, par exemple participer, à l’élaboration de plateformes de démocratisation de l’enseignement supérieur qui ne sacrifient ni à la démagogie compatissante ni à la dévaluation scolaire, comme le programme PEI de l'IEP de Lille. Des colloques, des revues, des maisons d’édition, des associations travaillent en ce sens.

Nous ne souhaitons que prendre notre place dans ce travail collectif.

Mais pourquoi une Université "conventionnelle"
Or cet effort pour tisser un lien social fondé sur le droit et l’intelligence n’est pas neuf. Il vient même de très loin. C’est la promesse même que porte l’idée de République.

Ainsi s’explique notre attachement à la Révolution française, et à ce terme de « conventionnel » qui désigna d’abord, en 1792, les députés de la première assemblée républicaine de France. Nous n’y voyons ni un slogan, ni un cri de ralliement. Plutôt une balise et le souvenir d’un travail engagé de longue date, et qu’on ne pourra guère poursuivre qu’en bâtissant de nouveaux ponts entre les intelligences.

Car la République est née d’abord d’une confiance dans les lumières du peuple lui-même, en cet élan des fédérations (dont l’image illustrant cette page commémore la fête, le 14 juillet 1790) qui est unité d’un corps politique, non pas autour d’un particularisme national, mais autour du principe républicain lui-même. Gouverner par le peuple et pour le peuple ; gouverner sans Dieu ni Roi, dira par la suite Gambetta.

Or c’est cette même ambition que la Convention, la première, a dû défendre, non plus dans le moment d’une fête, et l’idéalité d’une promesse, mais dans les horreurs d’une guerre civile, par l’alliance entre les sans culottes et l’assemblée.

Il nous appartient désormais de retrouver dans cet héritage, non pas le miroir de nos haines présentes, mais le ferment, rendu fertile par la distance du temps, d’un avenir commun. Cela ne se fera pas sans la patience d’une instruction libérée de l’urgence démocratique.

C’est à la construire que nous voulons aujourd’hui travailler.



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