Une université populaire en chair et en ligne, dédiée aux Humanités...


Inauguration de l'Université conventionnelle


Le 8 octobre 2008, à la Maison des Associations du onzième arrondissement, l'Université conventionnelle a ouvert ses portes et présenté son projet au public. Vous trouverez ici le discours d'accueil du président de l'association, Frédéric Dupin, ainsi que quelques photos de l'événement.


Inauguration de l'Université conventionnelle

Bonsoir à toutes et à tous,

Je voudrais commencer par vous remercier d’être venu ce soir en nombre nous écouter. Par curiosité peut-être, ou pour marquer votre soutien à un projet associatif d’éducation populaire comme le nôtre, et au-delà, pour certains, pour témoigner de l'attachement aux valeurs, aux principes, et aux ambitions, que nous cherchons à défendre par son moyen.

Cette soirée est toutefois pour nous, vous vous en doutez, autant un commencement qu’un aboutissement.

Un commencement, d’une part, car en un sens tout ne fait que commencer. Et nous souhaitons, en somme, profiter de ce moment pour prendre avec vous rendez-vous pour l’avenir. Vous repartirez en effet d’ici avec le planning des cours que nous dispenserons durant le dernier trimestre 2008 au lycée Dorian, où nous souhaitons pouvoir vous retrouver nombreux…

Mais un aboutissement également, puisque, l’université conventionnelle ne naît pas véritablement ce soir. Elle occupe certains d’entre nous depuis plus d’un an, de préfecture en rendez-vous divers, de réunions tardives en bug informatique. Je ne voudrais donc pas manquer l’occasion ce soir de remercier chaleureusement celles et ceux qui nous ont aidé à faire d’une discussion animée entre quelques amis, une réalité.

Nous remerciements vont donc ce soir, sans ordre protocolaire particulier, je le précise ! à :

Mme Danielle Apocale, directrice de la maison des associations du onzième, qui est notre hôte ce soir, et dont la compétence et la disponibilité ont été d’un grand secours aux « heures sombres » de doute et de découragement !

M. Francis Duran-Franzini, Conseiller du onzième délégué à la vie associative, pour son efficacité auprès de la municipalité.

Un remerciement particulier pour M. Georges Sarre, Adjoint au maire de Paris, et conseiller de Paris pour le onzième, qui le premier m’avait accueilli, alors, dans son bureau de maire, et avait pris sur son emploi du temps un moment substantiel pour parler de philosophie et d’école.

Je voudrais également remercier, en notre nom à tous, M. Catherine Le Guern, proviseur du lycée Dorian, qui n’a pas pu être ce soir parmi nous, mais dont l’établissement hébergera nos enseignements en soirée.

Merci également à M. Pierre Lauret, membre du collectif associatif La Générale Nord Est, où nous prendrons également nos quartiers dès que les travaux au 14 avenue Parmentier seront terminés. Nous ne doutons pas que ce nouveau lieu sera riche de nouvelles rencontres, de nouvelles perspectives.

Je voudrais clore enfin cette liste, qui pourraient certes encore s’allonger tant il est vrai qu’on n’avance jamais seul lorsque l’on se décide à construire une association en général, et une université populaire en particulier, par un remerciement spécial pour Marthe Couvelaire, sans nul doute notre doyenne, et qui a eu la gentillesse, et si on veut l’honneur, d’être notre premier mécène. Merci à vous.



Une université populaire...

Inauguration de l'Université conventionnelle
Je voudrais maintenant en dire un peu plus sur notre université populaire, ses buts, ses moyens… et son nom !

Il y a en effet sans doute bien des manières pour un enseignement quelconque d’être ou de se vouloir populaire, et je crois que nous aurons dit l’essentiel de ce projet d’université conventionnelle si nous parvenons à expliquer nettement en quel sens nous souhaitons véritablement l’être.

L’école, l’université sont en effet des institutions « populaires » en un premier sens ; elles s’acquittent d’une mission de service public en garantissant le droit de chacun à l’éducation et à la formation. Toutefois, enseignants ou chercheurs pour la plupart d’entre nous, nous n’entendons pas refaire au sein de l’université conventionnelle ce qui occupe déjà l’essentiel de notre vie professionnelle.

Comme professeurs ou doctorants, il nous a en effet semblé nécessaire de rompre un peu, ou de suspendre un moment, la forme d’enfermement induit par les institutions où nous travaillons, et proposer une vision différente de l’école ou de l’université en décloisonnant le savoir pour le mettre, en quelques sortes, dans la rue.

La connaissance, la culture, l’intelligence ne sont pas plus en effet le privilège d’une caste d’experts ou d’universitaires, (que leur savoir coupe du reste le plus souvent de la langue comme de la pensée commune), qu’elles ne sont les problèmes spécifiques au monde enseignant. Nous sommes, en l’espèce, tous concernés.

La culture, dans sa forme la plus haute, relève en effet d’un bien commun qu’il appartient à chacun de faire vivre et de partager. Les diplômes ne dispensent pas de s’instruire ; pas plus que l’école n’est en elle-même un simple moment de la vie, réservée à l’enfance ou à la jeunesse. Ou alors il faudrait penser que l’inculture et l’ignorance sont des droits imprescriptibles de l’adulte et du citoyen. Que la première des libertés serait de parler sans réfléchir. Nous sommes, en un sens, tous responsables de la qualité des pensées communes.

Ces convictions placent sans nul doute l’Université conventionnelle parmi les « Universités populaires » qui à la suite de « L’université de tous les savoir » d’Yves Michaud ou « L’université populaire de Caen » de Michel Onfray, ont remis au goût du jour l’ambition des universités ouvrières de la fin du dix-neuvième siècle. Donner à ceux qui travaillent un moyen de juger du monde qui les entoure, de revenir, le temps d’une soirée, sur les bancs de l’école.

En plaçant nos cours en début de soirée, nous souhaitons en effet toucher un public d’actifs, insatisfait de ce que les médias, les journaux, ou même l’édition, leur offre pour nourrir une véritable réflexion.

C’est à ce dernier titre toutefois, qu’il nous a semblé nécessaire de s’écarter des deux modèles précédemment cités d’Université populaire associative.

... portée par un projet pédagogique fort...

Inauguration de l'Université conventionnelle
Nous ne croyons pas en effet que la simple vulgarisation d’un savoir universitaire spécialisé puisse réellement instruire quiconque. Il peut sans doute s’avérer intéressant d’écouter un spécialiste d’économie ou de biotechnologie parler de son travail. Mais qu’y gagne-t-on sinon de nouveaux détails à verser à son scepticisme habituel ?

Nous ne croyons pas non plus que proposer, comme au supermarché, une myriade de cours différents, coupés les uns des autres, puissent réellement former le jugement public. L’esprit a, en effet, selon nous moins besoin d’informations que de méthode.

La spécificité de l’Université conventionnelle tient donc à ce que notre engagement social pour décloisonner le savoir entend se doubler d’un engagement proprement pédagogique, et d’une réflexion sur ce qui, dans la multiplicité effrayante des savoirs, des connaissances et des discours de toutes sortes, peut réellement être commun, source de lien et de compréhension commune.

Il nous a semblé que deux choses pouvaient nous rapprocher et structurer notre enseignement.

Les grands textes, d’une part, qui n’ont survécu aussi longtemps que parce qu’ils parlaient véritablement à tous, et non point seulement aux hommes de leur temps. En effet, si nous pouvons encore lire Aristote, par exemple, c’est parce que sa pensée ne saurait être réduite aux préjugés d’un grec mort il y a près de 2400 ans ; mais qu’elle nous interroge nous-mêmes, dans nos passions et nos croyances. Ainsi de Dante, de Cervantès ou de Tocqueville.

De même, nous souhaitons d’autre part partir des grandes questions, (« qu’est-ce qu’une loi, le marché est-il moral, la science dit-elle vraie ? ») parce que si les croyances peuvent nous séparer, les interrogations et les doutes permettent de s’associer et de faire l’expérience d’une communauté irremplaçable, celle de la réflexion et du dialogue.

Voilà donc brièvement définie l’idée centrale de nos cours, et la partition de nos enseignement en deux catégories : des cours d’humanités, (des cours de lectures des grands textes), et des cours de rhétoriques (réfléchir ensemble à des grandes questions, sans préjuger d’un traitement disciplinaire ou spécialisé).

Vous avez pu peut-être également noter sur notre site une troisième catégorie de cours, les « ateliers » qui ont vocation à dispenser des cours de langue. Je n’ai pas besoin de préciser en quoi connaître la langue de l’autre est une exigence propre à nous rassembler. Mais Dora nous parlera tout à l’heure de l’atelier d’italien qu’elle animera.

Vous l’avez compris, nous entendons l’adjectif populaire en un sens précis, exigeant certainement.

Mais nous ne croyons pas qu’il suffise de rassembler des milliers de personnes dans un stade, ou devant leur téléviseur, pour qu’une communauté humaine existe réellement. Nous croyons même que c’est seulement par une dérisoire ironie que la popularité sondagière, ou celle de l’audimat prétendent aujourd’hui se substituer à l’idée d’un peuple.

Sans doute cette idée du peuple rassure-t-elle du reste les puissants, puisqu’elle leur donne aisément une raison de mépriser ceux qui travaillent et obéissent.

Il y a du vrai pourtant dans le reproche d’élitisme qu’on a pu nous adresser (ici même). Car bien sûr, cette ambition de proposer un enseignement réellement commun, nourri à la source de la tradition et du bon sens, est grande. Bien sûr, elle peut effrayer ce qu’on nomme, avec un certain mépris, le « grand public ».

Mais c’est qu’il est toujours difficile de s’instruire et de penser. Faire l’effort de lire Platon ou Dante est toujours difficile, même pour ceux qui ont la chance de faire profession du désir de s’instruire.

Aussi bien ne voulons-nous pas distraire ou amuser, mais permettre à qui voudra de partager ce travail avec nous ; je le répète, de travailler avec nous.

Nous n'ignorons pas qu'il est plus aisé de rassembler autour d'autres mots d'ordre, ou d'autres activités, ludiques ou culturelles. Mais s'il est un engagement intellectuel, peut-il être autre chose qu'une invitation à l'effort partagé de réflexion? Ce n’est qu’un peu d’attention et de patience, et ce "peu" pourrait bien être, à tout prendre, beaucoup.

... et un véritable pari politique

Inauguration de l'Université conventionnelle
Je voudrai ainsi terminer cette présentation par quelques mots sur la vocation politique de l’Université conventionnelle, et conclure sur le sens de son nom.

L’école et l’Université républicaine n’en finissent pas, en effet, de mourir aujourd’hui de ce qu’il faut bien appeler une haine de la pensée.

L’instruction ne saurait, paraît-il, suffire en effet à définir l’école ; elle doit prendre sur elle tous les malheurs du monde. Assurer un avenir pour chacun, moraliser des enfants exposés au consumérisme, pacifier des passions politiques ou religieuses que nul ne se soucie d’écouter, de comprendre, d’expliquer. On fait alors croire que la simple culture de l’intelligence commune, l’enseignement général, est un luxe ; luxe coûteux qu’on peut remettre à plus tard, car il faut toujours davantage « professionnaliser ». Pourtant, à ne plus instruire, on ne pourra pas même, on ne le voit que trop, assurer un minimum de justice sociale. Nous savons que nous perdons désormais sur les deux tableaux.

D’autre part, l’université s’enferme toujours plus dans le monde clos de la recherche, de la spécialisation. Elle devient un monde étranger qui ne semble plus capable de susciter que des querelles d’experts, et de nourrir toutes les instrumentalisations, tous les scepticismes.

Nous ne croyons pas que des réformes politiques et institutionnelles peuvent suffire à inverser cette tendance. Nous ne croyons pas qu’on puisse, pour soutenir l’école et l’université, se borner à des luttes politiques spécifiques, voire catégorielles, qui lassent ou indiffèrent l’opinion, et vouent ceux qui sont attachés à l'instruction à l'autisme ou au découragement.

Non. Il faut commencer par décréter la dignité de la culture, commencer par défendre face à l’opinion publique elle-même, la vocation du professeur dans ce qui la définit véritablement, et sa voix même.

Nous l’avons écrit, nous le redisons, nous ne croyons pas que l’école sauvera l’école, pas plus que la politique ne se sauvera elle-même de sa dérive populiste, et anti-Républicaine, si les citoyens eux-mêmes n’acceptent de travailler pour la raison commune.

Telle est donc le fond de notre projet, et son ambition politique. Tel est le type de combat qu’il nous semble nécessaire de mener, avec nos propres, et faibles moyens.

C’est bien cette dernière idée qui explique le choix de l’adjectif conventionnelle pour désigner notre université. Il s’agit certes de se distinguer ainsi des autres formes d’action pour l’instruction, qu’elles soient institutionnelles ou civiles.

Mais il s’agit plus encore de souligner l’engagement républicain qui sous-tend notre projet. La Convention de 1792 a été la première assemblée qui s’est crue en devoir d’être républicaine, c’est-à-dire de proclamer réellement la destination populaire, commune, du gouvernement. La première, et dans les horreurs d’une guerre civile, elle a posé que les gouvernants devaient s’allier au peuple, et quitter les hautes sphères du gouvernement ou de l’expertise pour accepter de travailler à la paix collective.

Ce n’est que dire que la République est à faire, non à décréter. le lien social ne naît pas de paroles mais d’efforts communs pour préciser ses idées, pour dialoguer. Aucune invocation militante, électorale ou gouvernementale ne pourra jamais nous dispenser de construire une pensée réellement commune, maîtresse de fraternité et de solidarité. Aucune agitation politique ne pourra dispenser de faire ce que tout le monde prétend vouloir, mais craint, ou oublie de mettre en oeuvre faute de lucidité ou de volonté.

Cela ne peut se faire sans exigence, également sans un peu de courage face aux mépris de profession, et surtout sans travail.

C’est à tout cela que nous vous invitons aujourd’hui.

Je vous remercie.


Frédéric Dupin








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