Disons tout! De telles interrogations (1) aujourd'hui ne seraient pas sans péril, et surtout à Rome. Celui qui les fera, en effet, ne devra évidemment pas les faire dans un coin ; il devra aborder un personnage consulaire, si l'occasion s'en présente, ou bien un richard, et lui poser cette question : Peux-tu me dire à qui tu as confié tes chevaux ?
— Moi!
— Au premier venu, sans connaissance de l'équitation ?
— Nullement.
— Eh bien ! à qui as-tu confié ton argent, ton or, tes vêtements ?
— Je ne les ai pas non plus confiés au premier venu.
— Et ton corps, as-tu bien examiné à qui tu en confierais le soin ?
— Comment non ?
— Evidemment encore à quelqu'un qui se connût aux exercices du gymnase et à la médecine ?
— Parfaitement.
— Est-ce donc là ce que tu as de meilleur ? Ou n'as-tu pas quelque chose qui vaille mieux encore ?
— De quoi parles-tu ?
— De ce qui use de tout cela, par Jupiter ! de ce qui juge chacune de ces choses et qui en délibère.
— Tu veux parler de l'âme ?
— Tu m'as compris ; c'est d'elle que je parle.
— Par Jupiter ! je crois avoir là une chose qui vaut beaucoup mieux que toutes les autres.
— Peux-tu donc nous dire comment tu prends soin de ton âme ? Car il n'est pas probable que toi, qui es un homme de sens, si considéré dans la ville, tu ailles, sans réflexion, abandonner au hasard ce qu'il y a de meilleur en toi, que tu le négliges et le laisses dépérir ?
— Pas du tout.
— En prends-tu donc soin toi-même ? Et alors est-ce d'après les le-çons de quelqu'un, ou d'après tes propres idées ?
Il y a grand péril à ce moment que cet homme ne te dise tout d'abord : De quoi te mêles-tu, mon cher ? Est-ce que tu es mon juge ? Puis, si tu ne cesses pas de l'ennuyer, il est à craindre qu'il ne lève le poing et ne te frappe. Moi aussi, jadis, j'ai eu le goût de ces interrogations ; mais c'était avant de rencontrer cet accueil.
Note
(1) Il s’agit du dialogue socratique.
— Moi!
— Au premier venu, sans connaissance de l'équitation ?
— Nullement.
— Eh bien ! à qui as-tu confié ton argent, ton or, tes vêtements ?
— Je ne les ai pas non plus confiés au premier venu.
— Et ton corps, as-tu bien examiné à qui tu en confierais le soin ?
— Comment non ?
— Evidemment encore à quelqu'un qui se connût aux exercices du gymnase et à la médecine ?
— Parfaitement.
— Est-ce donc là ce que tu as de meilleur ? Ou n'as-tu pas quelque chose qui vaille mieux encore ?
— De quoi parles-tu ?
— De ce qui use de tout cela, par Jupiter ! de ce qui juge chacune de ces choses et qui en délibère.
— Tu veux parler de l'âme ?
— Tu m'as compris ; c'est d'elle que je parle.
— Par Jupiter ! je crois avoir là une chose qui vaut beaucoup mieux que toutes les autres.
— Peux-tu donc nous dire comment tu prends soin de ton âme ? Car il n'est pas probable que toi, qui es un homme de sens, si considéré dans la ville, tu ailles, sans réflexion, abandonner au hasard ce qu'il y a de meilleur en toi, que tu le négliges et le laisses dépérir ?
— Pas du tout.
— En prends-tu donc soin toi-même ? Et alors est-ce d'après les le-çons de quelqu'un, ou d'après tes propres idées ?
Il y a grand péril à ce moment que cet homme ne te dise tout d'abord : De quoi te mêles-tu, mon cher ? Est-ce que tu es mon juge ? Puis, si tu ne cesses pas de l'ennuyer, il est à craindre qu'il ne lève le poing et ne te frappe. Moi aussi, jadis, j'ai eu le goût de ces interrogations ; mais c'était avant de rencontrer cet accueil.
Note
(1) Il s’agit du dialogue socratique.