"Je trouve que cette comédie [Le Misanthrope] nous découvre mieux qu'aucune autre la véritable vue dans laquelle Molière a composé son théâtre ; et nous peut mieux faire juger de ses vrais effets. Ayant à plaire au public, il a consulté le goût le plus général de ceux qui le composent: sur ce goût il s'est formé un modèle, et sur ce modèle un tableau des défauts contraires, dans lequel il a pris ses caractères comiques, et dont il a distribué les divers traits dans ses pièces. Il n'a donc point prétendu former un honnête homme, mais un homme du monde ; par conséquent, il n'a point voulu corriger les vices ; mais les ridicules ; et comme j'ai déjà dit, il a trouvé dans le vice même un instrument très propre à y réussir. Ainsi voulant exposer à la risée publique tous les défauts opposés aux qualités de l'homme aimable, de l'homme de société, après avoir joué tant d'autres ridicules, il lui restait à jouer celui que le monde pardonne le moins, le ridicule de la vertu: c'est ce qu'il a fait dans Le Misanthrope."
Rousseau, Lettre à d'Alembert, Editions Flammarion, Paris, 2003, pp.85-86
Texte commenté lors de la séance du 1er avril 2010 de l'atelier "l'art est-il politique?"
Rousseau, Lettre à d'Alembert, Editions Flammarion, Paris, 2003, pp.85-86
Texte commenté lors de la séance du 1er avril 2010 de l'atelier "l'art est-il politique?"