un atelier de lecture animé par Jean-Michel Muglioni


Le cours se tiendra le mercredi 23 mai 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. L'entrée est libre et gratuite.


Eric Weil
Eric Weil
Nous improviserons pour ce dernier cours de l’année une conclusion de ces leçons kantiennes.

Que signifie la distinction des noumènes et es phénomènes ? Pourquoi Eric Weil a-t-il raison d’insister sur la distinction de la pensée et de la connaissance ?

J’ai en effet cette année mis l’accent sur la limitation de la connaissance, et donc sur la fonction des concepts qui, même a priori, n’ont de sens qu’en tant qu’ils sont les principes de l’organisation de l’expérience. Cela ne signifie pourtant pas qu’une métaphysique qui est « pensée » et non « connaissance (au sens de la physique ou des mathématiques) soit possible.



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Jean-Michel Muglioni Samedi 19 Mai 2012


Le cours se tiendra le mercredi 09 mai 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. L'entrée est libre et gratuite.


Révolution copernicienne et théorie de l'expérience (09/05/12)
Nous avons jusqu’ici esquissé l’idée de l’unité originairement synthétique de l’aperception à partir d’une réflexion sur ce que c’est qu’un concept.
L’expérience elle-même requiert l’unification de la diversité sensible qui ne serait même pas une donnée pour la conscience si elle n’était « toujours déjà » unifiée. Tel est le sens kantien de l’a priori, a priori de l’a posteriori, pour reprendre une expression de Michèle Beyssade.

Nous allons reprendre cette théorie de l’expérience, qui montre que notre expérience est organisée par la raison et implique donc que nous reformulions la question du rapport du rationnel et de l’empirique.

N.B. : j’ai mis l’accent sur la théorie kantienne de l’expérience parce que c’est un biais permet d’entrer dans la Critique de la raison pure. Cela ne signifie pas qu’il faille considérer que la Critique de la raison pure n’est qu’uen théorie de l’expérience.

KANT. Critique de la raison pure. Préface de la 2° édition, 1787.
B XII-XIII-XIV.

Quand Galilée fit rouler ses sphères sur un plan incliné avec un degré d'accélération dû à la pesanteur qu'il avait lui-même choisi, quand Torricelli fit supporter à l'air un poids qu'il savait lui-même d'avance être égal à celui d'une colonne d'eau à lui connu, ou quand, plus tard, Stahl transforma les métaux en chaux et la chaux en métal, en leur ôtant ou en lui restituant quelque chose (1), ce fut une illumination pour tous les physiciens. Ils comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres projets et qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements suivant des lois immuables, qu'il lui faut forcer la nature à répondre à ses questions, et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle ; car autrement, faites au hasard et sans aucun plan tracé d'avance, nos observations ne se rassemblent pas en une loi nécessaire, chose que la raison cherche et dont elle a besoin. Il faut donc que la raison se présente à la nature, tenant, d'une main, ses principes qui seuls peuvent faire que la concordance des phénomènes ait valeur de loi, et de l'autre, l'expérimentation qu'elle a imaginée [ausgedachten] d'après ses principes, pour être instruite par elle, il est vrai, mais non pas comme un écolier qui se fait souffler toutes les réponses que veut son maître, mais, au contraire, comme un juge en fonctions qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose. Et ainsi la physique est redevable de la révolution si profitable opérée dans sa manière de penser [Denkart] uniquement à cette idée [Einfall] qu'il lui faut chercher dans la nature - et non pas faussement imaginer [anzudichten] en elle - conformément à ce que la raison y transporte elle-même, ce qu'il faut qu'elle en apprenne et dont elle ne pourrait rien connaître par elle-même. C'est avant tout par là que la science de la nature a été mise sur la sûre voie d'une science, alors que depuis tant de siècles elle en était restée à de simples tâtonnements.

(1) note de Kant : Je ne suis pas ici d'une manière précise le fil de l'histoire de la méthode expérimentale, dont les premiers débuts, d'ailleurs, ne sont pas bien connus.






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Jean-Michel Muglioni Samedi 5 Mai 2012


Le cours se tiendra le mercredi 11 avril 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. L'entrée est libre et gratuite.


Retour sur la révolution copernicienne (11/04/12)
Nous poursuivrons notre réflexion sur l’idée d’une unité originairement synthétique de l’aperception : unité de la conscience qui n’est pas l’objet d’une psychologie empirique ou rationnelle.

Ce sera le moment de revenir sur l’idée de révolution copernicienne, c’est-à-dire de comprendre en quel sens l’objectivité requiert un sujet, et quelle est la nature de ce sujet.
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Jean-Michel Muglioni Samedi 7 Avril 2012


Le cours se tiendra le mercredi 28 mars 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. L'entrée est libre et gratuite.


Concept et logique (28/03/12)
Nous cherchons ce que c’est qu’un concept. Notre réflexion porte sur la nature de l’unité qui fait qu’un concept est un concept, c’est-à-dire rassemble sous lui une diversité de représentations.Après avoir compris en quel sens on pouvait parler d’une unité sensible, nous allons par la lecture de quelques pages de Rousseau mises en ligne la semaine dernière, comprendre que l’unité que nous cherchons est intellectuelle et comme telle irréductible au sensible.

Voici la manière dont Kant rendait compte de la même idée à ses étudiants dans son cours de Logique :

KANT, Logique, Chapitre 1. Des concepts, (Vrin 102 sq. traduction Guillermit. Remarque.)

§ 6. Acte logique de comparaison, de réflexion et d’abstraction.

Les actes logiques de l’entendement qui produisent les concepts selon la forme sont :
1/ la comparaison (Comparation) c’est-à-dire la confrontation (Vergleichung) des représentations entre elles en relation avec l’unité de la conscience.
2/ la réflexion (Reflexion) c’est-à-dire la prise en considération (Ueberlegung) de la manière dont diverses représentations peuvent être saisies (begriffen) dans une conscience.
3/ enfin l'abstraction, (Abstraction) ou la séparation (Absonderung) de tout ce en quoi pour le reste les représentations données se distinguent.

Remarque.
1/ Pour faire des concepts à partir de représentations, il faut donc comparer, réfléchir et abstraire, car ces trois opérations logiques de l’entendement sont les conditions générales et essentielles de production de tout concept en général. - Par exemple, je vois un pin, un saule et un tilleul. En comparant tout d’abord ces objets entre eux, je remarque qu’ils diffèrent les uns des autres au point de vue du tronc, des branches, des feuilles, etc.… ; mais si ensuite je réfléchis uniquement à ce qu’ils ont de commun entre eux, le tronc, les branches et les feuilles-mêmes et si je fais abstraction de leur taille, de leur configuration, etc. j’obtiens un concept d’arbre.
2/ On n’emploie pas toujours correctement en logique le terme : abstraction. Nous ne devons pas dire abstraire quelque chose (abstrahere aliquid), mais abstraire de quelque chose (abstrahere ab aliquo). Si par exemple dans un drap écarlate je pense uniquement la couleur rouge, je fais abstraction du drap ; si je fais en outre abstraction de ce dernier en me mettant à penser l’écarlate comme une substance matérielle en général, je fais abstraction d’encore plus de déterminations, et mon concept est devenu par là encore plus abstrait. Car plus on écarte d’un concept de caractères distinctifs des choses, c’est-à-dire plus on en abstrait de déterminations, plus le concept est abstrait. C’est donc abstrayants (conceptus abstrahentes) qu’on devrait nommer les concepts abstraits, c’est-à-dire ceux dans lesquels davantage d’abstractions ont eu lieu. Ainsi par exemple le concept de corps n’est pas à proprement parler un concept abstrait ; car du corps lui-même je ne peux faire abstraction, puisque dans ce cas je n’en aurais pas le concept. Mais il faut bien que je fasse abstraction de la taille, de la couleur, de la dureté ou de la fluidité, bref de toutes les déterminations spéciales des corps particuliers. – Le concept le plus abstrait est celui qui n’a rien de commun avec ceux qui diffèrent de lui. C’est le concept de quelque chose (Etwas) ; car le concept qui s’en distingue est celui de rien (Nichts) et il n’a donc rien de commun avec le quelque chose.
3/ L’abstraction n’est que la condition négative qui permet la production de représentations à valeur universelle ; la condition positive, c’est la comparaison et la réflexion. Car l’abstraction ne fait naître aucun concept ; - l’abstraction ne fait que l’achever et l’enfermer dans les limites déterminées qui sont les siennes.




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Jean-Michel Muglioni Dimanche 25 Mars 2012


Le cours se tiendra le mercredi 14 mars 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. L'entrée est libre et gratuite.


L’unité de dénomination est-elle sensible ou intellectuelle ? (14/03/12)
Nous faisons un long détour pour parvenir à comprendre ce que c’est qu’un concept (et ceci dans une perspective définie par Kant, un concept, une catégorie, ou, quand il s’agit des notions géométriques et mathématiques en général, un schème, mais nous n’avons pas encore envisagé cette année cette dernière notion).

Nous sommes arrivés à poser le problème de l’unité de dénomination : qu’est-ce qui fait que nous pouvons réunir sous un seul terme une diversité d’idées différentes ? Nous parlons tous des langues dont les termes sont généraux : nous pouvons réunir sous le nom « arbre » la diversité des idées particulières par lesquelles nous nous représentons des arbres. Comment est-ce possible ? La réponse de Hume, c’est que ces idées particulières ont entre elles une ressemblance. Et donc l’unité recherchée est sensible et non intellectuelle : l’unité de dénomination a pour principe quelque chose qui est encore d’ordre sensible et non pas proprement conceptuel. Il n’y a pas de concept d’arbre correspondant au mot arbre !

Je vais prendre le temps de montrer qu’en effet il peut y avoir quelque chose comme une unité sensible et non intellectuelle ou conceptuelle qui permet de réunir sous un terme commun diverses représentations. Ainsi les couleurs chaudes sont unifiées par un caractère sensible et non intellectuel. Et pour rendre compte de la correspondance sensible qui fait l’unité de cinq sens, nous relirons Baudelaire.

Correspondances

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


Charles Baudelaire, les fleurs du mal

Concept, ressemblance et similitude

Une fois que nous aurons approfondi l’idée d’une unité sensible au principe de l’unité de dénomination, nous nous demanderons si, comme le dit Hume, c’est vraiment une ressemblance qui permet d’appeler simples toutes les idées simples et si nous pouvons nous passer de concepts comme il le demande.
Il y a là une réflexion assez difficile !

Ce sera donc l’occasion de montrer à des non-spécialistes sur quel type de problème achoppent les philosophes. Occasion d’apprendre à s’étonner sur ce qui d’ordinaire va de soi. La vraie philosophie ne répond pas aux questions que les hommes ont coutume de se poser avant d’avoir réfléchi et qui nourrissent les débats médiatiques (ou les modes philosophiques) : elle apprend à s’étonner de ce qui d’ordinaire va de soi, à s’interroger sur ce que précisément ces faux débats ne remettent jamais en question.

Nous suivrons (peut-être seulement le 28 mars) sur ce point Rousseau dont voici un extrait (célèbre !).

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1° partie

Il s’agit d’une réflexion sur l’impossibilité de monter comment les hommes ont pu inventer une langue !

[28] Chaque objet reçut d'abord un nom particulier, sans égard aux genres, et aux espèces, que ces premiers instituteurs n'étaient pas en état de distinguer ; et tous les individus se présentèrent isolés à leur esprit, comme ils le sont dans le tableau de la nature. Si un chêne s'appelait A, un autre chêne s'appelait B : de sorte que plus les connaissances étaient bornées, et plus le dictionnaire devint étendu. L'embarras de toute cette nomenclature ne put être levé facilement : car pour ranger les êtres sous des dénominations communes, et génériques, il en fallait connaître les propriétés et les différences ; il fallait des observations, et des définitions, c'est-à-dire, de l'histoire naturelle et de la métaphysique, beaucoup plus que les hommes de ce temps-là n'en pouvaient avoir.
[29] D'ailleurs, les idées générales ne peuvent s'introduire dans l'esprit qu'à l'aide des mots, et l'entendement ne les saisit que par des propositions. C'est une des raisons pour quoi les animaux ne sauraient se former de telles idées, ni jamais acquérir la perfectibilité qui en dépend. Quand un singe va sans hésiter d'une noix à l'autre, pense-t-on qu'il ait l'idée générale de cette sorte de fruit, et qu'il compare son archétype à ces deux individus ? Non sans doute ; mais la vue de l'une de ces noix rappelle à sa mémoire les sensations qu'il a reçues de l'autre, et ses yeux, modifiés d'une certaine manière, annoncent à son goût la modification qu'il va recevoir. Toute idée générale est purement intellectuelle ; pour peu que l'imagination s'en mêle, l'idée devient aussitôt particulière. Essayez de vous tracer l'image d'un arbre en général, jamais vous n'en viendrez à bout, malgré vous il faudra le voir petit ou grand, rare ou touffu, clair ou foncé, et s'il dépendait de vous de n'y voir que ce qui se trouve en tout arbre, cette image ne ressemblerait plus à un arbre. Les êtres purement abstraits se voient de même, ou ne se conçoivent que par le discours. La définition seule du triangle vous en donne la véritable idée : sitôt que vous en figurez un dans votre esprit, c'est un tel triangle et non pas un autre, et vous ne pouvez éviter d'en rendre les lignes sensibles ou le plan coloré. Il faut donc énoncer des propositions, il faut donc parler pour avoir des idées générales ; car sitôt que l'imagination s'arrête, l'esprit ne marche plus qu'à l'aide du discours. Si donc les premiers inventeurs n'ont pu donner des noms qu'aux idées qu'ils avaient déjà, il s'ensuit que les premiers substantifs n'ont pu jamais être que des noms propres.

L’objectif du cours est de montrer à partir de cette analyse ce qu’est l’unité intellectuelle ou conceptuelle pour passer de l’idée d’une unité conceptuelle ou intellectuelle, à celle d’unité de la conscience qui est au cœur de la Critique de la raison pure.

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Jean-Michel Muglioni Dimanche 11 Mars 2012


Le cours se tiendra le mercredi 15 février 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. L'entrée est libre et gratuite.


Hume et les idées abstraites (15/02/12)
Après avoir rapidement reprise le problème de l’idée de substance tel qu’il se pose chez Locke, nous nous interrogerons avec Hume sur la nature de nos idées générales et abstraies et nous méditerons un beau paradoxe philosophique : Hume nie que nous ayons des idées générales ou abstraites: c'est dire que ce qu’on appelle un concept n’est rien ! Il n’y a que des idées particulières ou images, et des mots généraux qui les évoquent, mais auxquels ne correspondent pas de représentations générales (ce que nous avons appelé des concepts).

Ce détour nous permettra (mais une autre fois !) de mieux comprendre la nature des concepts et en quoi ils sont en effet d’un tout autre ordre que des images ou représentations sensibles.

David Hume

TRAITÉ DE LA NATURE HUMAINE

Livre I, l’entendement
Section VI – les idées abstraites
…Le mot fait surgir une idée individuelle et conjointement une certaine coutume, cette coutume produit toute autre idée individuelle qui peut nous être utile. Mais comme la production de toutes les idées, auxquelles le nom peut s'appliquer, est impossible dans la plupart des cas, nous abrégeons ce travail en limitant notre examen ; et, trouvons-nous, peu d'inconvénients résultent pour notre raisonnement de cet abrègement.
Car c'est l'une des plus extraordinaires circonstances, dans le cas présent, qu'une fois que l'esprit a produit une idée individuelle, sur laquelle nous raisonnons, la coutume conjointe, éveillée par le mot abstrait ou général, suggère promptement une autre idée individuelle, s'il se trouve que nous formions un raisonnement qui ne s'accorde pas avec celle-ci. Ainsi, si nous mentionnons le mot triangle et formons l'idée d'un triangle équilatéral particulier pour lui correspondre et qu'ensuite nous affirmions que les trois angles d'un triangle sont égaux entre eux, les autres idées individuelles de triangles scalènes et de triangles isocèles, que nous négligions d'abord, s'assemblent aussitôt en nous et nous font voir la fausseté de cette proposition, en dépit de sa vérité à l'égard de l'idée que nous avions d'abord formée. Si l’esprit ne suggère pas toujours ces idées en temps voulu, c’est une conséquence de quelque imperfection de ses facultés ; et des semblables imperfections sont souvent causes d’erreurs de raisonnements et de sophismes. Mais cela se produit surtout pour les idées abstruses et complexes. Dans les autres cas, la coutume est plus complète et il est rare que nous tombions dans de pareilles erreurs.
Oui, si complète est la coutume que la même idée exactement peut être liée à plusieurs mots différents et employée en des raisonnements différents sans crainte de méprise. Ainsi l’idée d’un triangle équilatéral haut d’un pouce peut nous servir à parler d’une figure, d’une figure rectiligne, d’une figure régulière, d’un triangle et d’un triangle équilatéral. Donc, dans cet exemple, tous ces termes s’accompagnent de la même idée ; mais, come on a l’habitude de les employer avec plus ou moins d’étendue, ils éveillent leur habitude propre et, par là, ils mettent l’esprit en état de veiller à ce que ne soit formée aucune conclusion contraire au idées ordinairement comprises sous eux.
Avant que ces habitudes ne soient devenues entièrement parfaites, l’esprit peut sans doute ne pas se contenter de former l’idée d’un seul objet individuel, et il peut passer sur plusieurs idées pour se faire comprendre sa propre intention et l’étendue de la collection qu’il veut exprimer par le terme général. Pour fixer le sens du mot figure, nous pouvons rouler dans notre esprit les de cercles , carrés, parallélogrammes, triangles de différentes tailles et proportions et ne pas nous fixer sur une seule image ou idée. Quoi qu'il en soit, il est certain que nous formons l'idée d'êtres individuels chaque fois que nous employons un terme général ; que, rarement ou jamais, nous ne pouvons épuiser ces cas individuels ; et que ceux qui restent sont seulement représentés par cette habitude, qui nous permet de les rappeler, chaque fois que l'exigent les circonstances du moment. Telle est donc la nature de nos idées abstraites et de nos termes généraux ; et c’est de cette manière que nous expliquons le paradoxe précédent, que les idées sont particulières par leur nature et générales par ce qu’elles représentent. Une idée particulière devient générale quand on l'unit à un terme général ; c'est-à-dire, à un terme qui, par conjonction habituelle, a rapport à de nombreuses autres idées particulières et les rappelle promptement dans l'imagination.


Trad. André Leroy.

Philagora donne une traduction complète de ce chapitre.
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Jean-Michel Muglioni Mardi 14 Février 2012


Le cours se tiendra le mercredi 1er février 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12.


Suite de la réflexion sur l'empirisme (01/02/12)
Je rappellerai d’abord ce qui a été établi à la séance précédente, à savoir qu’il y a des concepts a priori immanents à notre expérience ordinaire. Et pour comprendre que la philosophie kantienne est une philosophie non empiriste de l’expérience, je reprendrai quelques analyses « empiristes » de Locke.

Le prolongement sceptique imposé par Hume à ces analyses nous conduira à Kant : à l’idée que le concept a priori de cause est ce qui fait que l’expérience n’est pas simplement un jeu de représentation. Nous justifierons ainsi notre confiance ordinaire en l’expérience.

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Jean-Michel Muglioni Mardi 31 Janvier 2012


Cette sixième séance de l'année ouvre le second semestre et se déroulera dans un nouveau lieu (Attention!). Le cours se tiendra le mercredi 18 janvier 2012, de 19h30 à 21h30, à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12. Les textes commentés lors de la séance sont indexés par les liens de la notice suivante.


Kant et Locke, mercredi 18 janvier 2012
Nous avons esquissé la critique kantienne de la catégorie de substance, qui limite l’ontologie : le concept de substance est le principe de notre perception du changement. Il ne signifie au fond rien de plus que la permanence de ce qui change. J’y reviendrai : le principe de la chimie moderne que Lavoisier a su formuler et lier à l’usage de la balance est le principe a priori de toute expérience du changement –expérience de la transformation d’une même chose dans le temps.

La Raison, au coeur de l'expérience

Nous examinerons donc deux thèses essentielles et inséparables.

La première, c’est qu’il y a des principes a priori de l’expérience, autrement dit que l’expérience n’est jamais seulement sensible. L’expérience suppose la raison : il y a une rationalité immanente à l’expérience.
La seconde thèse, qui est la conséquence de la première, et que nous avons déjà considéré, c’est que les concepts a priori ou les catégories (par exemple celle de substance) ont pour fonction de constituer l’expérience, de telle sorte qu’en faire un usage qui dépasse les limites de l’expérience (et porte sur des objets qui ne peuvent être donnés dans l’espace et le temps) est illégitime ou du moins ne peut fonder une science du suprasensible. Nous l’avons vu, et nous y reviendrons, c’est faire un usage abusif du concept de substance que de vouloir lui faire prouver l’immortalité de l’âme.

La première thèse rend compte de l’objectivité de l’expérience : parce qu’il y a une rationalité de l’expérience, nous avons raison de nous fier à l’expérience ! Par là nous sommes délivrés du scepticisme de Hume - empirisme si conséquent qu’il allait jusqu’à nier l’objectivité de l’expérience. La seconde thèse signifie qu’une métaphysique de l’âme et impossible - non pas qu’il faille nier la spiritualité de l’âme et l’immortalité, mais il est impossible de se prononcer sur ce genre de question scientifiquement.

Nous commencerons ici par lire deux pages de l’Introduction de la Critique de la raison pure.

L'empirisme de Locke


Pour comprendre ce que c’est qu’une catégorie ou un concept – pour comprendre en quoi consiste le travail de l’entendement constitutif de l’expérience elle-même, nous emprunterons un détour : la discussion de l’empirisme de Locke et de Hume. Que l’expérience elle-même suppose des principes rationnels, cette thèse doit d’abord étonner. Car elle signifie que l’empirique est toujours déjà en quelque façon rationnel, ou encore qu’il n’y a pas de connaissance seulement sensible. Cet aspect-là de la thèse kantienne suppose une réfutation de l’empirisme. Nous partirons donc de l’empirisme de Locke.

Mais d’autre part, cette philosophie de l’expérience rendant compte de l’inséparabilité de la sensibilité et de l’entendement, du sensible et de l’intellectuel qui constituent ensemble et non séparément notre connaissance, il en résulte qu’ n’y a pas de connaissance seulement intellectuelle possible : il n’y a pas de science du suprasensible. Nous retrouverons donc la critique de la psychologie rationnelle.

Ce parcours a pour principal objectif de permettre de comprendre ce que c’est qu’un concept : les concepts ne sont rien que l’activité par laquelle la conscience unifie les données sensibles et par là seulement se rend ces données présentes dans une expérience. Cette formulation ne peut pour l’instant que paraître sibylline.



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Jean-Michel Muglioni Mardi 17 Janvier 2012


Cette cinquième séance se déroulera au lycée Dorian, de 19h30 à 21h30, le mercredi 14 décembre 2011. L'entrée est libre est gratuite.


L'unité du "moi" est-elle un préjugé grammatical ? (14/12/11)
Lors de la discussion qui a suivi le cours du 30 novembre, Benjamin a posé la question du parallélisme ontologico-linguistique : les catégories de la métaphysique, celles d’Aristote d’abord, ne sont-elles pas purement et simplement des catégories linguistiques, celles de la langue grecque ? Ainsi, lorsque nous faisons usage de la catégorie de la substance et croyons avoir affaire à la réalité, mais nous demeurons enfermées dans une représentation du réel imposée par une langue particulière.

De la même façon une philosophie du sujet est-elle prisonnière de la grammaire ? Le « je » n’est-il au fond qu’un phénomène linguistique comme le dit Benveniste ? Chez Descartes ou chez Kant, la primauté du « je pense » ne serait qu’une illusion déterminée par la structure de leur langue. Voici une page de l’Anthropologie qui permet de voir le sens d’un tel problème.

KANT, Anthropologie au point de vue pragmatique

§ 1
Que l’homme puisse posséder le Je dans sa représentation, voilà qui l’élève infiniment au-dessus de tous les êtres vivants sur la terre. Par là il est une personne et, grâce à l’unité de la conscience, une seule et même personne, quels que soient les changements qui peuvent lui arriver : il est un être entièrement différent, par le rang et par la dignité, des choses dont on peut disposer à sa guise, parmi lesquelles il y a les animaux sans raison ; et cela même lorsqu’il ne peut pas encore dire je, car il l’a dans sa pensée : ainsi toutes les langues, quand elles parlent à la première personne, doivent penser le je quoiqu’elles n’expriment pas par un mot particulier ce caractère d’être un je(1). Car cette faculté (à savoir la faculté de penser) est l’entendement.

Mais il est remarquable que l’enfant qui sait déjà assez bien parler ne commence pourtant qu’assez tard (peut-être bien un an plus tard) à dire je, alors qu’il a longtemps parlé de lui à la troisième personne (Charles veut manger, se lever, etc.) et qu’une lumière semble pour ainsi dire l’avoir éclairé, lorsqu’il a commencé à dire je ; à compter de ce jour, il ne reviendra jamais à son ancienne façon de parler. – Il n’avait auparavant que le sentiment de lui-même, il en a maintenant la pensée. – L’explication de ce phénomène présente pour l’anthropologue une assez grande difficulté.



La suite du paragraphe ne traite pas de cette difficulté et le paragraphe suivant passe directement à l’égoïsme.

Avant de passer à la question du sujet et de sa nature de première personne (de « je »), je reprendrai les arguments de Benveniste, et nous pourrons à partir de là justifier la prétention philosophique à énoncer des catégories qui ne soient pas seulement les catégories d’une langue. L’enjeu, ici, c’est l’universalité de la pensée. Si la philosophie n’était que l’expression de la structure d’une langue ou d’une famille de langue, si elle était par exemple seulement occidentale, elle ne vaudrait pas une heure de peine.


(1) Ichheit = « égoïté » ; ich, c’est je mais en allemand ce terme peut être substantivé alors qu’en français on dit non pas le je mais le moi et Ich-heit donnerait "je-ité" - barbarisme absurde.



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Jean-Michel Muglioni Dimanche 11 Décembre 2011


Cette quatrième séance se déroulera au lycée Dorian, de 19h30 à 21h30, le mercredi 30 novembre 2011. L'entrée est libre est gratuite.


L'illusion métaphysique et sa nécessité (30/11/11)
Nous prendrons l’exemple de la notion de substance pour comprendre l’ambition de la métaphysique dont Kant entreprend la critique. Il faudra cette fois entrer dans le vocabulaire scolastique de la philosophie, et connaître le sens de termes comme catégorie, sujet, prédicat…

Leibniz et la substance

Ce sera l’occasion de prendre aussi la mesure de l’ontologie leibnizienne, car si la critique de la métaphysique montre en quoi consiste l’illusion métaphysique, elle en montre par là-même la nécessité : ce n’est pas l’erreur de petits esprits ou de superstitieux, mais une illusion à laquelle nul ne peut échapper – comme celle qui nous fait voir sur la mer une ligne d’horizon, illusion qui une fois comprise cesse de nous tromper mais demeure.

On s'appuiera en particulier sur l'idée de substance, telle que Leibniz en formule la notion dans ce célèbre passage de sa lettre à Arnaud du 30 avril 1687 : « Je tiens pour un axiome cette proposition identique qui n'est diversifiée que par l'accent : que ce qui n'est pas véritablement un être n'est pas non plus véritablement un être. On a toujours cru que l'un et l'être sont des choses réciproques. Autre chose est l'être, autre chose est des êtres, ; mais le pluriel suppose le singulier, et là où il n'y a pas un être, il y aura encore moins plusieurs êtres. »




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Jean-Michel Muglioni Lundi 28 Novembre 2011
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